Une ronde autour du monde

Ce qui retient mon attention dans cette manifestation contre l’exploitation de la carrière de bois Blanc ce n’est pas tant l’objet apparent de la manifestation mais sa forme , sa technique : un dimanche , un rassemblement , des mains , une chaîne , sur une route secondaire délaissée qui , avec en arrière plan la nature foisonnante, rend d’une certaine façon hommage à la terre en témoignant d’une possible reconquête d’un paradis perdu , une logistique apparemment bon enfant , avec justement la présence d’enfants instrumentalisés et de mères instrumentalisantes , et même d’innocents chiens , et puis quelques passagers clandestins .
A la masse brutale des syndicalistes en marche on a préféré la fluidité et la gaité de la ronde .
Mais derrière cette mise en scène il y a évidemment les meneurs , très directifs eux. Sous la mollesse et la plasticité de la figure on devine la structure très rigide qui la soutient.
En politique les apparences donnent en effet désormais toujours raison aux apparences puisque réussir à faire croire contribue à faire exister.
Donc les apparences sont favorables et plaident pour l’innocence de la cause.
La finalité est moins noble : il s’agit de parvenir à " fabriquer " une opinion opposée à la NRL à partir d’un mouvement ultra minoritaire , nourri de nombreuses arrières pensées .
Faire glisser le débat de la pertinence de la NRL vers la pertinence de l’exploitation d’une carrière à Bois Blanc , qui en est la condition technique , n’y suffisait plus .
Il fallait un plus grand degré de sophistication.
Seront ils parvenu à faire émerger ce que le sociologue Patrick Champagne appelait " un faux groupe " , pour donner support à leur contestation ?
La " gauche ", qui ne dispose plus des outils de la contrainte , s’essaie aux nouvelles techniques de la propagande . Elle découvre donc la technique de production des " faux groupes " qui sont moins des groupes d’action que des groupe de représentation et qui ne servent pour l’essentiel qu’à plébisciter ceux qui les organisent et leurs idées
Nos démocraties ne sont plus menacées par le risque du totalitarisme mais par une sorte de démagogie qui prend toutes les formes de la démocratie.
C’est à ce titre un poison !
Pierre BALCON


