Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

Désinvolture

Ecrit par zinfos974 – le lundi 10 avril 2017 à 07H55

Dans Bratislava, François Nourissier, de l’Académie Goncourt, écrit :

« A l’hôpital, dans les services de gériatrie, la gentillesse du personnel s’exprime en diminutifs, petites chatteries familiales : grand-père, pépé, mamie, papy, papet, etc. Disparition des noms de famille, de « monsieur », de « madame ». L’âge installe ses victimes dans une sorte d’anonymat sentimental.

C’est vers l’enfance que les petits noms enfoncent les vieillards….On leur parle …comme à des pauvres, aussi. L’argent seul, et le petit reste de pouvoir qu’il confère, protègent les vieillards de l’insultante familiarité…..Ma seule préoccupation quand j’allais voir ma mère,… : dresser, par ma présence….une barrière de respect, creuser une certaine distance qui me paraissait indispensable à sa dignité. »
Si les personnels soignants ont été formés depuis que ce texte a été écrit (89), pour garder une distance respectueuse avec leurs patients, de nos jours c’est notre « jeunesse » tout entière qui s’y colle. La familiarité n’est plus que désinvolture quand elle quitte le cercle familial.

Rien n’empêche quelqu’un de se faire appeler gramoune. Mais ce n’est parce ce qu’il l’a fait que tous ceux de son âge désirent être aussi ainsi désignés. Puisque je ne suis qu’un septuagénaire inconnu, si demain un ivrogne m’aplatit sur la route ou que je me fais trucider, les journaleux de la télé me désigneront ainsi et l’écriront au bas de l’écran pour qu’on ait et la lecture et le son, comme vient encore de le faire Antenne Réunion à propos d’une dame dont le nom leur a pourtant été donné.

Cette ambiance délétère conduit une partie des personnes arrivées sur le dernier tronçon de leur vie à vouloir rester accrochées aux basques de ces « jeunes ». Alors, bien que perclus de rhumatisme, on se persuade qu’on est encore d’une jeunesse, la troisième, comme si la vie pouvait être découpée en tronçons.

Il ne reste plus que le pouvoir et l’argent, comme le fait remarquer cet académicien, pour nous protéger de cette mièvrerie. Ainsi, gramoune, Vergès ne l’a jamais été et nos politiques pourtant âgés ne le seront jamais.
 

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :