Revenir à la rubrique : Société

Notes de lecture - GUERRE, de Louis-Ferdinand Céline : L’effrayant et merveilleux "manuscrit perdu"

On ne discute pas de Céline : on aime ou on n’aime pas. Les amateurs se souviennent de « Mort à crédit » et, surtout, du fabuleux « Voyage au bout de la nuit ». Là, il s’agit d’un manuscrit perdu, retrouvé plus de 60 ans après sa disparition comme beaucoup de ceux de cet auteur sulfureux. Un roman très-très dérangeant.
Ecrit par Jules Benard – le samedi 27 août 2022 à 12H38

Voici un roman quasi-autobiographique, plein de plaies et bosses, de blessures de guerre absolument atroces, de plaies purulentes, de membres gangrenés… je dis tout ça afin de ne pas vous prendre de court.

Louis-Ferdinand Céline, engagé dans l’armée française dès le début de la première Guerre mondiale, se retrouve gravement blessé dès les premiers échanges de tirs et de bombes. Un bras cassé par une balle ricochant malencontreusement, l’oreille droite en capilotade, seul survivant de sa compagnie, le voici errant parmi les cadavres en putréfaction, dans la boue des tranchées.

En compagnie de soldats de nations alliées (des Belges, des Anglais, des Ecossais…), il se fait admettre dans un hôpital de campagne qui peine à rester debout au milieu des bombes.

Il se fait draguer par des infirmières lubriques en manque de tendresses intimes, le tout dans un langage cru, je vous avais averti. Il se fait un ami qui n’est autre qu’un souteneur s’étant tiré une balle dans le pied pour échapper aux batailles. Un ami qui se fait fusiller quelque temps plus tard… Bref, ce livre est atroce et formidable.

Je ne vais pas vous dévoiler la suite. Sachez simplement qu’il est fortement déconseillé aux âmes pures.

Céline, on le sait, ne craint personne pour ce qui est de la provocation. C’est, pour ainsi dire, sa raison de vivre, son leitmotiv romanesque. J’en parle en connaissance de cause.

Ce « Guerre » est un vibrant plaidoyer contre les horreurs provoquées par la folie des hommes. Cela est évident de la première à la dernière ligne de ce petit roman de 160 et quelques pages. Comme, d’ailleurs, la plus grande part de son oeuvre.

Ce qui explique que si Céline est l’auteur humaniste que l’on sait, on comprend d’autant moins l’antisémitisme affiché du docteur Destouches !

Ce qui a conduit certains exégètes à se demander si Céline ne l’a pas fait exprès. Il dépeint si fortement les horreurs de la guerre que l’on se demande… s’il n’y a justement rien à se demander !

Comment Céline, humaniste anti-guerre, est-il le Mister Hyde/Destouches qui s’est volontiers présenté comme l’anti-juif n’ayant pas élevé le moindre reproche à l’encontre du fou furieux de Berlin ?

Au risque de me répéter, je dirai que Céline n’adorait rien tant que la provocation. Et, je le confesse, c’est un plaisir, une joie à nuls autres comparables.

C’est vrai : emmerder les autres rien que pour le plaisir de les voir s’empourprer est un acte gratuit que rien ne remplacera jamais !

J.B.

Guerre, de Céline
à la NRF-Gallimard
FNAC, 21,85 euros

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :