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Vidéo - Le broyeur qui réduit les déchets en poudre peut-il séduire nos décideurs réunionnais ?

​Le « Converter » peut-il représenter une partie de la solution pour éliminer des déchets ménagers tout en leur donnant une utilité énergétique ? Les représentants de la marque italienne Ompeco vantent l’intérêt de cette machine qui réduit nos déchets à l’état de poudre.
Ecrit par Ludovic Grondin – le jeudi 15 juin 2023 à 17H06

Des montagnes de déchets à ne plus savoir qu’en faire, du lixiviat (le jus d’ordures) que personne ne sait traiter et une urgence climatique qui frappe à nos portes… C’est dans ce contexte anxiogène que la société Ompeco présente aux acteurs publics leur solution qui équipe déjà de nombreux navires dans le monde depuis dix ans. Les contrats passés avec les armées de nombreux pays attestent, selon Michael Chouicha et Gilles Lallemand, les deux représentants de la marque Ompeco dans l’océan Indien, de la crédibilité du processus imaginé il y a trois décennies en Italie. 

Le "converter" est une machine qui ressemble à une machine à laver mais, au lieu d’y mettre du linge, ce sont des déchets ménagers qui peuvent être ingérés par la bête. En bas du caisson qui réceptionne les déchets qui peuvent aller du verre, du plastique, du papier, du carton, du bois aux déchets organiques en passant par du métal (fonction de la densité du matériau), une lame rotative les broie jusqu’à les réduire en petits morceaux, presqu'à l’état de poudre. "Le pot de yaourt, la peau de banane, on peut les mettre dedans !", illustre très concrètement Michael Chouicha, directeur technique Ompeco dans la zone océan Indien.

La démonstration ne serait pas totale si ses concepteurs n’avaient pas imaginé offrir une voie de sortie au résidu obtenu donc sans ajout de produits chimiques ou d'une quelconque combustion.

Les déchets broyés deviennent du combustible

La poudre récupérée après un cycle de trente minutes de déchiquetage peut être utilisée comme combustible en remplacement de matières fossiles telles que le charbon par exemple. 

"Le CSR, c'est-à-dire le combustible solide de récupération, peut être utilisé comme une source d’énergie alternative des cimenteries par exemple, réduisant la dépendance aux énergies fossiles", fait valoir Michael Chouicha. L’Allemagne et la Grande-Bretagne l’ont adopté et la quantité de résidu de déchets réemployés en combustible se compte par millions de tonnes là où, en France, ça tâtonne. 

Ce CSR est une matière sèche et n’a pas d’odeur. Elle peut être exportée vers d'autres pays à moins d'une utilisation locale par une industrie consommatrice de charbon par exemple.

À La Réunion, ce sont 550.000 tonnes d’ordures qui sont générées chaque année, ce qui fait environ 600 kg par personne et, dans ce tonnage, 330.000 tonnes sont envoyées en enfouissement. Assurément du gâchis.

Après le traitement par le converter, le volume des déchets est réduit de 80% et leur poids de 50%, ce qui veut dire que, potentiellement, La Réunion pourrait produire 150.000 tonnes de ce combustible par an. Le CSR possède une valeur de revente aujourd’hui de 10 euros la tonne. "Pour vous donner une idée, le charbon c’est environ 100 à 130 euros la tonne donc il y a matière à réflexion", explique Michael Chouicha.

La machine converter est disponible en différents formats, des plus petits aux plus grands ressemblant presque à une mini-usine. 

Le modèle "MO100" par exemple peut traiter jusqu’à 50 kg de déchets par heure alors que les plus voraces peuvent engloutir 80 tonnes par jour. 

D’après Michael Chouicha et Gilles Lallemand, le concept présente aussi un avantage majeur en matière de sécurité pour les manipulateurs en comparaison des risques liés à l'utilisation des incinérateurs ou des autoclaves. 

Convaincre les politiques de La Réunion

L’ensemble de ces éléments, les deux représentants de la marque dans le bassin océan Indien comptent bien les présenter aux élus qui pilotent les intercommunalités regroupées en syndicat mixte de déchets tels qu’ILEVA (CIVIS, TCO, CASUD) ou le SYDNE (CINOR, CIREST).  

Ompeco interviendrait alors pour compléter les solutions existantes. "L’idée ce n’est pas de dire qu’on va arrêter la collecte des déchets ou l'Unité de valorisation énergétique d’ILEVA", concède Michael Chouicha mais il faut selon lui que les acteurs publics prennent la mesure de l’urgence. 

"Il nous faut trouver des solutions de substitution beaucoup plus vite - à l’horizon de dix ans - pour remplacer des énergies fossiles comme le charbon qui alimente les cimenteries ou les centrales thermiques", approuve-t-il en se basant sur les préconisations du Groupe d'experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

"La difficulté aujourd’hui c’est que les accords de Paris de 2015 qui prévoyaient une augmentation des températures à l’échelle de la planète pour 2050, ça va se réaliser en 2030 ! Dans le même temps, tout ce qui a été mis en place en Europe pour le tri sélectif et donc le recyclage, avec notamment le plastique, on est dans un constat d’échec puisque seulement 20% de ce qui est jeté est recyclé. On n'a plus le temps ! 20% de tri, ça stagne depuis dix ans. Ça peut monter autour de 21 ou 22% mais pas plus. Dire que ça va aller au-delà c’est faux parce que ça fait trente ans que les autorités essayent d’augmenter ce taux", ajoute Michael Chouicha. 

Autant que l’enfouissement qui est dommageable pour l'environnement puisqu’il révèle l’absence de solution vertueuse pérenne, c’est le jus d’ordures créé, qu'on appelle le lixiviat, qui demeure un problème insoluble à ce jour alors que "notre solution c’est une solution « zero waste » (pas d’ordures)", conclut-il. 

Les centres d’enfouissement et les déchets abandonnés représentent respectivement 37 et 33% des déchets au niveau mondial. Ces deux catégories de déchets pèsent 5% des émissions de CO2 au niveau mondial. 

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