Au nom de l'égalité

C'est au nom de la réduction des inégalités (enquête PISA oblige) que Mme la Ministre de l’Éducation Nationale fait passer au forceps la réforme du collège, comme d'ailleurs d'autres réformes du gouvernement Valls.
C'est au nom de l'égalité que Mme la Ministre impose une réforme qui supprime une demi-année scolaire d’enseignement. Réduire les inégalités avec toujours moins... mais pour tous.
C'est au nom de l'égalité que cette réduction des coûts, cette gestion de la pénurie sera mise en musique par les chefs d'établissements via l'interdisciplinarité et une autonomie accrue.
C'est au nom de l'égalité qu'elle renforce l’autonomie des établissements, favorise la concurrence "libre et non faussée" entre établissements publics. Que restera t-il de l’Éducation nationale comme administration de l’État ? Le processus en cours de privatisation rampante de l’école importe déjà les méthodes de management du privé dans une concurrence de plus en plus vive au sein même de l’école publique. Les personnels le savent bien, puisqu'ils témoignent de plus en plus de leur malaise au travail .
Ces 20% seront-ils un premier pas vers le creuset de nouvelles inégalités ?
C'est au nom de l'égalité qu'est inscrit dans la loi le processus de suppression progressive des programmes nationaux (avec 20 % des heures du collège qui seront soumises à des discussions locales),renforçant a minima la disparité et plus probablement les inégalités, d'une région à une autre, d'un collège à un autre collège.
C'est au nom de l'égalité que cette réforme est avant tout une entreprise de réduction des coûts. Cette réforme verra passer le nombre d'heure/élève de 1,17 (moyenne nationale) à 1heure /élève. Le cœur du discours devient ainsi l’installation du socle de compétences juste nécessaire pour l’employabilité du futur travailleur, en négligeant dans les nouveaux programmes, la formation de l’esprit critique du futur citoyen,l'interdisciplinarité se révèle être un masque pédagogique.
C'est au nom de l'égalité que cette réforme n'est finalement qu'un cache- misère et propose une gestion de la pénurie DÉLOCALISÉE, gérée par les chefs d'établissements
C'est aussi probablement au nom de l'égalité territoriale et de la nécessaire solidarité nationale que l'académie de la Réunion, forte des très nombreux établissements relevant de l'éducation prioritaire, ne s'est pas vue attribuée le nombre d'enseignants nécessaires pour faire face aux besoins dans les établissements du second degré, notamment dans notre discipline, l'EPS. C'est probablement au nom de l'égalité que l'accès démocratique à des pratiques sportives porteuses de réussite originale, de santé, ne se fera que pour ceux qui en auront les moyens. Pendant ce temps là les académies métropolitaines se verront doter de moyens en remplacement alors qu'ici les titulaires feront cruellement défaut à la rentrée.
C'est au nom de l'égalité, que les parents mettront la main à la poche, si elle n'est pas trop trouée, pour assurer à leurs enfants, notamment dans le nord et l'est de l'île, les mêmes chances de réussite que les autres.
Le bureau du SNEP-FSU Réunion, le 12 juin 2015


