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"Lira bien qui lira le dernier" - Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 11 juin 2021 à 08H08

Tout le malheur des hommes vient de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre, écrivait Pascal. 

Mais si vous n’êtes pas un “pascalien” canal historique, il est un lieu qui réconciliera l’esprit casanier qui se niche en chacun de nous et notre besoin d’évasion, de découvertes, de rencontres. Ce lieu est la bibliothèque. Non pas celle que possèdent les exhibitionnistes de la culture (tu veux la voir mon édition rare de Robinson Crusoé ?). Ni celle de certains nouveaux riches qui tentent de faire oublier leur inculture crasse en achetant des livres au kilomètre. 

Non je parle de la bibliothèque démocratique et républicaine, celle qui ouvre les portes de la culture à tous les esprits curieux… La seule ! L’unique ! La  bibliothèque municipale !  

Je voudrais ici faire l’éloge de ce lieu accueillant, où on ne vous demande pas votre carte bancaire à l’entrée, où le temps est aboli, où tout n’est que murmures et chuchotements, parfois troublés (à peine) par les rires ou les cris débordant de la section jeunesse. 
Je suis conscient en écrivant ces lignes d’être complètement à rebours de mon époque de vitesse, de marchandisation du vivant, de bruit et de fureur comme aurait dit un certain british. 
Mais j’ai toujours apprécié l’ambiance très particulière des bibliothèques, mélange de calme studieux, d’une forme de recueillement et d’exaltation de la découverte. La bibliothèque municipale est un lieu à part. À l’abri du tumulte du monde, chacun peut entamer un dialogue avec les femmes et les hommes dont les œuvres reposent sur les rayons. Victor Hugo devient votre contemporain ; Axel Gauvin, votre confident ; Mahmoud Darwish votre ami.

Il y a quelque temps de cela, le hall de la Médiathèque François-Mitterand ressemblait à une ruche en pleine activité : un groupe de conteurs recevaient les petits pour partager quelques zistoirs lontan. 

Dans la salle de lecture, une collégienne profitait de ce havre de paix pour terminer un soporifique devoir de français ou de mathématiques. 

Plus loin, un homme, la quarantaine, avait décidé de visiter l’Inde en prenant M. Satyajit Ray pour guide.

À l’étage, deux retraités faisaient provision de nouveaux livres, après avoir déposé ceux qui les avaient accompagnés ces dernières semaines.

Le vivre-ensemble générationnel ne m’a jamais paru aussi évident et nécessaire que ce jour-là. 

La bibliothèque municipale est un microcosme où évolue une espèce bien particulière du genre humain : celles et ceux qui savent, par la grâce d’un livre, d’une B.D. ou d’un DVD, échapper aux sollicitations incessantes des sociétés actuelles, à l’agitation de nos contemporains en perpétuelle ébullition rézosocialesque.  

La bibliothèque municipale est une sagesse de vivre qui nous réconcilie avec l’art de la lenteur. Mais ça, c’est déjà une autre histoire.

 

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