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Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : Le balai et le souffleur

Ecrit par zinfos974 – le lundi 30 août 2021 à 11H20

Le balai et le souffleur.

Conte totalement absurde pour une époque qui ne l’est pas moins

Un modeste balai qui avait toujours fait, humblement mais consciencieusement, son travail fut un jour convoqué par le responsable R.B. (Ressources Balaières) de sa commune.

- Cher ami, lui dit le fonctionnaire sur un ton mielleux, depuis des décennies, vous avez toujours œuvré, de manière irréprochable, pour le bien-être de nos concitoyens et la salubrité de notre belle cité. C’est pourquoi nous souhaitions vous remercier pour le travail effectué.
- Je vais donc avoir la promotion dont vous m’aviez parlé ?, s’enquit notre balai.
Depuis des années, il souhaitait ne plus être affecté au nettoyage des rues. À maintes reprises, on lui avait promis un poste dans une mairie annexe.
- Malheureusement non ! Mais, vous avez été proposé pour la médaille de la ville. Elle vous sera remise par monsieur le maire en personne pour votre départ à la retraite.
Le balai, qui se sentait encore gaillard, ne comprit pas pourquoi on voulait le mettre au rebut (car c’est ainsi qu’il concevait la retraite).
- Vous comprenez, reprit, sentencieux, le néanmoins bureaucrate, la science progresse, les technologies aussi. Et notre ville se doit d’être à la pointe du progrès. C’est pourquoi la direction “High Tech et Voirie” a décidé de remplacer tous les balais par des souffleurs qui sont l’avenir de l’hygiène et de l’assainissement de nos rues. Il faut vivre avec son temps, n’est-ce pas ? 

Sur ces mots, le responsable R.B. (dont le titre allait forcément changer) mit fin à l’entretien.
Quelques semaines plus tard, comme annoncé, tous les balais furent mis au rencart, remplacés par des souffleurs flambant neufs.

La ville accédait au rang de cité moderne.

Depuis ce jour, les habitants sont régulièrement tirés de leur sommeil matinal ou d’une douce sieste post-pandriale par les ronflements assourdissants d’un souffleur qui disperse aux quatre vents poussières et feuilles sèches.

Moralité de cette triste fable : le génie de l’être humain pour inventer des objets inutiles et nuisibles (pour lui-même et pour son environnement) n’est plus à démontrer. Chaque nouvelle création confirme la théorie (chère à Edward Murphy) de l’emmerdement maximal. Et comme les emmerdes volent toujours en escadrille (ainsi que le remarquait avec à-propos et élégance un grand philosophe contemporain trop méconnu), préparons-nous à des innovations tout aussi… innovantes.

Avec nos contemporains, le pire est toujours certain.

 

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