L’islam de la Réunion pourrait être un exemple pour la République

Alors que le projet de loi sur l’interdiction du port du voile intégral fait polémique et que se pose la question de l’identité nationale, Patrick Karam a organisé, hier, un colloque sur l’islam de la Réunion. C’est pour apporter "un éclairage positif" sur ce qu’il considère comme "un modèle qui fonctionne bien" que le délégué interministériel a réuni les parlementaires Anne-Marie Payet, Eric Raoult et Bariza Khiari, les président et vice-président du Conseil Régional du Culte Musulman, messieurs Abdoullah Mollan et Houssen Amode, ainsi que Mohammad Bhagatte, imam de la grande mosquée de Saint-Denis. Sont également intervenus Jean-Claude Judith de Salins, président de l’Association Réunionnaise Culture et Communication, Mémona Hintermann-Affejee, grand reporter à France 3 et Mohammed Moussaoui, président du Conseil Français du Culte Musulman.
"Dans l’Hexagone, le terme "musulman" est associé à échec scolaire et échec social. A la Réunion, c’est l’inverse" a déclaré le délégué interministériel pour expliquer la raison qui l’a amené à poser la question : "L’islam de la Réunion : un modèle pour la république ?". En effet, comme il a été rappelé hier, les musulmans, hommes et femmes, occupent des postes importants dans la société réunionnaise. Et, ceci, que ce soit dans les secteurs économique, social ou politique. La Réunion est d’ailleurs souvent citée en exemple pour son célèbre "savoir-vivre ensemble". "Mais cette harmonie reste fragile", ont tenu à souligner la sénatrice Anne-Marie Payet ou encore Houssen Amode, vice-président du CRCM et président de l’Association Musulmane de la Réunion, "même si les réunionnais sont fiers de ce qu’ils ont su créer à la Réunion".
Pour autant, la majorité des intervenants reste optimiste quant à l’idée de présenter l’islam de la Réunion, non pas comme un modèle, mais comme un exemple. Tous reconnaissent que la situation à la Réunion n’est pas analogue à celle de la Métropole, notamment par l’histoire du peuplement et par les origines des musulmans, et qu’il sera difficile de changer la vision de l’islam dans l’Hexagone. Mais ils sont confiants, d’autant plus qu’il fallu un siècle à la Réunion pour parvenir à cette entente entre communautés. "Je peux témoigner que les musulmans sont profondément respectueux de la République. Je crois à un islam soluble dans la laïcité", a ainsi déclaré Mémona Hintermann, ce qui lui a valu les applaudissements de la salle. Dans le même sens, Abdoullah Mollan affirme qu’"on peut être un vrai républicain tout en étant un musulman sincère".
Pour sa part, Mohammad Bhagatte pense que les structures Médersa, dont les imams réunionnais sont le fruit, pourraient être une source d’inspiration pour la formation des cadres religieux dans l’Hexagone. "L’islam de la Réunion se doit d’être un exemple au travers de ses structures, de sa persévérance, de sa patience et de sa tolérance. Il a également ponctué le fait qu’une connaissance solide de sa propre identité et de sa propre culture permet de ne plus craindre l’autre dans sa différence car c’est «la peur qui détruit tout".
Le débat s’est ensuite orienté sur le rôle fondamental de l’Ecole. Selon Abdoullah Mollan, "la base, c’est l’éducation". La responsabilité d’une certaine presse, qui cherche surtout à faire de l’audience, a également été mise en avant par les intervenants et certains auditeurs.
En dernier lieu, s’est naturellement imposé le délicat sujet de l’interdiction du port du voile intégral. Sujet défendu par Eric Raoult, député de Seine Saint-Denis, et rapporteur de la Mission parlementaire d’information sur la pratique du port du port du voile intégral sur le territoire national, mais plutôt contesté par Bariza Khiari, sénatrice de Paris. S’ils se sont largement exprimés sur ce thème, le fait que la Réunion puisse là encore servir ou non de modèle, pour aider à régler la question, n’a pas été réellement élucidé. Selon Eric Raoult, "le port du voile, de la Niqab ou de la Burqa s’exposerait dans des termes différents à la Réunion. C’est-à-dire que ce serait lié à une pratique déjà ancienne, à une sorte d’élégance. Le port du voile en Métropole est parfois plus signe d’intégrisme que d’élégance". Et quand il a été demandé à l’imam Mohammad Bhagatte s’il était pour ou contre cette loi, il a répondu, circonspect : "Oui, à la pédagogie, oui à l’ouverture du dialogue, oui à un échange. Comprendre véritablement l’islam et pas seulement au travers de ce que véhiculent certains médias".


