L’honnêteté dans l’indignation

Nombreux sont les appels au lynchage, ou peu s’en faut, après le drame du Moufia, mais il convient de se demander ce que l’on condamne vraiment avec tant de véhémence.
S’agit-il du comportement routier inacceptable de ce jeune, ou juste ses conséquences ?
Que chacun de ceux qui s’indignent, a juste titre, de son comportement se pose la question de ce qu’il a fait dans le passé pour lutter contre ce type d’écart mortifère :
- N’avez-vous jamais pris 2 bières ou plus avant de prendre le volant ?
- N’avez-vous jamais roulé à 100 km/h sur une route limitée à 50km/h ?
- N’avez-vous jamais, étant jeune ou moins jeune, trafiqué un véhicule pour gagner en puissance ?
- N’avez-vous jamais constaté ces comportement chez vos enfants, frères, cousins, amis ou connaissances tout en fermant les yeux pour ne pas passer pour un rabat-joie ?
- Au passage, n’avez-vous jamais pesté contre « ces feignants de flics qui feraient mieux de courir après les voleurs plutôt que faire ch.er les honnêtes travailleurs sur les routes » ?
Si la réponse est oui à au moins une de ces questions, alors ayez l’honnêteté d’avouer que vous ne condamnez en réalité que les conséquences des actes de ce jeune chauffard, que vous ne vous insurgez que contre l’abominable enchainement qui a transformé un comportement que vous voyez tous les jours sans broncher en horreur absolue.
En d’autres mots, on tolère facilement la cause, pour laquelle on montre une grande indulgence (surtout pour soi-même et ses proches), mais on condamne les conséquences associées : ce n’est ni cohérent ni adulte.
Ce drame horrible ne servira à quelque chose que si ceux qui hurlent à la peine de mort aujourd’hui prennent les résolutions suivantes :
- Respecter eux-mêmes le code de la route en toute circonstance, et pour toujours
- Parler à leur proches et leur signifier de manière forte et répétée qu’ils ne sont pas d’accord avec leur conduite routière s’ils constatent des écarts avec le code de la route
- Retirer la voiture à leur enfant s’ils en ont le pouvoir, en cas de comportement routier inacceptable
- Refuser qu’un proche prenne sa voiture au delà d’un seul verre
- Accepter les amendes avec philosophie, avec la conscience qu’une amende méritée vaut mieux qu’un drame routier
Que chacun d’entre nous fasse cela, ou qu’il se taise face à ce drame et tous ceux à venir, parce qu’il n’a pas plus le droit de condamner le coupable que n’importe quel pêcheur de jeter la première pierre.


