"Journée mondiale d’éradication de la misère" : quelle sinistre farce !

La journée de vendredi était soi-disant celle de « l’éradication de la misère ». Quel guignol ! Quelle sinistre farce ! quel foutage de gueule !
Cela aurait dû mobiliser les foules, le sujet étant le plus crucial du moment à l’échelle mondiale. Sur l’Esplanade des Droits de l’Homme, à Champ-Fleuri, ils étaient une poignée de manifestants, essentiellement des miséreux justement, qui s’attendaient sans doute à ce qu’on les écoute ; qu’en cette journée qui leur était soi-disant dévolue, les responsables vinssent à leur rencontre, prendre note de leurs doléances.
Tiens, fume !
La veille, ils étaient quelques milliers, charroyés par cars entiers, pour acclamer le petit Napoléon de Moufia. Une campagne électorale avec pains au chocolat, maloya, gros bras, ridicule et chapeaux, pensez donc, c’est autrement passionnant que quelques gueux crevant de faim.
Mais pourquoi étaient-ils si peu, à Champ-Fleuri ? Parce que cette Journée de la misère est une journée-alibi de plus, comme la Journée sans tabac, la Journée de la 3è Jeunesse, la Journée de l’autisme, que sais-je encore. Des événements purement médiatiques qui servent aux responsables à faire croire qu’ils font quelque chose et dont la probabilité d’efficacité donne une bonne idée de l’infini en négatif.
Eradication de la misère, pfffff !!!
Les dirigeants s’en foutent comme de leur premier scooter, de leur premier poste de maire, de leur premier mandat de sénateur, de leur première Pyramide, j’en passe et des plus saumâtres.
Alors que de toutes les grandes causes, l’éradication de la misère serait peut-être une des plus faciles à traiter. Les économistes les moins farfelus admettent qu’il y a suffisamment d’argent sur la planète pour éradiquer très vite la misère, les épidémies, la famine. L’argent existe ; ne manque que la volonté de le prendre là où il est et de s’en servir.
Oui, la Terre est riche mais elle regorge de pauvres. Un exemple ? Madagascar est potentiellement un des pays les plus riches du monde avec ses mines, son pétrole, son tourisme (en devenir). Mais sa population en l’une des plus pauvres. Pourquoi ?
Un autre ? La Chine, en passe de devenir un des pays les plus riches, compte une tétrachiée de milliardaires. Pas mal pour un pays soi-disant communiste, non ? Mais qui compte aussi des milliards de très pauvres.
La paire de Nike ou de Lacoste ou de ce que vous voudrez, avec laquelle se pavane votre gnard de 15 ans qui écrit pappa avec 3 « p », elle vous a coûté 300 euros. Ou il l’a volée, peu importe. Le môme de Shangaï qui l’a fabriquée aura touché la bagatelle de… ½ euro !
Des exemples de cette sorte, on pourrait en citer à l’infini. Leur seule caractéristique commune : ils n’intéressent personne et surtout pas nos élus. La misère ? Ils s’en contrefoutent comme de leur première bouchée de caviar. Ce qui inquiète un président de région, un sénateur-maire, un maire repris de justice, c’est de conserver jalousement leurs quelque 20, 30, 40 000 euros de cumuls mensuels.
Le mot misère ne fait pas partie de leur dictionnaire personnel. « Fric, flouze, pèze, pognon, grisbi, artiche, blé, pépètes », ça en revanche, ils connaissent. Les gargouillis des ventres creux ne parviennent même plus à leurs oreilles congestionnées par le champagne.
Ils s’étonnent de flanquer l’envie de vomir après ça. Qu’ils se rassurent : les pauvres ne vomissent pas ; ils ne mangent pas assez pour ça.
Jules Bénard


