La Station d’épuration du Grand Prado, vitrine de la CINOR?

Des bâtiments bioclimatiques (aération, panneaux photovoltaïques, couverture végétale), une station où l’on traite les eaux urbaines en aval du robinet des usagers, potentiellement équipée pour 235.000 usagers en 2050, pour l'heure configurée pour 135.000. Un contrat lie la CINOR, VEOLIA et la CISE jusqu’en 2035.
Le débit de l’eau est de 3.175 m3 d’eau usée/h (soit près de 28 millions de m3/an). 60% des habitants du secteur traité (Saint-Denis + Sainte-Marie) possèdent une fosse septique et ne bénéficient pas des avantages de cette structure. Mais leur facture d’eau indique bien qu’ils y participent. Sur le réseau, 5400 km de canalisations.
L’eau pluviale est également traitée dans un bassin de phyto-épuration.
Voici le schéma :
Des pompes de refoulement envoient l’eau dionysienne de la Jamaïque vers le Prado, de petites unités sur le territoire sainte-marien font de même.
PRE-TRAITEMENT :
Le bâtiment est confiné en pression négative (odeurs incommodantes) :
* dégrillage en escalier pour séparer les objets solides de plus de 3 mm de l’eau usée ;
* analyses de celles-ci ;
* désablage-déshuilage, le sable lavé à l’air est utilisé pour des couches imperméabilisantes au CET (centre d’enfouissement technique) de Sainte-Suzanne, ou dans le BTP en 0/1 ou 0/6 pour la maçonnerie ;
* décantation des matières organiques par des bactéries pour former les boues primaires.
L’air confiné est traité par acide, soude, javel avant d’être évacué.
TRAITEMENT BIOLOGIQUE :
* les bactéries poursuivent leur œuvre dans les bassins d’aération, puis dans deux digesteurs. Ce qui permet le stockage de 20.000 m3 de biogaz, le trop-plein étant brûlé en torchère. Le biogaz créé part en cogénération chaleur-électricité, et permet la production de 1.6 GWh d’électricité à l’année (0.5 pour mille de la production électrique réunionnaise), ce qui dépasse les besoins de la station et permet une revente à EDF. Les 1.6 GWh correspondent par exemple à la consommation du quartier du Brûlé.
* En aval des bassins de clarification, on récupère les boues secondaires mélangées aux boues primaires, l’eau issue peut subir deux traitements : arrosage (100 m3, pour le jardin botanique créé comme source de biodiversité (plantation de lauriers, thym, romarin, caféiers, un magnifique banian centenaire vient orner le parcours botanique), ou traitement tertiaire.
TRAITEMENT TERTIAIRE :
* L’eau subit une aseptisation chimique puis une filtration membranaire. Elle est rejetée à l’océan non loin du Port de Sainte-Marie : des millions de m3 gaspillés en eau de qualité baignade. Les boues séchées par la chaleur deviennent des granulés pour servir d’engrais.
Il y a un manque à gagner qui pourrait payer la note de frais de l’étude Soere-Pro, qui s’élève à 10 millions d’euros (240000 annuels sur 20 ans). Cette étude, pilotée par la CINOR, le CIRAD, et VEOLIA, a montré déjà que sur deux parcelles comparables, la canne croissait aussi bien avec les granulés du Prado qu’avec des engrais chimiques importés (33000 t, de 150 à 700 euros la tonne, source : JIR du 01/10/2016). La station du Prado peut produire 5000 t de ces granulés, pas tout à fait inodores.
Or ces granulés trop riches en métaux lourds (dont nickel) ne respectent pas les normes européennes. Pour les normer, on pense les incorporer au compost issu de la décomposition des déchets verts en milieu aérobie. Pourrait-on vraiment utiliser ces déchets verts, quand ils ont vocation à être brûlés au Gol ou à Bois-Rouge, dans le PPGDND (plan de gestion de la Région des déchets non dangereux) ? De même, ne sont-ils pas déjà, pour leur part, riches en métaux lourds ?
Un bien bel outil, mais encore quelques incertitudes sur la récupération des eaux traitées, de qualité baignade, et le devenir des granulés-engrais, non aux normes européennes, pour lesquels les décideurs agricoles doivent se prononcer.
La visite pédagogique pourrait servir la population pour améliorer son comportement vis-à-vis de l'eau, et pourquoi on doit payer l’eau. Le gaspillage réunionnais pour l’eau de consommation humaine est en effet insensé : 240 l/an/habitant (en métropole : 140 l).
L’une des raisons est le tarif très bas de l’eau : en moyenne, 2.13 euros le m3, de 1.38 à Cilaos à 2.95 à Trois Bassins (source : Office de l’Eau). Ces tarifs sont négociés par les intercommunalités. Ce gaspillage ne va pas dans le sens d’une responsabilisation au regard du changement climatique.
Plus d'infos : www.aid97400.re
Dr Bruno Bourgeon, président d'AID


