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Le courage de se parler davantage. Entre nous !

Lettre ouverte de Réunionnais anonyme(s) - Car une signature n'apporterait rien de plus. Au contraire.
Ecrit par zinfos974 – le mardi 26 août 2014 à 17H44

Maintenant que le président de la République est parti, nous allons peut-être réussir à nous parler. Entre nous. Entre Réunionnais.

 

Croire qu'une visite présidentielle apportera des réponses que notre irresponsabilité nous fait attendre d'autrui, est sans doute la maladie infantile de notre réunionnité.

 

Certes, l'Etat a son rôle à jouer, des arbitrages à rendre. Il doit assurer une solidarité républicaine à laquelle La Réunion contribue. 

 

Mais que de lettres publiques emphatiques, que de discours ou de postures héroïques, que d'enfantillages aussi parfois, à côté d'utiles propositions, à l'occasion de cette visite !

 

En même temps, prenons-en la mesure exacte. Tous ces messages publics à l'hôte de l'Elysée, qui en était fort bien averti semble-t-il, lui étaient-ils vraiment destinés ? Et si ces messages s'adressaient d'abord à l'opinion réunionnaise… Et s'ils traduisaient et la nécessité où nous sommes, et la formidable envie des réunionnais, de faire ensemble PROJET.

 

Comme il serait intéressant de faire cet exercice : compiler toutes les bonnes mesures proposées au chef de l'Etat, les arbitrer, les mixer si possible, les compléter au besoin, le tout bien entendu dans le cadre imposé d'une dépense publique contrôlée.

 

Qui croirait qu'un gouvernement, quel qu'il soit, pourrait résister à des priorités réunionnaises, comportant des mesures concrètes clairement énoncées et hiérarchisées, faisant consensus local, et financées à budget constant, pour ce qui est de la dépense publique à La Réunion ?

 

Ah, le projet réunionnais ! Dessiner le contour idéal de notre maison commune, les lignes pures de notre futur bateau (sans nous aviser que nous sommes déjà dedans-dessus…), combien de fois en avons-nous débattu sans fin, comme s'il s'agissait de le rêver sans jamais le construire? 

 

Que nous manque-t-il donc pour y parvenir? Un peu moins d'héroïsme et un peu plus de courage, serait-on tenté de répondre.

 

Le courage d'abord de se parler davantage. Entre nous. Ce qui implique, insignifiant détail, de surmonter nos irréductibles clivages. De cesser de repousser toute idée novatrice au motif qu'elle provient d'un tel ou de tel autre. De partir des réalités du temps. D'assumer notre commune responsabilité citoyenne.

Prenons un exemple. Voyez comment une cause lointaine, l'injustice faite à un peuple écrasé sous les bombes a su nous réunir. De Didier Robert, qui s'est fendu d'une lettre publique, à Nassimah Dindar. De Paul Vergès à l'Evêque de La Réunion. De la gauche à la droite. 

 

Que s'est-il passé ce jour-là, le 9 août dernier, sur le parvis de Champ-Fleuri ? 

 

C'est simple, ce jour-là nous étions tous des héros, c'est-à-dire tous des traitres ! A partir d'une initiative de la société civile réunionnaise, nous avons tous pactisé avec l'ennemi, surmonté nos clivages. Comme Mandela qui a pardonné aux bourreaux du peuple sud-africain. Comme demain les héros de Palestine qui devront faire acte de haute trahison : concrétiser la paix avec l'ennemi.

 

Prenons un autre exemple. Celui de l'apartheid social dans lequel nous confinons notre jeunesse: l'atteinte la plus évidente aux droits de l'homme dans notre île, une injustice criante qui bouche tout horizon d'espoir.

 

Et il n'y aurait rien de mieux à faire, après les récentes annonces, que d'adresser de nouvelles lettres au père Noël en demandant toujours plus ? Et nous n'aurions pas les moyens d'agir ensemble pour mettre un terme à cette injustice qui mine notre cohésion sociale ? Et il faudrait d'abord changer la Constitution, ou le gouvernement, avant de faire le premier pas ? Et nous ne pourrions pas opérer les choix, à budget constant, qu'impose la situation pour créer, dans les conditions de notre petite économie insulaire, un nombre suffisant d'emplois par un soutien plus actif à la production locale de biens et de services, y compris de services publics d'intérêt régional ? 

 

Oui, prenons le cas de la jeunesse sans emploi. Et appliquons- nous à faire consensus sur les réponses concrètes à apporter, avec l'objectif d'obtenir des résultats tangibles à un horizon raisonnable de cinq ans. Nous verrons qu'en prenant à bras le corps cette question, dont tout le monde reconnait l'urgence et la priorité, nous tirerons les fils de toutes les autres questions qui se posent à la société réunionnaise : celle de la remise en cause, autant que nécessaire mais sans complaisance ni tabou, de nos politiques de formation et d'emploi ; celle de la production locale ; celle de notre modèle de développement ; celle enfin de nos modalités de gouvernance…

 

Pour cela, c'est la société civile réunionnaise qui doit donner le mouvement pour surmonter les clivages. Voilà qui pourrait, qui devrait, nous mobiliser pour l'année qui vient, alors que se profilent des élections régionales qui ne seront qu'incantations et divisions, si la société civile ne réagit pas.

 

Et ce n'est pas au monde économique de donner le la. Ni aux syndicats. Ni aux associations. Ni à tel ou tel secteurs représentatif de notre vie sociale. Ni aux élus de tel bord contre tel autre. 

Chacun a sa pierre à apporter. Mais c'est à nous, ensemble, nous tous citoyens qui faisons La Réunion, d'engager un dialogue concret. Entre nous, entre tous. Pour agir de façon concertée. Ici et maintenant.

 

Prenons le courage de nous parler davantage. Et la route s'ouvrira devant nous.

 

Après tout, ce que nous avons à faire ensemble à la Réunion, c'est quand même plus facile que ce qu'a fait Madiba en Afrique du Sud. Ou que ce qui reste à faire, pour les artisans de la paix, en Palestine.

 

Alors ? Que faisons-nous ? On met un pied devant l'autre ? Ou, chacun pour soi, on continue à regarder le match à la télé ?

 

 

 

 

 

 

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