[L'édito de Pierrot Dupuy] Le budget du Département : Beaucoup de non-dits

Mercredi, à l’unanimité, les conseillers départementaux ont refusé de signer le contrat de confiance avec l’Etat qui prévoyait un plafonnement de l’augmentation des dépenses du Département à un maximum de 1,2%, d’une année sur l’autre.
Voilà un dossier très complexe où chacun se prévaut de bonnes intentions. En réalité, derrière les arguments avancés, se cachent des arrières pensées politiques moins avouables.
Officiellement, l’objectif de l’Etat est noble. Il faut réduire les dépenses. Il s’est lui-même engagé à le faire et les collectivités doivent en faire de même. En échange d’un plafonnement de leurs dépenses à 1,2% par an, l’Etat assure qu’il maintiendra le niveau actuel des dotations qu’il leur verse.
Il faut dire que ce sont les collectivités locales qui ont surtout vu, au cours des dernières années, une forte augmentation de leurs dépenses de fonctionnement. Mais là aussi, tout n’est pas si simple puisque c’est souvent à la suite de transferts de compétences de l’Etat, sans nécessairement que les moyens financiers aient suivi.
Mais, comme nous l’avons déjà expliqué ici, cette décision de l’Etat n’est pas sans arrières pensées. En privant les régions, départements et communes de marges de manœuvres financières et en supprimant la plupart des contrats aidés, Emmanuel Macron affaiblit ces barons de la politique, tout en renforçant les chances des candidats En Marche aux municipales.
En face, les conseillers départementaux ont beau jeu de mettre en avant la situation particulière de la Réunion, où 42% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, où le taux de chômage est de 25%, où nous détenons un record national de nombre d’allocataires du RSA et où la population vieillit. Et le problème, c’est que la situation ne risque pas de s’améliorer dans les années à venir.
Et ils ont raison.
Mais comment ne pas penser en même temps que ces élus essaient de se préserver quelques marges de manœuvre pour pouvoir distribuer quelques aides, quelques petits contrats à la veille des prochaines municipales, histoire d’acheter quelques voix qui leur permettront peut-être de sauver leur tête ?
Comme toujours, un dossier n’est jamais tout noir ou tout blanc.
Le problème, c’est qu’en agissant de la sorte, Emmanuel Macron donne quelques arguments supplémentaires à ceux qui tentent de le faire passer pour le Président des riches. Quand ce n’est pas des très riches. Celui qui prend dans la poche des plus démunis pour le donner aux plus aisés.
Pour le moment, il l’assume et continue à avancer. Les sondages continuent à lui être étonnamment favorables, bien plus qu’ils ne l’étaient pour ses prédécesseurs. Pourvu que ça dure…


