Abstentionnistes, vous nous coutez cher !

À ceux qui leur disent "Voter est un droit, voter est un devoir" ou qui leur rappellent les luttes historiques et même récentes, en ce qui concerne les femmes, pour l’exercice de plein droit du choix démocratique, les abstentionnistes répondent souvent par un sourire narquois ou une expression de mépris.
Comme si les fervents défenseurs du vote agitaient un marronnier qui ne les émeut plus guère. Il y a même la sensation gênante d’une totale inversion des rôles, les moqueurs rentrant dans un ersatz de bon droit ("Je fais comme tout le monde, je vais à la plage ou en pique-nique !") et les légalistes devenant ceux que l’on montre du doigt comme des quasi-pestiférés ("Mais t’es nul, pourquoi tu vas encore voter, toujours pour les mêmes ?"). Les abstentionnistes semblent être à la mode, les votants semblent devenir des ringards !
Les tenants du premier camp ne font pas que mal à la démocratie. Ils participent d’une gabegie financière qu’ils seront paradoxalement les premiers à dénoncer sous les appellations de "gaspillage" ou de "gâchis". Regardons de près les résultats de ce premier tour des élections départementales dans notre île. Onze binômes candidats font plus de 50% sur leur canton (de 50,06 % à 68,05 %), cependant que deux autres tandems frôlent la barre de la majorité absolue (49,59 % et 49,26 %). Soit treize cantons (sur 25, donc plus de la moitié !) qui auraient pu faire l’économie d’un second tour, rendu obligatoire parce que la barre des 25% des inscrits n’a pas été atteinte par les candidats. L’expression "faire l’économie" n’étant pas seulement là pour jouer sur les mots, mais étant la mieux adaptée à la situation.
Car combien coûte l’organisation d’un tel scrutin ?
Il va falloir imprimer de nouveaux bulletins (sans compter tous ceux du premier tour que l’on a du passer à la poubelle ou la broyeuse, nos forêts vous disent merci !) et de nouvelles professions de foi, payer du personnel pour mettre ces documents dans une enveloppe afin de les envoyer, au coût postal en vigueur, à des électeurs dont on se doute du nombre infinitésimal de ceux qui les lisent. Pour tenir les bureaux de vote, il faudra mobiliser du personnel communal, qui va naturellement s’octroyer des jours de compensation qui coûtent à la collectivité. Il faudra nourrir toutes ces personnes dont la présence est énergivore, et il faudra remettre en ordre toutes les salles de classe et tous les bureaux.
On aurait pu éviter ces coûts supplémentaires si le peuple des abstentionnistes avait adopté de bonnes méthodes pour éviter de se démultiplier ! Le meilleur contraceptif en la matière est peut-être l’amende, dont je ne suis pas loin d’être un fervent défenseur.
Et surtout, vous l’aurez compris, ne me parlez pas du "vote blanc" !
Jerry Ayan


