Une île semence !

Entre le colloque de « La Semaine de l'Histoire », la « Conférence partagée à propos de l'illettrisme », les « Rapports » du Conseil Economique, Social et Environnemental, les conférences sur le recrutement des Réunionnais dans le secteur public et le secteur privé, les réunions de collectifs divers, etc., nous disposons d'une mine invraisemblable d'informations et de propositions concernant la vie de notre île.
Les politiques devraient y trouver des solutions aux problèmes à résoudre. Tout se passe comme s'ils ignoraient ces ressources riches, diverses, sérieuses, comme s'ils détenaient à eux seuls, les clés de nos problèmes et les remèdes à nos maux.
Cependant, la part de nos exportations tombent de 13 à 5 % en 55 ans ; le pourcentage d'illettrés ne bouge pas, le chômage des Réunionnais ne s'améliore pas, la coopération régionale est fantaisiste : « par le vent du progrès emporté, (la BELLE-ILE PERLE) se consume sous son tropique, d'occidentale consommation, dans le canyon de l'assimilation ».
J'ai retenu, pour ce « Journal », quelques observations inspirées par le dernier colloque de « L'Université rurale de l'océan Indien » qui s'est tenu, pour la sixième fois, depuis six ans, à Saint-Joseph, les 6, 7 et 8 décembre.
Le thème du colloque était « La ruralité » ; les intervenants étaient de qualité ; l'Indianocéanie était là, sans être nommée. Autrement dit, tous les ingrédients des colloques qui se succèdent étaient réunis.
Le thème, la ruralité, dans une île, petite, minée par une urbanisation envahissante, est un thème capital. Des choses intéressantes, pratiques, opérationnelles ont été dites à Saint-Joseph sur la ruralité. Des choses intéressantes, pratiques, et opérationnelles ont été dites au mois d'avril sur « l'acquisition de la lecture », au mois de juillet sur la laïcité, au mois d'août à propos des « Nouvelles routes de la soie », au mois de septembre, sur l'école à La Réunion, au mois d'octobre, sur la coopération maritime en Océan Indien. Des informations précieuses sont dispensées au cours des conférences sur le recrutement des personnels du secteur public et du secteur privé à La Réunion, sur les problèmes sérieux des éleveurs bovins de la filière lait, sur les institutions, l'ethnologie réunionnaise, sur les incompréhensions et malentendus entre des justiciables et l'institution judiciaire. Tous ces sujets délaissés par les politiques, contiennent autant de poisons qui infestent notre société réunionnaise et qui pourraient la faire exploser à la moindre étincelle.
Les intervenants. Les intervenants, à toutes les réunions auxquelles j'ai assisté, étaient compétents. Il y avait des experts, des praticiens, des observateurs. J'ai noté trois sortes d'intervenants. D'abord les intervenants informés de façon précise et exhaustive sur l'existant. La plupart du temps incapables de proposer des alternatives à cet existant, même s'ils les souhaitent ou les jugent nécessaires. J'ai noté ensuite, les intervenants informés sur l'existant, mais proposant, à partir des outils actuellement disponibles, des solutions alternatives réalistes, applicables immédiatement ou à terme. J'ai noté, enfin, les intervenants « faut que », « y a qu'à ». Moins précis dans les solutions qu'ils préconisent, ils ne sont pas moins nécessaires pour que bougent les choses. Ces intervenants
sont des trésors ou devraient l'être, pour les politiques.
L'Indianocéanie. A ce colloque de la ruralité à Saint-Joseph, l'Indianocéanie était présente avec des Rodriguais, des Mahorais, des Mauriciens. Et j'ai retrouvé cette représentation dans tous les colloques, conférences et autres réunions organisés cette année dans l'île. Mais qu'il est difficile aux Indianocéaniens, à commencer par nous, de distinguer « l'Océan Indien » de « l'Indianocéanie ». Il est question tout au long des interventions, de l'Océan Indien et, quelquefois, timidement, en s'excusant presque, d'Indianocéanie. Il m'est arrivé d'intervenir, dans le cadre des « débats », pour rappeler cette distinction, pour rappeler que l'Indianocéanie, c'était la
famille, l'espace de notre autonomie collective, notre chantier particulier.
Je pense que, l'an prochain, l'Indianocéanie sera davantage présente.
A côté de ces débats d'idées, un travail de création vient nous rappeler que la promotion de « la manière réunionnaise » ne repose pas sur du vent. Quel moment de grâce, la visite de l'exposition Malcom de Chazal/Robert Labor, à Saint-Pierre ! Un voisinage indianocéanien – encore ! - de haut niveau. Quel moment de grâce, la soirée Pierre Vidot, à la médiathèque Alain Peters ! Loin du bruit
et du tapage des grands concerts populaires, un moment de créolité classique, c'est-à-dire éternelle, intimiste, d'un public quand même tassé dans une salle bien remplie.
Des poèmes Mascarins ! Bourbon ! La Réunion ! alternant avec des chansons du répertoire. Quel moment de grâce, enfin, la
visite, en trois dimensions, par la magie des technologies de l'image, des sculptures d'Alain Séraphine! Œuvres d'art visibles dans une toute petite salle qui devient grand salon, et dont on peut faire le tour pour en admirer toutes les faces. Alain Séraphine, fondateur de l'ECOLE DES BEAUX-ARTS, de l'ILOI, de PIPANGAÏ qui méritent le soutien de tous et des pouvoirs publics en particulier. Alain Séraphine, un grand Monsieur, fait, vendredi dernier, officier de l'Ordre National du Mérite.
Des semeurs de semences d'avenir, portant l'espoir de fleurs et de fruits, « quand l'alizé soufflera en mai ! »
Paul HOARAU


