Anicet, gentil, intelligent, affectueux… Christian Anicet

Christian Anicet était « monsieur sport, monsieur foot » pays. Ironie, l’île a appris en pleine Coupe du monde, lors du 1er match des Bleus, la disparition de notre journaliste. Les commentateurs ont eu la courtoisie, en pleine tension brésilienne, de rendre hommage à notre ami.
Le privilège de l’âge est de vivre assez pour témoigner. Ben je m’en passerais volontiers en voyant mes amis disparaître comme des feuillets d’éphéméride. Ils ont été trois, merde, en une semaine, à nous tirer leur révérence. Bien malgré eux, j’en conviens. Alain Jeunet, Saint-Omer… Christian maintenant ?
Christian était intelligent, cet exemple n’étonnera que les nasiques.
A ses débuts, il a été plus critiqué que la cuisine anglaise, maîtrisant mal le français. SQous le feu roulant des moucatages, au lieu de prendre la mouche, il a pris des leçons, n’hésitant jamais à solliciter des conseils quand il était confronté à une difficulté. Signe incontestable d’ouverture d’esprit.
Il avait sa façon d’expliquer ses comportements, sans jamais s’insurger contre les critiques. On l’a copieusement moucaté pour ses cheveux, « remplacés par une perruque » ? Je vous livre sa réponse :;« Je n’ai pas de perruque. Je perds mes cheveux, je fais des implants. J’exerce un métier dans lequel l’image a son importance. Si je perdais une dent, je mettrais une prothèse ».
Homme subtil, il n’éludait jamais la question embarrassante.
Observateur avisé, il remettait les choses à leur juste place. Voici vingt ans (et des farines), Yves Ethève était soumis à des tirs constants de mitraillettes. La réponse que m’a faite Christian à ce propos fut lapidaire :« On critique Ethève, oui, il a son caractère. Mais dans la Ligue réunionnaise, les matches ont lieu au jour et à l’heure prévus. Lui sait trouver les arbitres qui font défaut aux ligues de l’Hexagone ».
Ce jour-là, j’ai changé d’opinion à propos d’Yves Ethève.
Christian avait le don de se moquer de lui-même. Une anecdote peu connue. C’était vers la fin des années 80…
Le Loto Foot venait d’être inventé. Je tombe nez-à-nez avec Christian devant un café du Barachois. J’admire sa nouvelle bagnole ; il s’en rend compte et me dit, désignant sa voiture : « Je te présente Miss Loto Foot ! »
Et il éclate de rire. Cela l’amusait beaucoup d’être le premier Français à avoir remporté le premier gros lot du Loto Foot (authentique).
Mais Christian était plus que ces « faits-divers », sympathiques soit, mais communs quand même.
En dépit de son incontestable popularité, Christian n’a jamais oublié les misères de ses débuts. Jamais. Il était totalement à l’écoute des misères des autres. Je le sais.
Un jour, j’étais dans une merde noire, nos routes se sont croisées, vers le Tampon. Il m’a tendu la main en faisant semblant de regarder ailleurs. Dans sa main, il y avait un peu d’argent.
Jules Bénard


