Lutte contre les inondations... Appliquons la stratégie nationale

Suite aux conséquences dramatiques de la tempête XYNTHIA, au niveau national en 2014, une stratégie de gestion des risques d’inondation a été fixée (SNGRI 2014).En 2015, la population réunionnaise est sollicitée pour donner son avis. Deux enquêtes publiques SDAGE(schéma départemental de gestion des eaux) et PGRI (plan de gestion des risques d’inondation)se terminent dans quelques jours, le mercredi 18 Juin 2015.Les dossiers sont en Mairie, Sous-Préfecture, sur le site de la Deal Réunion. CHACUN EST INVITE à DONNER SON AVIS…
Pour rappel, lors du cyclone HYACINTHE (1980), qui n’est pas considéré comme crue centennale, c’est le record mondial de pluie en 11 jours pour l’île de la Réunion. Un certain nombre d’habitants du littoral Ouest ont encore en mémoire les eaux de pluie qui ruissellent des pentes et des ravines nombreuses sur la zone, les sols qui n’absorbent plus les eaux dans de nombreux lotissements du littoral car la mappe phréatique affleure le sol, les cordons littoraux qui se referment et les eaux qui ne s’évacuent pas à la mer en raison du niveau de surélévation de la mer, et donc la montée des eaux dans les zones habitées sur l’ensemble du littoral pendant de nombreux jours. Chacun a alors pu constater la nécessité de préserver des zones tampon non urbanisées où les eaux peuvent s’étaler (champs d’expansion des crues), de préserver des lits de ravine à la mer, de s’assurer du bon fonctionnement des sorties vers la mer (exutoires) pour ces événements exceptionnels. Depuis 1997, l’association ACTION OUEST s’est mobilisée sur ces objectifs . En 2015, face au développement de l’urbanisation, nous constatons pourtant, la possibilité de réduire de façon importante des champs d’expansion de crues non urbanisés, l’effacement progressif de nombreux lits de ravine à la mer et la constructibilité de ces zones, le mauvais fonctionnement de sorties de ravines à la mer vers lesquels pourtant on concentre les eaux de bassins versants et de ravines, l’extension de STEP (station d’épuration) dans les champs d’expansion des crues.
La loi rappelle la nécessité de "PROTEGER, RESTAURER, AMENAGER, LES CHAMPS d’EXPANSION des CRUES". Depuis de nombreuses années, pour lutter contre les inondations et protéger les personnes et les biens, les directives tant au niveau européen que national, rappellent qu’avant même des travaux d’endiguement souvent nécessaires, la première priorité est de préserver, aménager, restaurer les champs d’expansion des crues qui sont des zones tampon , servant à retenir et infiltrer les eaux. En cas d’inondation, les eaux peuvent ainsi s’étaler, ralentir leurs vitesses, et éviter les dégâts dans les zones urbanisées.
Dans les 3 objectifs prioritaires de la stratégie nationale de gestion des risques d’inondation (SNGRI / 2014), on lit à la p.5 "la prévention la plus efficace pour limiter les dommages liées aux inondations reste, bien évidemment, d’éviter l’urbanisation en zone inondable… Les principes généraux en vigueur relatifs à l’aménagement des zones à risques d’inondation sont rappelés..." concernant les champs d’expansion des crues "la préservation stricte des zones d’expansion des crues en milieu non urbanisé…", concernant les équipements sensibles (tel une station d’épuration) "la limitation des équipements sensibles dans les zones inondables afin de ne pas compliquer exagérément la gestion de crise et la réduction de la vulnérabilité des équipements sensibles déjà implantés, voire leur relocalisation".
Prenons l’exemple de la zone Hermitage /Saline les Bains où on constate la réduction des champs d’expansion des crues non urbanisables et l’extension prévisible de la station d’épuration dans ces zones tampon. Quel sont les risques pour les populations ?
