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Association Prévention Suicide: Jeudi 26 septembre 2014 a été un "jeudi noir"
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Ecrit par zinfos974 – le lundi 29 septembre 2014 à 09H44

Jeudi 26 septembre 2014 a été un « jeudi noir ». Si vous avez écouté les radios locales ou lues les journaux locaux vous n’avez pas pu rester insensibles à ce constat. En une journée, 4 tentatives de suicide et un suicide autour de nous sauf que les médias n’ont pas tout dit. En effet, notre association prévention suicide a dû traiter 6 appels ce jeudi 26 pour des tentatives de suicide. Autrement dit, en une journée nous avons eu connaissance de 10 tentatives de suicide sur notre île et un suicide , précédé d’un autre la veille. Chaque année, en cette période de l’année de septembre à décembre , les passages à l’acte augmentent. Pourquoi autant de suicides autour de nous et pourtant nous ne souhaitons pas en parler, sauf dans les espaces spécialisés (hôpitaux, associations…) ? Comment aborder la question du suicide autour de nous ? Doit-on continuer à nier cette vérité qui fait partie de notre quotidien : la présence du mal vivre est bien réelle et elle peut aboutir jusqu’au suicide ? Bien que le geste suicidaire reste encore parfois imprévisible, devons -nous pour autant baisser la garde familiale et citoyenne ? Des interrogations qui méritent réflexions et actions.
Essayons tout d’abord de comprendre comment on arrive à la tentative de suicide et au suicide.
Par notre expérience associative depuis presque 14 ans, nous constatons qu’une personne meurt par suicide tous les 3 jours et 10 personnes font une tentative de suicide par jour dans notre île. Ces chiffres ne tiennent pas compte des actes non répertoriés mais nous pouvons dire qu’il y des suicides considérés comme « masqués » tel un accident de la route ou une disparition.
En effet, les causes du suicide sont multifactorielles. Un traumatisme dans l’enfance, le vécu de la maltraitance du groupe familial, de l’entourage proche, la violation de son identité, la violation de son intimité, le refus de la reconnaissance par les autres de ce qu’on est, la négation de son existence parmi les siens, la trahison, le mensonge, la frustration, la perte de confiance en soi etc. Souvent la personne en crise suicidaire évoque ce cumul de facteurs de destruction de « sa vie » par « les siens » ceux là mêmes qui devaient la protéger.
Selon une enquête réalisée entre 2010 et 2014 par notre association sur 2000 jeunes âgés de 12 à 18 ans scolarisés à La Réunion, 1 sur 4 dit avoir déjà au des idées noires et avoir tenté une tentative de suicide (scarification, fugues, consommation de comprimés, de drogues, sauts dans le vide …). Ces chiffres ne peuvent nous laisser indifférents. Ces actes de tentatives de suicide ne sont pas non plus anodins. Emile DURKHEIM disait « ce n’est pas la société qui éclaire sur le suicide mais c’est le suicide qui éclaire sur la société »
Mais alors quoi penser quand un jeune veut se suicider ? Comment se fait-il qu’un jeune puisse déjà avoir subi autant de souffrances au point de vouloir en finir avec sa vie ? Pourquoi ne peut – il pas non plus exulter cette souffrance alors qu’on dénombre, à priori, plusieurs structures d’aide et d’écoute dans l’île ? Pourquoi déjà l’insoutenable déjà à 11 , 12 ans ?
Selon les dires des personnes qui nous appellent à APS , c’est qu’il n’y a pas assez de facteurs de protection autour d’elles et leur territoire de vie affective et intime est trop souvent violé sans qu’elles puissent agir et réagir. Elles deviennent vulnérables, fragiles et se trouvent dans l’incapacité de pouvoir rebondir lors de confrontation avec les difficultés de la vie (échec scolaire, rupture amoureuse, trahison familiale, harcèlement moral en milieu professionnel, frustration personnelles et professionnelle). De plus, elles ont le sentiment que personne n’est en mesure de leur venir en aide et par conséquent s’enferme, s’isole et s’enfonce dans leur désespoir.
L’acte de suicide n’est pas une fatalité comme on pourrait le croire mais bel et bien un acte de désespoir total, engendré pas seulement par une forme de maladie mentale mais par les formes d’organisation sociale qui défont les liens sociaux. Une personne en crise suicidaire ressent le lien social comme étant noué, rompu et brisé et l’expression de sa souffrance n’est plus possible. Nous avons eu de multiples exemples de rupture de lien social à APS. Plus de reliance avec les autres , mère, père, frère, sœur, famille élargie, milieu professionnel etc…
C’est pourquoi notre association crée en l’an 2000 propose une écoute téléphonique 24h sur 24h pour reconstruire un peu ce lien rompu par la famille et la société. Nos bénévoles ne sont pas des spécialistes médicaux ou sociaux mais des personnes qui ont envie tout simplement de faire savoir que quelqu’un peut écouter pendant un petit instant ce qu’on à dire qu’on ne veut ou ne peut pas dire.
Enfin, le suicide pourrait être évité si nous développons des facteurs de protection autour de nous, de nos enfants et de nos citoyens. Soyons des sentinelles pour notre entourage. Observons les signes que les personnes nous montrent :
- Un changement d’humeur de la personne renforcé par de l’apathie ou de l’agressivité
- Une tension anormale avec irritation ou pessimisme qui s’installe et qui freine la vie sociale
- Des manifestations physiques, psychiques qui interpellent et non habituelles
- Des prises importantes de médicaments avec un sentiment d’enfermement, d’isolement, d’agacement, de tristesse ou d’euphorie ou d’hystérie
- Des comportements non conformes au groupe social (achats compulsifs, vols à répétition, achats de produits toxiques ou d’armes …)
Pleins de signes précurseurs qui peuvent nous alerter sur la situation de la personne. Osons en parler avec la personne et n’hésitons pas à lui demander si elle pense au suicide. C’est en parlant avec elle que nous pouvons l’aider à ne pas commettre l’irréparable. Nous pensons que le suicide est l’affaire de nous tous et évitons des jeudis noirs.
N’hésitez pas d’appeler APS au 0 800 62 01 62 ou 0262 35 69 38 pour avoir de l’aide pour vous ou pour quelqu’un qui en a besoin.
LA DIRECTRICE D’APS
Mme ODAYEN Danon Lutchmee
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