Cambriolage au Tampon: "La personne est décédée et ils arrivent comme des vautours"

Il était 4H ce dimanche matin quand Mohamed, Steven et Sofiane* ont accepté d’aller aider à déménager des affaires d’une maison à la demande d’un certain Amar*.
Table à manger, chaises, lit, draps, matelas…une bonne partie de la maison avait déjà été transportée quand Sofiane, père de famille au chômage, est arrivé sur le lieu supposé du "déménagement". Un détail tout de même : les meubles étaient extraits de la maison par la fenêtre de la cuisine...
L’étrangeté de la scène n’a pourtant pas stoppé la manoeuvre des mis en cause, "on n'a pas posé de questions", avouent-ils ce lundi, jugés en comparution immédiate.
Ce dimanche, l’alerte a été donnée par la fille du propriétaire décédé il y a un mois. Le logement avait déjà fait l’objet d’une tentative de cambriolage quelques jours plus tôt.
"Ils lui ont volé une étape de deuil"
A l'arrivée des gendarmes, seul Amar a pris la fuite, laissant ses acolytes et la voiture volée pleine à craquer des effets du défunt. Amar est pour le moment toujours recherché.
Mais les trois prévenus n’en démordent pas. Ils pensaient venir pour un déménagement. "Quand j’ai vu que c’était la maison de Claude*, j’ai pas voulu rentrer. J’ai peur des morts ", assure Sofiane, davantage enclin à expliquer la situation, poli et réprimandant même ses deux autres amis sur leur attitude face au tribunal.
Rien n’y fait, les explications n'ont pas convaincu. "10 euros pour faire un déménagement, vous ne trouvez pas que ce n’est pas cher payé?", tente de souligner le président du tribunal. "10 euros, c’est de l’argent quand même, Monsieur", affirme Steven qui sort soudainement de sa torpeur.
La situation financière et sociale des trois prévenus est en effet précaire voire délétère. Steven, 22 ans, vit chez sa mère, consomme quotidiennement du zamal, va bientôt être père et est au chômage. Sofiane, 28 ans, est lui aussi au chômage et pour nourrir sa famille fait des travaux de mécanique. Mohamed, 24 ans, pieds nus à la barre, dort dans un local à poubelle depuis 8 mois et consomme du tabac chimique régulièrement, avoue-t-il.
"Ils lui ont volé une étape de deuil", fait valoir la défense de la partie civile qui demande 1.000 euros de préjudice matériel et 2.000 euros de préjudice moral.
Leur commanditaire Amar existe-t-il vraiment ?
Doutant de l’existence d’Amar tant les prévenus ont usé de "la facilité à rejeter toute la responsabilité sur la quatrième personne", le parquet a tancé : "la personne est décédée et ils arrivent comme des vautours".
"Pourquoi on ne peut pas avoir foi en sa parole ?", questionne la défense assurée par la bâtonnière Séverine Ferrante. Cette dernière rappelant qu’il faut se garder de "juger avec notre interprétation et nos façons de vivre" quand son client explique avoir travaillé sur une voiture jusqu’à 2h, puis avoir fait une grillade en famille avec les enfants jusqu'à 4h. Rejointe par Me Gislain Chung To Sang, plaidant l’absence d’intention de voler, ils ont demandé la relaxe.
Le tribunal a tranché. Mohamed, récidiviste, a été condamné à 6 mois de prison ferme avec mandat de dépôt. Ses deux autres complices à 4 mois ferme avec une possibilité d’aménagement de peine. Ils devront également payer solidairement 800 euros de préjudice matériel et 1.500 euros de préjudice moral à la famille de l'ancien propriétaire décédé.
*prénoms d'emprunt


