"Toutes les femmes sont volages, toutes !"

Robert Rocca et Jacques Grello, deux chansonniers des années 60, totalement oubliés hélas, disaient : "Toutes les femmes sont volages, toutes ! Et heureusement, sinon, avec qui tromperions-nous nos femmes, si toutes les femmes étaient fidèles ?"
Boutade évidemment, histoire de dérider le lecteur avant propos.
Pour faire pièce à ces deux malicieux petits bonshommes, je dirai : "Toutes les femmes sont admirables, toutes ! Même quand elles nous font chier, qu’elles nous critiquent, qu’elles nous trompent ou, comme chantait Georges, qu’elles laissent trop de cailloux dans les lentilles, elles sont encore formidables".
Parce qu’elles nous supportent, nous aiment. Vous vous rendez compte ? Supporter un mec suant, soufflant, ruant, deux minutes, parfois moins, pour en subir les conséquences neuf mois durant !...
On me dit que j’ai souvent tendance à mettre les femmes sur un piédestal. Je reconnais. Mais comment faire autrement ?
Il y a évidemment les femmes célèbres, devant lesquelles on ne peut que s’incliner. Rigoberta Menchu, dont le dévouement acharné à la cause indienne lui a valu le Nobel. Aung San Su Kyi, dont l’obstination a fait plier les juntes birmanes là où les hommes avaient tous échoué. Mère Térésa… Il y en a tant mais je ne saurais passer sous silence notre Simone nationale, qui a accepté d’être la femme la plus haïe de France, haïe par toute la droite et les religieux de toute tendance, pour libérer les femmes d’une grossesse non désirée.
Mais pourquoi, direz-vous, aller chercher la qualité chez les célébrités ? Vous dites juste et c’est précisément là où je voulais en venir.
Si j’admire LA femme, c’est chaque jour pour ses mille qualités. Existe-t-il un féminin au mot dévouement ? Oui, et même plusieurs : patience, obstination, acharnement, passion, compréhension, que l’on rencontre dans chacun de leurs gestes quotidiens. Ainsi… Il a mal au dos ? Elle le masse avec patience. Il a une petite fièvre ? Le pauvre chéri ! Elle lui prépare sa tisane. Il rentre fatigué du boulot ? Avec compréhension, elle lui sert son ti charrette. Le marmaille pleure à minuit ? Elle se lève.
Elle a des douleurs au bas ventre en pleine nuit ? Allons bon ! Encore "ses" bobos mensuels. Elle a mal à la gorge ? Merde ! En plein PSG/OM ! Le marmaille pleure à minuit ? Hein, la vieille, allez soigne in coup ti couillon là, va !
Jour après jour, année après année, elles s’acharnent à s’occuper des ours égoïstes que nous sommes. Il y en a même qui le paient très, trop cher.
Ils ont été peu, à travers l’Histoire, à rendre leur honneur aux femmes. Jésus fut le premier, qui rendit sa dignité à la femme dite frivole. Marie-Madeleine la pécheresse fut sa préférée.
Molière en fit des êtres qu’il présenta moins inférieures, moins frivoles que ce qu’elles paraissaient avant.
De Gaulle leur accorda enfin le droit de vote : après la Résistance, elles l’avaient plus que mérité.
Alors oui, "toutes, toutes, toutes les femmes sont belles", nous dit un chanteur dont j’ai oublié le nom. D’Ava Gardner à Sharon Stone et autres ; mais aussi nos compagnes de chaque jour, elles sont merveilleuses et je les place sur un piédestal plutôt mille fois qu’une.
C’est d’ailleurs pourquoi moi, défenseur acharné de l’orthodoxie linguistique française, je m’élève contre ce je considère comme une aberration grammaticale. Je ne supporte pas d’entendre "madame LE président" sous prétexte que "le masculin l’emporte sur le féminin". Où ça ou la vu ça ?
Dans un réflexe machiste, lorsqu’une femme se hisse à une présidence, dans le dessein de l’aider à mieux bosser sans doute, on lui accole une petite dose de masculin : LE président. Parce que la présidente serait la femme du président.
Navré… Lorsque Margie était à la tête de la Région, je voyais une très belle présidente… même en pantalons.
Lorsqu’on appelait tante Yvonne "madame la présidente", elle répliquait malicieusement :
"Je ne suis pas une présidente. Je ne suis que l’épouse du Général… même quand il parle de lui à la troisième personne".
Bonne fête à toutes. On vous aime.
Jules Bénard


