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Affaire Moussajee: La Sogecore sort de son silence avant la remise d'un rapport d'expertise

Silencieuse depuis des années, la Sogecore a décidé de contre-attaquer au sujet de l'affaire Moussajee. Décidés à communiquer, ses dirigeants souhaitent donner leur version des faits. Une volonté qui coïncide avec la remise, dans quelques mois, d'un rapport d'expertise diligenté par le juge Niel et réalisé par deux experts indépendants près la Cour de Cassation. Un rapport provisoire a été rendu aux deux parties. Mais impossible d'en connaitre les premières conclusions pour le moment, secret de l'instruction oblige.
Ecrit par zinfos974 – le mardi 1 juillet 2014 à 03H30

Difficile de résumer l'affaire Moussajee contre la Sogecore en quelques lignes. Depuis 7 ans, les deux parties se retrouvent devant les tribunaux dans une interminable bataille judiciaire qui se résume par plus d'une centaine de procédures. Hésitant sur leur volonté de communiquer, les dirigeants de la Sogecore ont décidé de franchir le pas. Amir Meralli Ballou, PDG de la Sogecore, et Arzou Mahamadaly, directeur général, veulent donner leur vision de cette affaire. "Nous avons hésité à communiquer publiquement à propos de cette affaire car nous la considérons comme un contentieux commercial d'ordre purement privé", explique Amir Meralli Ballou.

Mais en face, les frères Moussajee ont décidé de médiatiser leur affaire en donnant leur propre et unique lecture du dossier jusqu'à présent, obligeant les dirigeants de la Sogecore à contre-attaquer publiquement. "Nous employons 200 personnes. La Sogecore existe depuis 1958 et nous avons toujours respecté la loi et les règlements (…). L'acquisition des centres Propneus en 2006 n'a pas fait exception à cette règle (…). Il nous a toujours été reproché un certain nombre de comportements déloyaux et d'intentions malhonnêtes (accusations blanchiment d'argent, fraude fiscale ndlr). Ces reproches extrêmement graves ne peuvent être objectivement fondés ou même raisonnablement soutenus", poursuit-il.

"Les Moussajee étaient dans l'urgence de trouver un acquéreur"

Sur l'acquisition, la Sogecore tient à rétablir certains faits. "Les Moussajee étaient dans l'urgence de trouver un acquéreur avant toute procédure collective. Au mois de juillet 2006, les difficultés financières sur les sociétés du groupe Moussajee ont commencé à s'accumuler auprès de tous leurs principaux financeurs", résume Amir Meralli Ballou. Lâchés par les banques (à l'exception de la BRED), les Moussajee étaient au bord de la liquidation judiciaire, faute de trésorerie suffisante. En plus des dettes contractées auprès de certains fournisseurs, les Moussajee avaient donné des cautions personnelles auprès des banques, plusieurs centaines de milliers d'euros, selon la Sogecore. "Ils ont souhaité accélérer l'acquisition des sociétés, car en cas d'ouverture de procédure collective, ils auraient perdu la main sur la cession de leurs entreprises", précise-t-il.

"Il n'existait pas d'intérêt stratégique pour la Sogecore à acquérir les sociétés (…). Ils disent que nous sommes des prédateurs, mais si cela avait été le cas, nous aurions attendu leur liquidation pour les racheter. Mais la volonté d'acquérir une entreprise, surtout des compétences de développement commercial, prévalait sur les seuls impératifs financiers", explique Amir Meralli Ballou.

La Sogecore injecte plus de 2 millions d'euros

Pour la Sogecore, les profils des frères Moussajee "jeunes chefs d'entreprise dynamique" étaient un des intérêts principaux de la transaction. S'en est suivie l'acquisition (70% Sogecore et 30% Moussajee dans le capital de la nouvelle société). "Contrairement a ce qui a été dit, la Sogecore a régulièrement payé l'acquisition. Les frères Moussajee avaient accepté de laisser leurs fonds dans les sociétés", ajoute Amir Meralli Ballou. En tout, la Sogecore va injecter 2 millions d'euros.

Mais après l'acquisition, les ennuis commencent avec la saisie de pneus "contrefaits" de marque Dunlop et Goodyear, opérée par les douanes. "Ce n'étaient pas des faux pneus, mais les Moussajee n'avaient pas l'autorisation des marques pour importer ces pneus. (…). Cela a jeté un froid sur nos relations naissantes", concède Amir Meralli Ballou. Une procédure amiable a été conclue entre les fabricants de pneus et la Sogecore.

