[L'édito de Pierrot Dupuy]Une évasion qui suscite de nombreuses questions

Ce week-end, Redoine Faïd, un dangereux caïd s’est évadé en hélicoptère de sa prison. C’est peu de dire que cette évasion pose problème.
Rappelons tout d’abord le pedigree du bonhomme : Son premier braquage, il le commet en 1995 en prenant en otage la famille d’un directeur de banque. Belle entrée en matière ! Puis, il braque une société et attaque un fourgon blindé. Arrêté en 1998, il est condamné à 18 ans de réclusion criminelle.
Libéré en 2009, soit après seulement 11 ans de détention, il affirme s’être repenti et publie un livre. Il fait le tour des médias, suscitant une admiration malsaine chez certaines personnes.
Ceux qui ont cru en sa volonté de tourner la page sont brutalement contredits avec son arrestation en juin 2011. On le soupçonne d'être le cerveau d’un braquage raté en mai 2010 au cours duquel une policière municipale a été abattue. Faits pour lesquels il sera condamné en appel à 25 ans de réclusion criminelle.
Entre-temps, en avril 2013, Redoine Faïd aura réussi sa première évasion en faisant exploser plusieurs portes de sa prison et pris quatre personnes en otage.
Voilà le personnage qui est dans la nature depuis dimanche matin et qui suscite aujourd’hui encore, à ma grande stupeur, de l’admiration chez certaines personnes et certains artistes comme Béatrice Dalle.
Restent maintenant les questions que pose cette évasion.
Avec un tel personnage, on aurait pu s’attendre à des mesures de précaution maximales. Redoine Faïd a certes été placé en isolement mais les services de renseignement pénitentiaires avaient eu vent de sa volonté de s’évader à nouveau et avaient demandé son transfert dans une prison plus sécurisée. Demande restée sans réponse…
On sait aujourd’hui que des drones avaient été repérés au dessus de la prison il y a quelques mois. Avec un détenu d ce calibre à l’intérieur, il y aurait eu de quoi s’inquiéter. On s’est contenté de déclencher une enquête…Il aura eu le temps de s’enfuir avant qu’elle ne soit close…
Les syndicats avaient demandé la pose de filets de sécurité au-dessus de la cour d’honneur dont ils avaient conscience qu’elle constituait le maillon faible dans le dispositif de sécurité. Demande rejetée par la direction…
Mais le comble de l’histoire, c’est que l’évasion de Rédoine Faïd a été filmée … par un détenu, depuis sa cellule. Preuve que les téléphones sont monnaie courante en prison. Etonnez-vous ensuite qu’il lui ait été aussi facile de monter une évasion…
Mais comble du comble, la vidéo de l’évasion se retrouvait quelques minutes seulement après sur les réseaux sociaux !
Pourquoi ne pose-t-on pas des brouilleurs de téléphone dans toutes les prisons ?
Après ça, dimanche soir, Nicole Belloubet, la ministre de la Justice avait déclaré qu’il n’y avait eu selon elle, « aucune erreur » du personnel et que « l’ensemble des conditions étaient réunies pour assurer la sécurité » de l’établissement. Depuis, elle a effectué un rétropédalage en concédant qu’« il y a peut-être eu des défaillances » et qu’elle avait demandé une « enquête ». C’est bien la moindre des choses !
Mais que se passera-t-il si cette fameuse enquête révèle que c’est le ministère qui a refusé la pose des fameux filets et l’achat de brouilleurs, pour cause d’économies budgétaires ???


