Sarkozy et l'appel aux Républicains: il se prend pour de Gaulle. C'est pathétique

Nicolas Sarkozy serait donc, nous dit-il en sous texte, cet officier rebelle qui, sous la bannière de son nouveau parti "Les Républicains", voudrait faire se lever l’armée de "tous les Républicains de France" pour chasser du pouvoir les socialistes, coupables à ses yeux de "faire reculer tous les jours la République".
Clairement, sous couvert de rassembler avec son "cri de ralliement", Nicolas Sarkozy s’adresse aux déclinistes de tous poils qui, à l’instar d’Eric Zemmour, regrettent cette France d’avant, quand la France était un empire et qu’elle n’avait rien à craindre de la mondialisation, de la grande méchante immigration et de l’islam.
Le fantasme de la troisième guerre mondiale
Nicolas Sarkozy, une fois de plus, joue sur les peurs et sur les fantasmes. Pire, il ose, avec cette affiche irresponsable, comparer ces temps certes peuplés d’incertitudes que nous traversons (sur les plans économique, politique, voire identitaire) mais ces temps de paix tout de même, avec la terrible période de la Seconde Guerre mondiale, quand la France était occupée, humiliée, martyrisée par les nazis. Quand des millions de personnes étaient exterminées à cause de leurs origines et de leur religion.
La guerre qu’entend mener Nicolas Sarkozy rappelle évidemment cette "troisième guerre mondiale" que Christian Estrosi annonçait récemment de manière péremptoire et scandaleuse : bataille contre le terrorisme certes, mais aussi contre "la cinquième colonne islamiste de France" qui aurait déclaré la guerre à "la civilisation judéo-chrétienne et à la France".
À l’évidence, Nicolas Sarkozy est d’accord avec lui et il n’a pas besoin de désigner l’ennemi quand, de l’extrême droite à la droite, chacun montre du doigt les immigrés et cette religion de l’islam qui n’aurait d’autre but que de détruire nos modes de vie et notre culture, par exemple, en imposant le voile à l’université et les repas sans porc dans les écoles.
L’ennemi, c’est l’immigré et son complice, celui qui collabore avec lui, c’est le socialisme au pouvoir, et donc François Hollande à l’Élysée et Manuel Valls à Matignon qui, tous deux, auraient une vision laxiste de la loi de 1905 sur la laïcité.
Une affiche virtuelle finalement très "bling bling"
Nicolas Sarkozy n’a cure de l’aspect bancale, absurde et outrancier de sa comparaison entre deux époques (heureusement) si dissemblables, et dont le but unique est, non pas de rassembler "tous les Républicains" pour sauver la France, mais bien d’unir tous les anciens UMP à son seul profit de futur candidat à la présidentielle de 2017.
Pour lui, ce qui compte, c’est que ça ronfle, que ça brille, et surtout, que ça frappe les esprits, à commencer par ses propres fans et par les nostalgiques du gaullisme et de la grandeur soi-disant perdue de la France.
En un mot, cette affiche qui se veut austère et grave par son aspect, à l’image du général de Gaulle, est sans doute à l’arrivée un gimmick de circonstance, un truc particulièrement "bling bling" à l’image du président de l’ex-UMP qui ne s’embarrasse pas de complexes quand il s’agit de défendre ses propres intérêts.
Une prise en otage de l'histoire
C’est ainsi que l’on comprend pourquoi Nicolas Sarkozy était absent le 26 mai dernier, pendant les cérémonies du Panthéon, quand François Hollande rendait hommage à quatre grandes figures de la Résistance. Il était occupé ailleurs, à répondre, sur le même terrain de jeu qu’est à ses yeux la République, à son ennemi socialiste.
Certains commentateurs ont reproché ce jour-là à François Hollande d’utiliser l’histoire de France à son profit, en faisant allusion à la fois à sa réforme du collège (à travers l’évocation de Jean Zay) et au péril que représente de nos jours l’extrême-droite.
Mais que diront-ils alors de la récupération, voire même de la privatisation, par Nicolas Sarkozy, du terme de "Républicains". Et que diront-ils aussi de l’exploitation à des fins purement personnelles de cette autre partie de l’histoire de France qu’est l’appel du général de Gaulle ?


