Foncier agricole : "Pourquoi ce serait nous les dindons de la farce"
Outre une campagne sucrière 2023 qui va commencer cette année en retard, le président de la Chambre d'Agriculture a tenu à "rétablir certaines vérités". Pour Frédéric Vienne, ce sont surtout les projets de route ou encore de centres commerciaux qui viennent grignoter les terres agricoles.
Les travaux de mise aux normes des deux centrales d'Albioma pour un passage du charbon aux pellets bois retardent le lancement de la campagne sucrière 2023. Avec une campagne qui ne démarrera pas avant la fin juillet, le président de la Chambre d'agriculture craint un manque de trésorerie pour les planteurs.
A cela, il faut ajouter la sécheresse, la hausse des prix des intrants, le manque de main d'oeuvre. Des problématiques qui annoncent une campagne 2023 en baisse par rapport à la précédente déjà qualifiée de
"catastrophique". 1,3 million de tonnes de canne ont été récoltées en 2022. La Chambre verte table sur une fourchette comprise entre 1,1 et 1,3 million de tonnes de canne au total en 2023.
Et pour faire de la canne, il faut du foncier, embraye Frédéric Vienne qui tient à marquer et assumer les positions de la Chambre en matière de foncier agricole.
"On est en pleines futures négociations du Schéma d'Aménagement Régional et aussi en pleine campagne électorale des sénatoriales donc beaucoup se permettent de dire n'importe quoi", lance le président de la Chambre qui souhaite répondre aux propos tenus lors d'une table ronde organisée par le Sénat sur la situation du foncier agricole. Serge Hoareau, en tant que premier vice-président en charge des affaires agricoles au Département mais aussi président de l'Association des maires, y avait demandé de revoir
"la composition et la doctrine" de la CDPENAF (commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers) pour
"pas qu'il y ait une forme de mainmise de la Chambre sur les dossiers".
38.000 hectares de terre agricole seulement
La Chambre rappelle qu'elle n'a qu'une voix et une deuxième indirectement sur les 12 autres que se partagent trois associations, la DEAL, le Département, la Région, l'Etat et l'Association des maires. La CDPENAF, qui a pour but de lutter contre l'artificialisation des terres agricoles, donne des avis conformes sur les permis de construire ou encore le déclassement d'un terrain.
L'outil a son avantage, rappelle Frédéric Vienne :
"C'est de freiner la gourmandise souvent trop expansive du déclassement des terres au profit souvent de constructions urbaines. On veut faire un cimetière, on va prendre sur une meilleure terre à canne où il n'y a pas de galets. Un cimetière de 8 hectares, c'est 800 tonnes de cannes. On veut faire un collège, on veut une route, on veut traiter les déchets..., on rase de la canne", tance le président de la Chambre verte.
Ainsi, Frédéric Vienne réaffirme sa demande d'élargir la CDPENAF aux syndicats agricoles. "Il faut revoir le fonctionnement de l'institution", martèle-t-il, d'autant que de plus en plus de recours sont déposés devant le tribunal administratif qui retoque les décisions du CDPENAF, précise-t-il. Après les abus du passé, les constructions de bâtiments sur les terres agricoles doivent être parfaitement encadrées pour éviter le mitage.
En revanche, l'agriculteur de profession a fait les comptes. 38.000 hectares de terres agricoles contre 108.000 de forêt. "Allez chercher des terres dans le Parc national au lieu d'utiliser les terres agricoles. Pourquoi ce serait nous les dindons de la farce à chaque fois alors que nous devons aller vers une souveraineté alimentaire la plus complète", reproche avec provocation Frédéric Vienne. Pour l'agrandissement urbain, la Chambre, consciente des enjeux qui pèsent sur le foncier réunionnais, préconise d'utiliser les 3.000 hectares de dents creuses et "le stock en friche depuis longtemps" de l'Etablissement Public Foncier de La Réunion.