300.000 euros d'écart dans les stocks

Puis des difficultés de valorisation des stocks ont été décelées en raison de la "mauvaise tenue de l'informatique et des outils de gestion", précisent les dirigeants de la Sogecore. "Il y a eu une anomalie dans les stocks. Entre le 30 juin 2006 et le 1er novembre 2006, un écart de 300.000 euros a été constaté", explique Amir Meralli Ballou. Pourtant l'acquisition avait été faite après un bilan approuvé par un expert comptable. "Nous avons intenté une procédure en responsabilité civile contre cet expert, une procédure toujours en cours", poursuit-il.

Sur la valorisation des sociétés au moment de l'achat, la Sogecore rappelle que 3 expertises judiciaires les a fixé à 456.000 euros. "Le prix n'aurait jamais été payé ? C'est faux, les Moussajee avaient pris l'engagement de l'injecter dans leurs sociétés et de ne pas y toucher pendant une période", précise-t-il. Même chose pour un terrain. Les frères Moussajee expliquent n'avoir jamais été payés. Là aussi, la Sogecore bat en brèche, rappelant leur position financière difficile. "L'argent a été injecté au compte courant de l'entreprise", rappelle Amir Meralli Ballou. Tout comme la disparition de stocks de pneus. "Les transferts ont eu lieu un an après l'acquisition des sociétés. Les Moussajee entretiennent la confusion à ce sujet. Oui nous avons fait un transfert, mais d'un entrepôt de notre société à un autre entrepôt de notre société. Honnêtement vous nous voyez (Amir Meralli Ballou et Arzou Mahamadaly ndlr) déplacer 10 containers de pneus dans la nuit ?", s'interrogent-ils.

Les Moussajee ont touché 1,450 million d'euros

Enfin, les dirigeants de la Sogecore rappellent que les frères Moussajee ne sont pas "ruinés" comme ils le prétendent. "Ils ont touché 1,450 million d'euros toutes indemnités confondues", lâche Amir Meralli Ballou. "A force d'activisme médiatique et de manifestations, les consorts Moussajee sont finalement parvenus à se faire artificiellement passer pour des victimes et a faire indûment punir la Sogecore pour des faits qu'elle n'a pas commis", ajoute-t-il.

Le tournant de l'affaire Moussajee pourrait venir de l'expertise judiciaire portant sur l'acquisition des sociétés Propneus . Une expertise menée par deux experts financiers près la Cour de Cassation. "L'expertise est quasiment terminée, nous avons obtenu le rapport provisoire, mais nous ne pouvons communiquer dessus pour le moment, secret de l'instruction oblige", tient à préciser Amir Meralli Ballou.

Un rapport d'expertise rédigé par deux experts de la Cour de cassation

"C'est un rapport objectif sur les rôles et faits de chacun", ajoute-t-il. Un rapport d'expertise favorable à la Sogecore ? Pas un mot de plus ne sera dit sur les conclusions provisoires rendues par les deux experts. Mais les dirigeants de la Sogecore ne pouvaient laisser passer "les nouvelles attaques" des Moussajee. "Ils affirment que le juge d'instruction avec ses experts est en train d'organiser l'impunité de la Sogecore", explique Amir Meralli Ballou.

"Un nouvelle tentative pour déplacer le débat (…) vers la dimension irrationnelle de lutte du bien contre le mal. Cette nouvelle tentative de désinformation vise, une fois de plus, à substituer aux stricts faits, une histoire rocambolesque au service de velléités indemnitaires", souligne-t-il. Selon la Sogecore, toutes demandes confondues, les frères Moussajee ont réclamé 12,817 millions d'euros de dommages et intérêts et veulent réclamer 7 millions supplémentaires à la Sogecore. "Il nous apparait aujourd'hui indispensable de dénoncer publiquement ces pratiques de discrédit afin de préserver la sérénité des travaux d'expertise (…). Travaux qui permettront de faire, une fois pour toutes, la lumière sur cette affaire", concluent Amir Meralli Ballou et Arzou Mahamadaly.

Le rapport d'expertise définitif devrait être rendu dans les trois prochains mois selon la Sogecore. Cette sortie médiatique, après de longues années de silence, laisse à penser que le rapport provisoire rendu par les experts de la Cour de cassation pourrait aller dans le sens de la Sogecore. Mais le secret de l'instruction empêche d'en connaitre les conclusions. Réponse dans trois mois.

 

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