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À Mesdames et Messieurs les candidates et candidats aux élections régionales de La Réunion

Ecrit par Ludovic Grondin – le jeudi 20 mai 2021 à 18H33

Mesdames et Messieurs,

Saint-Denis, le 18 mai 2021

À Mesdames et Messieurs les candidates et candidats aux Elections Régionales de La Réunion de juin 2021

Permettez-nous de prendre la liberté de ce courrier. Vous êtes candidates et candidats aux élections régionales de juin prochain. C'est à ce titre que nous nous adressons à vous.

Le développement économique relève des compétences du Conseil régional. Aussi, nous désirons à nouveau attirer votre attention sur le sort infligé à une petite entreprise qui fut la notre, situation révélatrice du fonctionnement actuel de la société et de l’économie réunionnaises. Il y a 6 ans un courrier relatif aux mêmes faits avait été envoyé à vos prédécesseurs.

Nous souhaitons que vous lisiez ces lignes comme un appel au secours de la part de deux jeunes entrepreneurs en quête de justice et en grande difficulté pour que celle-ci leur soit rendue. Nous requérons ardemment votre soutien, pour que vous nous aidiez à sortir d'un piège dont les aspects sont devenus de plus en plus troublants avec les années.

Et dans la mesure où notre situation en illustre beaucoup d'autres, nous souhaitons également que vous ayez à cœur de vous exprimer à propos des pratiques économiques monopolistiques dépourvues de scrupules, qui vident depuis des années La Réunion de ses capacités entrepreneuriales et ne sont pas étrangères, pensons-nous, à l'extension du chômage. Nous sommes encouragés dans cet espoir, par le fait que plusieurs d'entre vous n'hésitent pas à dénoncer le désastre économique qui menace notre région du fait des lobbies peu enclins à la moindre préoccupation à l'égard des situations locales.

L’affaire dont nous réitérons ici la présentation est en effet emblématique de « l’économie de comptoir » qui caractérise La Réunion et qui laisse peu de place au développement des petites entreprises et à la volonté d’entreprendre des jeunes réunionnais.

Victimes d'une pénible escroquerie qui a ruiné plusieurs années de notre travail, ainsi que la totalité de nos investissements, et dont le règlement judiciaire semble durablement enlisé, nous désirons solliciter votre attention sur notre fâcheuse situation.

Bien que les médias en aient déjà diffusé la substance, nous tenons à en résumer ici les grandes lignes. En 1999 nous avons créé notre entreprise dans le secteur de l'importation de pneumatiques et de pièces automobiles. Notre développement nous a permis d'embaucher jusqu'à 45 salariés. Nous étions peu conscients du fait que notre succès faisait de nous des compétiteurs sérieux dans un milieu où sévissent des monopoles hargneux. Au bout de 6 années d'activité, en 2006, sans raisons valables, notre banque principale a supprimé nos lignes de crédits. Soumis à ses pressions, nous nous sommes trouvés pratiquement contraints de céder nos sociétés à un de nos très puissants concurrents, la SOGECORE, entreprise bien établie sur la place et « intéressée » par notre affaire... Nous avons appris trop tard la complicité que ses dirigeants avaient su établir intentionnellement avec la banque en question.

Depuis cette date nos ennuis n'ont fait que se multiplier.

La SOGECORE, notre concurrent acheteur pour ne pas dire « escroqueur », par des manœuvres informatiques et des manipulations de stock condamnées clairement par un tribunal arbitral qu'elle avait elle-même requis et composé de façon plus que douteuse, a gravement déprécié la valeur de nos sociétés dont nous lui avons concédé le 70%. Elle n'a jamais voulu payer ses parts, malgré différentes condamnations à son encontre, jamais suivies d'effet. Ses dirigeants ont multiplié les procédures judiciaires, nous menant à une ruine dramatique.

Depuis cette époque, nous avons assisté impuissants au démantèlement des sociétés extorquées, après que nous ayons dépensé plus de 600 000 euros de frais d'avocat pour que justice nous soit rendue. Nos soupçons sont plus que fondés selon lesquels des montants de plusieurs millions d'euros ont été ainsi détournés.

