Lettre aux candidats

Mesdames et Messieurs les candidates et candidats à l’élection régionale de 2021,
Je viens de vous écouter toutes et tous religieusement. Je suis attentif à la vie de mon île, et en tant que citoyen il sera de mon devoir d'aller voter lors de ces deux tours de juin. C'est pour cela que je vous ai écouté, pour vous connaître, pour vous comprendre, pour savoir quels sont vos projets. Le débat a été long, et il ne doit sans doute pas être facile de présenter un projet de manière morcelée, comme c'est forcément le cas lorsque vous êtes nombreux à devoir prendre la parole. Ça ne doit pas être un exercice facile, je le conçois. Mais je dois tout de même vous dire que j'en ressors plutôt déçu, pour au moins deux raisons :
- la première est que bon nombre de sujets qui sont importants n'ont pas été évoqués : la transition numérique n'a pas été évoquée (et l'impact des nouvelles technologies sur notre territoire, de la 5G par exemple), la question des violences présentes à outrance dans l'île n'a pas été évoquée (violences intrafamiliales, violence contre les femmes, racisme, homophobie, intolérance, violence aussi dans les nouveaux espaces sociaux du numérique, violence à l'école, violence symptomatique à l'égard des animaux, etc.), et le patrimoine réunionnais non plus n'a pas été un sujet (l'histoire, la langue, nos richesse culinaires ou architecturales, musicales et artistiques également...). Ce sont des sujets qui méritaient un éclairage, afin de mieux cerner vos programmes, vos personnes, vos ambitions pour le collectif... Et c'est précisément l'absence de ces sujets lors des débats qui m'amène à ma seconde déception :
- le média qui a organisé ce débat l'a préparé. Et c'est bien normal. Il a posé des thèmes : ceux identifiés par l'équipe du média, par rapport aux manières de voir et de vivre des gens qui y travaillent et qui préparent cette soirée. Ces choix thématiques sont donc déjà un programme... Et accepter ces choix, sans broncher, c'est aussi valider une certaine manière de voir l'île, d'appréhender ses enjeux. Certains d'entre-vous ont par exemple parlé créole durant les débats, mais personnes n'a évoqué la place que cette langue occupe dans la société, ni même le rôle qu'elle devrait pouvoir jouer dans le cadre de la scolarité. Et il en est de même pour tous les autres sujets évoqués au-dessus : pas un mot !
Vous vous êtes, toutes et tous, laissés embarqués par l'équipe de rédaction, sans jamais oser poser un autre sujet que le leur ! Et ce constat factuel pose déjà un élément de votre gouvernance : vous laissez le débat se faire, vous ne le posez pas. Comment discuter avec l'Etat si vous ne parvenez pas à poser vos sujets ? Comment parvenir à négocier avec des Etats de la zone de l'océan Indien si vous ne parvenez pas à avancer vos pions ? Comment parvenir, même en interne, à faire avancer vos propres propositions si des syndicats ou des lobbystes arrivent avec des sujets, les leurs ? C'est une vraie question de gouvernance qui se pose là. Alors, pour vous entendre sur ces sujets que vous n'avez pas évoqué (j'ose espérer parce que vous n'avez pas osé le faire – ce qui est déjà grave – et non pas parce qu'ils ne vous intéressent pas ?), j'ouvre ici en débat, en vous avouant que j'offrirai ma voix (dans l'urne, évidemment) à celle ou celui qui me rassurera clairement dans les jours qui viennent sur des enjeux qui, pour moi, sont majeurs, mais ont été complètement évacués du débat : la question de la 5G et de ces antennes relais qui poussent comme des champignons dans tous les quartiers et aux abords de toutes les routes, la question des violences prise de manière globale, la question, aussi, des pesticides et d'une agriculture qui, à défaut d'être complètement propre serait au moins raisonnée ! Et j'ose ajouter, celle de notre patrimoine culturelle à commencer par les enjeux liés à la langue créole. Vous aurez encore chacune et chacun des temps d'intervention, vous prendrez la parole encore dans les médias et sur les réseaux sociaux, j'espère que vous ne passerez plus à côté de ces thèmes, et même, j'espère que vous oserez – enfin – les porter. Ce qui a cruellement manqué dans ce débat télévisé du 14 juin, c'est de l'engagement, de l'envie, des sujets choisis par vous et portés avec ferveur : quels sont vos sujets ?
Une bonne fin de campagne à toutes et tous,


