Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

Cyclone

Ecrit par zinfos974 – le lundi 12 mars 2018 à 10H17

Le souffle chaud, lourd, visqueux, poisseux, enveloppe
La ville, les gens, la maison, d'une écrasante torpeur.
La rue, les arbres, l'air, la lumière deviennent interlopes
La poitrine se serre, la peau moite liquéfie la peur. 
Le silence tombe sur la vie, tel un épais velours.
Il étouffe la plainte oppressée de l'huis
Qui grince tel le crochet rouillé et lourd
D'un curieux médiéval mâchicoulis
Guetteur de l'avancée du perfide ennemi.
Venu du Nord, du Sud, de l'Ouest ou bien de l'est,
Peu importe, de peur, d'effroi, déjà, il nous transit.
Nous percevons, la clameur de sa bombarde funeste.
Il nous encercle, nous traque, nous cerne
Au centre obscur de l'infernale scène.
La toiture de tôle se met à geindre.
Le temps n'est pas à se plaindre.
L'haleine fétide et brûlante du dragon
Envahit chaque pore du talon au menton.
Il éructe, crache et mugit
Ce démon, de l'enfer, surgi.
Le corps du diabolique zéphyr
Se tord, se noue, s'enroule, s'étire.
Le géant tempétueux
Arrache, ombrageux,
Ici un timide filao,
Là, un fier bouleau.
Il défait le vieux tamarin,
Ravine le tortueux chemin.
D'une gigantesque chiquenaude,
Il décoiffe la vénérable pagode.
Les vents mauvais, rageurs et salés
Poussent devant eux une dantesque marée.
L'écume, colérique, blanchit la roche.
Au loin, sonne, tocsin, la cloche.
Les lames d'acier de la bourrasque
Transpercent palais et baraques.
Le ciel, la mer, portent, drapés en deuil
L'un ses azurs, l'autre ses ports d'accueil
Qui ne sont plus qu'amas, infâme fatras
Où gisent cordes, vigies, poulies et mâts.
Les hauts de nos montagnes hurlent aux vents.
Les bas de nos plages crispent le temps.
La mangue douce et juteuse git au sol, vaincue.
L'écarlate letchi n'est pas mieux perçu.
Même le seigneur de la cour, le gros Jacques
A fini désarçonné et flétri dans la flaque.
L'avalasse postillonne, tambourine sur le toit,
Laissant tout le monde inquiet, voire pantois.
Le puissant bélier d'Eole sur la porte s'acharne
Tandis que s'effeuille tristement le vieux charme.
Puis, soudain, c'est le profond silence.
Serait-ce perfide ruse, nouvelle défiance?
Ou bien un heureux gage d'espérance?
Le monstre hurlant s'éloigne
Après une dernière empoigne.
Là-bas, sur l'horizon un cintre d'azur
Promet d'autres cieux, il rassure.
Le noir et lourd manteau
S'éloigne. Enfin, s'en va,
Thor et son cruel marteau.
Le tuit-tuit égaye à nouveau de son chant, le jasmin.
Le paille-en-queue effleure derechef les chemins.
Le calme, la beauté sont revenus.
Les parfums à nouveau répandus.
Le cyclone a creusé son sinistre sillon,
Renaîtront bientôt, le grain et la moisson.
La vie reprend, souriante, légère, généreuse
En nos terres insulaires, douces et langoureuses.

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :