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De l'enfer au purgatoire : Yõ Patel raconte son enfance volée à La Réunion

Abandonné, maltraité et rejeté, le Réunionnais Yõ Patel raconte sa douloureuse histoire à travers le récit autobiographique “Un enfant, des droits”. L’auteur revient sur sa terrible enfance à La Réunion dans les années 70.
Ecrit par Sophie Fontaine – le dimanche 27 février 2022 à 13H30

Yõ Patel a tout juste un an lorsque sa mère décide d’abandonner la fratrie de cinq enfants sur le trottoir de la rue Saint-Louis, avec une lettre portant les instructions suivantes : "Je vous confie mes enfants, ne laissez jamais la famille les récupérer !"

“Nous sommes donc restés à cet endroit sans surveillance”… relate-t-il. Ce jour-là, Joël, l’un de ses frères, traverse la route. L’enfant se fait renverser et traîner sur plusieurs mètres par un chauffard.

“Le conducteur n’avait pas réagi parce qu’il croyait que c’était un animal. Ce fut un horrible moment. Mon frère était gonflé sur toutes les parties du corps à cause de ses blessures”, décrit-il avant de poursuivre : “Mon père, à son poste de travail, ne se doutait pas un seul instant que ses propres enfants étaient la cause du fait divers du jour”.

Rose, “comme une mère aimante”

Les quatre enfants sont alors confiés aux services sociaux. Yõ Patel, ses frères et sa sœur sont placés en famille d’accueil, chez Rose. 

“Rose était une femme remarquable, elle nous a aimés comme ses propres enfants”, confie-t-il à propos de celle à qui il dédie son livre.

En 2008, Yõ Patel revient sur l’île de ses souffrances pour rester au chevet de Rose, mourante. C’est durant ces six mois sur l’île qu’il recueille les témoignages de son passé. Il apprend que son père, analphabète, venait leur rendre visite chez Rose tous les mercredis et que la tragique séparation l’aurait plongé dans l’alcool et la dépression. Ce dernier est décédé durant la période où les enfants vivaient avec Rose. La mère de famille, quant à elle, a continué sa vie et s’est remariée.

“Notre mère venait de temps en temps aussi, mais ne montrait aucun signe affectif, elle n’en a jamais fait preuve”, se souvient-il.

De bourreau en bourreau

Alors qu’il a 7 ans, la vie du jeune garçon et de son frère prend une nouvelle tournure. En raison du grand âge et de l’état de santé de Rose, les services sociaux les confient tous deux temporairement à leur mère biologique. 

Battu par un beau-père autoritaire et caractériel,  Yõ Patel finit par se sauver à la gendarmerie de la ville pour échapper à son bourreau.

Un nouveau calvaire commence. Les deux aînés sont confiés à une autre famille d’accueil. Yõ Patel et son petit frère atterrissent, eux, à Saint-Gilles les Bains, chez Kamla , qui font d’eux des enfants esclaves.

“Ils ont décidé de prendre des enfants de la DASS car elle ne pouvait pas avoir d'enfants", raconte-t-il. Jean Marc, le mari de Kamla, est auto-entrepreneur et peu présent dans le foyer.

“Il travaillait toute la journée et ne voyait pas ce qu’il se passait”. Des hectares de jardin à arroser, nettoyage, cuisine, vaisselle, le quotidien des deux enfants est alors rythmé par des corvées à accomplir du matin au soir, et de la  violence en réponse à une tâche mal accomplie.

”Le mercredi, c’était le jour où l’on nettoyait toute la maison. Il y avait de la moquette partout, on devait tout nettoyer avec une pelle et une balayette. Quand les choses n'étaient pas faites, elle nous frappait. On n'avait pas le droit de jouer, sauf le dimanche quand Jean-Marc était là.”

Lors des visites des services sociaux, annoncées à l’avance, “Kamla s’arrangeait toujours pour que l’on soit présentable et chargeait notre chambre de jouets. Dès qu’ils partaient, elle rangeait tout”.

Une vie d'enfant (enfin)

Après quatre années passées chez Kamla, un jour, lors d'une réunion avec les services sociaux, en présence de sa mère, de Kamla, et du président du Conseil général de l’époque, Yõ Patel avoue tout : les sévices, les corvées, la maltraitance.

Cette prise de parole lui permet alors d’être placé au foyer Les Scalaires à Saint-Gilles les Bains, mais séparé de son frère. Ici, au milieu d’une cinquantaine d’autres enfants, il trouve “une vie d'enfant”.

“Le droit de rêver”

"C’étaient vraiment des gens qui avaient une vocation pour ce métier. J’ai appris qu’un enfant avait des droits, qu’un enfant avait le droit de donner son opinion. C’est là que j’ai appris qu’un enfant avait le droit de rêver". Yõ Patel goûte ici aux joies de la pelote basque, de la natation ou encore du chant.

L’adolescent est ensuite une nouvelle fois accueilli par une famille, période durant laquelle il décide de faire un pas vers sa mère. “J’avais besoin de comprendre, j’avais des questions. Elle a refusé de me voir”, confia-t-il.

Il poursuit ensuite son chemin, entre dans l'armée avant de quitter l’île pour la métropole. Des dizaines d’années plus tard, Yõ Patel tombe dans une dépression et choisit l’écriture de “Un enfant, des droits” pour exutoire. Son livre thérapeutique qui retrace cette enfance difficile à La Réunion des années 70  a aussi pour objectif d'alerter des pratiques encore existantes de certaines familles d'accueil malveillantes.

 Aujourd’hui il est aussi bénévole dans une association "Sers ta ville" et partage son temps avec les sans-abris, en distribuant nourriture et nécessaire d'hygiène.

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