Nous avons bien évidemment saisi les juridictions concernées, civiles et pénales, en déposant les plaintes qui nous paraissaient justifiées. Mais les lenteurs de l'instruction, justifiées ou non, auxquelles il convient d'ajouter les inévitables saucissonnages procéduriers, nous laissent entre révolte et découragement. La multiplication des procédures dilatoires initiées par notre prédateur se double d'une mansuétude particulièrement surprenante à son égard, traduite dans certaines décisions judiciaires.

Vous n'êtes pas sans savoir que La Réunion subit depuis toujours la loi des lobbies et des monopoles. Ils bénéficient largement de l'économie de comptoir dont le département peine à sortir. Les réseaux de pouvoirs, plus ou moins discrets, quelle que soit leur nature, socioprofessionnelle, philosophique, ou héritière de classe, n'œuvrent guère que pour favoriser le maintien des positions dominantes et les collusions entre leurs détenteurs.

Tout en gardant la prudence nécessaire que réclame la situation et sans vouloir crier sottement au complot, nous estimons que la connivence entre certaines personnalités des milieux économiques, bancaires et judiciaires est probable. En la circonstance, elle s'est nouée aux fins d'une stratégie de dépouillement à notre égard, petits entrepreneurs qui étions en passe de réussir de façon significative, donc de faire de l'ombre aux monopoles en place. Quoi que passablement inexpérimentés face à la puissance de la manœuvre qui tentait de nous broyer, nous ne nous sommes pas laissé faire. Notre combat dure depuis 15 ans, pour l'instant sans aboutissement concret ! Et même pire, après ces 15 années de débâcles judiciaires et par le biais des manœuvres procédurales successives de nos prédateurs, nous les vendeurs sommes condamnés à les indemniser à hauteur d’1 million d’euros ! Il fait beau être puissant !

Sachez en toute simplicité que la ruine, scandaleusement imméritée, à laquelle nous avons été acculés, quelle qu'ait pu être notre naïveté ou quelles qu'aient été même nos erreurs face aux puissants qui tentaient de nous éliminer du marché, nous a laissés accablés par un profond sentiment d'injustice. Mais en dépit de notre découragement, nous ne baisserons pas les bras. Nous comptons sur vous, pour faire connaître à quels abus peuvent se livrer certains pouvoirs dominants, par des arrangements suspects et une habileté malfaisante, pour mener au désastre d'honnêtes jeunes entrepreneurs qui employaient 45 personnes dans leurs sociétés.

En dépit du sentiment que nos marges d'action sont très limitées ici, en raison des intérêts qui se mêlent dans le microcosme réunionnais, nous espérons néanmoins fermement recueillir votre réaction et votre appui, à la faveur de vos prises de position en matière économique, lors de ces prochaines élections régionales.

Nous vous réitérons nos remerciements pour l'intérêt que vous prêterez à ce dossier, illustration éloquente de certaines pratiques dans notre Département.

Notre cause est soutenue de façon vivante et vibrante par l’Association désormais réputée des « Révoltés du 974 », qui regroupe nombre de citoyens spoliés par des affairistes odieux, dans des circonstances similaires exécrables qui nous ont tous rapprochés.

Pour qu’ils puissent se faire une idée approfondie et stimulante de cette saga dont nous sommes les « héros » tout à fait involontaires, nous invitons vivement nos interlocuteurs à lire le roman passionnant inspiré par notre affaire « Le ventre du barbare », ainsi que l’album illustré de façon savoureuse « L’Ogre et les deux frères ». Ils ne perdront vraiment pas leur temps. On trouve ces bouquins d’Arnold Jaccoud en librairie, édités par « L’Eclipse du temps – éditeur ».

Certains d'entre vous ont accepté de nous rencontrer. Ils rejoignent ainsi les cinq députés de La Réunion avec lesquels nous avons déjà noué des contacts réconfortants. Nous les en remercions ici sincèrement.

Aspirant à obtenir votre attention, nous aimerions que toutes et tous, vous ayez l'obligeance de nous accorder un entretien, signe probant de la confiance que nous avons raison d'accorder à vos engagements.

Dans cet espoir, nous vous prions de croire, Mesdames et Messieurs, à l'expression de nos sentiments reconnaissants.

Salim et Yassine Moussajee
 

 

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