Dès 1997, c’est le Préfet qui définit des champs d’expansion des crues situés de l’Oeil de Bœuf à la Saline les Bains en Amont de la RN1.Dans le 1erPPRI de St Paul (1997), la totalité des champs d’expansion des crues situés en amont de la RN1 sur le secteur Ermitage- Saline les Bains, de l’Oeil de bœuf à la Saline les Bains, sont classés "zone rouge" inconstructible…la Station d’épuration de l’Ermitage est en « zone rouge » étant défini, dans les documents de la DDE comme étant « situé dans l’axe de la ravine » de l’Hermitage. Cette ravine est alors estimée à environ 120 m3/s en crue centennale. Dans le courrier du Préfet au Maire de Saint Paul du 06/09/1999 approuvant le PPRI (Plan de Prévision des risques d’Inondation), le Préfet justifie le classement des champs d’expansion des crues en "zone rouge", inconstructible "considérant particulièrement la nécessité de préserver les champs naturels d’expansion des crues, soumis à une forte pression foncière, pour maintenir une capacité maximale de stockage et ne pas aggraver les risques dans les zones habitées situées en aval". Il précise également dans le même document "il appartient à la Commune de Saint-Paul de revoir son scénario de protection actuellement adopté en recherchant des alternatives à une évacuation unique des eaux vers la canal de l’Ermitage (rétablissements des exutoires naturels,…), et en étudiant la possibilité de modifier la trajectoire de la ravine de l’Ermitage en amont de la RN1 de manière à supprimer le virage en angle droit au dessus de secteur habité, et en préservant, voire en rétablissant, les champs d’expansion des crues en amont de la RN1".
Les projets de PGRI et de SDAGE qui sont actuellement présentés ne semblent pas aller dans cette direction.
En 2012, dans le PLU (Plan Local d’urbanisme) de Saint-Paul, concernant les champs d’expansion des crues, sur la zone Œil de Boeuf à la Mairie annexe de la Saline les Bains, en amont de l’ex-RN1, nous constatons que plus de 75% des champs d’expansion de crues classés pourtant comme zone rouge inconstructible par le Préfet en 1999, ne sont plus inscrits inconstructibles dans le PLU 2012 de la Mairie de Saint-Paul .Des zones rouges (non urbanisées), sont "déclassées" dans le PLU 2012, en AU2h et AU2c (zone Œil de Bœuf), en U2e (Station d’épuration et ses extensions prévisibles jusqu’à Bruniquel), en Nto (du chemin Bruniquel à la Saline les Bains), en AU2c (face à la Ravine de la Saline les bains). C’est également le cas du camping de l’Afpar classé en AU2h (défini comme "lit de ravine" au PPR 2011).
Dans le Plan Local d’Urbanisme 2012, on constate le déclassement de nombreuses zones pourtant "zones rouge" inconstructibles au Plan de Prévision des Risques 2011.
Concernant la station d’épuration(STEP) de l’Ermitage
La STEP de l’Ermitage , ses extensions récentes et son extension future sont situés dans les champs d’expansion des crues. En cas d’inondation, quelles sont les conséquences si elle est submergée par les eaux? Y a-t-il des risques sanitaires pour les populations ? Pour l’environnement?
Les dossiers de SDAGE et PGRI ne semblent pas traiter ses questions.
Depuis 1997, ACTION OUEST milite pour, notamment, que ces deux priorités soient effectivement appliquées "préserver, restaurer, aménager les champs d’expansion des crues" conformément à la loi et « relocaliser la station d’épuration hors des champs d’expansion des crues et de la ravine de l’Ermitage » pour éviter les risques sanitaires, les atteintes graves à l’environnement et à la protection de nos récifs coralliens.
Aussi, sur la base des éléments disponibles concernant les risques connus, nous demandons l’application de la stratégie nationale de gestion des risques d’inondation à la Réunion.
Nous nous permettons de proposer :
1- d’afficher tous ces champs d’expansion des crues en zone rouge, ainsi que la Station d’épuration de l’Ermitage située "dans l’axe de la ravine de l’Ermitage".
2- de demander et d’aider la commune de Saint-Paul à relocaliser sa station d’épuration hors de la ravine de l’Ermitage et des champs d’expansion des crues
3- de gérer autrement les rejets de STEP afin de retirer l’Arrêté Préfectoral 2006 autorisant notamment la Mairie de Saint-Paul à déverser pendant 40 ans ses rejets de station d’épuration dans le lagon via la ravine de l’Ermitage dans la Réserve Nationale Marine ce qui ne nous semble pas conforme à la loi.
Association ACTION OUEST


