Qu’avons-nous fait de l’Afrique ?

Par trois fois, l’Occident a pillé l’Afrique en ce qu’elle avait de plus précieux.
Premier pillage : l’esclavage. Les négriers, Noirs et Blancs au demeurant, ont razzié les villages africains, mettant dans les fers hommes, femmes et enfants les plus solides. Les plus « productifs ». Ce fut le pillage des forces vives du continent.
Deuxième pillage : le colonialisme. L’Afrique, aux mains des Européens (des Français, des Anglais, des Allemands, des Espagnols, des Portugais), a fait suer le burnous au seul profit des entreprises occidentales. Sous le fabuleux prétexte d’apporter la civilisation « à ces sauvages ». Comme si notre civilisation, avec son histoire empreinte de crimes et d’atrocités, valait mieux que la leur.
Faut-il rappeler que les empires du Bénin, de Gao, du Zimbabwe, sont bien antérieurs à notre civilisation occidentale ? Et que les juifs n’ont jamais été si bien protégés que lorsqu’ils habitaient le Maghreb et le sud de l’Espagne sous domination arabe ? C’est Isabelle la catholique qui les a virés, pas les Arabes !
Durant cette « épopée » civilisatrice, les produits africains ont engraissé les entreprises occidentales.
Troisième pillage : aujourd’hui. Plutôt qu’aider les pays africains à s’en sortir, on « invite » généreusement leurs plus brillants chercheurs à venir exercer leurs incontestables talents en Occident, en Russie, en Chine. Pour des salaires mirobolants qui ne sont que des leurres : c’est 10 fois plus que ce qu’ils gagneraient chez eux, mais 10 fois moins que ce que peut espérer un occidental de même niveau.
Pendant ce temps, le pillage des richesses se poursuit. Lorsque le producteur ivoirien de cacao touche son dû, un an après livraison de sa récolte, il a de quoi payer ses dettes. Ensuite de quoi, pour nourrir sa famille, il cultive du manioc, la racine la moins riche du monde !
Lorsque j’écris « qu’avons-nous fait de l’Afrique ? », je ne veux nullement culpabiliser qui que ce soit. Nous ne sommes pas comptables des fautes de nos ancêtres.
Mais, en prenant conscience de cet état de fait, ne nous est-il pas permis de changer d’attitude intellectuelle envers l’Afrique ?
Je remercie Pierre Vergès dont l’intervention dans le courrier des lecteurs, m’a incité à vous écrire ces modestes propos.
Jules Bénard


