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Lorsque les enjeux personnels prennent le pas sur les besoins du peuple

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 11 avril 2014 à 10H53

Les dernières élections municipales de cette année 2014 ont permis de voir un retour des anciens, mais aussi quelques alliances, annonciateurs de grandes manœuvres dans le landerneau de la politique locale.
Quelques enseignements sont à relevés, et non des moindres.

Le premier concerne le fait que la population ait souhaité le retour d’anciens, rompus à la politique et aux méthodes d’antan. Lorsque le quotidien des plus pauvres ne consiste qu’à survivre, il est normal qu’il y ait une certaine nostalgie de la période où tout n’était pas si noir. Il est donc certain que les anciens maires réélus ont bénéficié d’un capital sympathie qui va au-delà de leur personne ou de leur programme. En 2008, il y a eut une grande vague de jeunesse soufflant sur les municipales. En 2014, il y a eut un reflux net et très fort. Injustement ou non, mais ça, c’est l’histoire qui jugera, les élus de 2008 portent en eux, et sur leurs fronts les stigmates de la grave crise économique que nous traversons actuellement. Beaucoup parmi nous ont choisit de revenir vers les anciens devant tant de difficultés. Or, ces mêmes anciens, c’était bien la population qui nous avait fait comprendre qu’elle n’en voulait plus.
Démagogiquement, ou pas, là encore laissons l’histoire juger des promesses tenues ou pas, les anciens ont su surfer sur cette vague de mécontentement et ont promis monts et merveilles. Aujourd’hui, devant les difficultés réelles, on assiste déjà à des reculades, certes légères, mais significatives. Le meilleur exemple étant Saint André, où le nouveau maire jurait ses grands dieux qu’il ferait un port en eaux profondes, et qui déclare maintenant qu’il faille attendre les prochaines élections, et qu’il souhaiterait que les premiers coups de pioche aient lieu avant la fin de la mandature sans donner de date précise. Ce flou, savamment instillé, permettra, bien évidemment de revenir sur ce projet pharaonique si tant est que ce dossier ne soit pas aussi bien ficelé que cela.
Un autre grand enseignement à tirer de cette consultation électorale concerne le peu de cas que font les politiciens des besoins et de la souffrance du peuple. En effet, dans un journal de la place, un des soutiens du nouveau maire de Saint Paul est venu confirmer ce que l’on savait déjà, mais qu’on ne pouvait pas prouver, à savoir qu’il n’y a eu qu’arrangements entre amis et règlements de compte. Les consignes de ce grand parti, aujourd’hui moribond, qu’est le PCR ont été claires. Tout faire pour châtier le maire de Saint André et la maire de Saint Paul. Autrement dit, qu’importe qu’il faille faire alliance avec le plus vieil ennemi de la gauche à Saint André, ou soutenir, en secret, le candidat de la droite unie à Saint Paul. Le ressentiment était trop fort. Et tant pis pour le peuple. Tant pis pour ceux qui souffrent. Tant pis pour ceux qui se sont battus toutes leurs vies pour des idéaux qui sont aujourd’hui, foulés du pied. Tant pis pour les vrais militants. Ceux qui ne votent pas en fonction des consignes, mais bien parce qu’ils croient en quelque chose et veulent défendre leur conception de la société.

Et on après, on s’étonne qu’il y ait de l’abstention. Et après, on s’étonne que les gens se retourne vers les extrêmes.
La politique est devenue un jeu de société ou les grands leaders s’amusent avec le peuple. On place les amis, on fait des calculs par rapport aux élections futures. On se fait plaisir en corrigeant ceux qui nous ont manqué de respect. Et bien sur, les aspirations du peuple, la souffrance du peuple, ses appels au secours ne comptent absolument pas. Le désamour est très grand aujourd’hui entre la classe politique et la population. Et à la lecture des dernières élections municipales, rien de plus normal après tout.

Le troisième enseignement concerne le profil même des gens élus. En une d’un journal local, au lendemain du premier tour, il y avait une photo des grands anciens de retour. Les deux autres points communs qu’ils ont sont qu’ils sont tous de droite, et ont tous, à l’exception du nouveau maire de Saint André, été condamné à un moment où à un autre. En ce qui concerne le maire de la commune de l’Est, les soupçons sont nombreux, mais jamais la justice n’a trouvé (a-t-elle bien fait son travail………) les preuves suffisantes pour une mise en examen. En tous état de cause, et jusqu’à preuve du contraire, on ne peut l’accuser de rien……
Quelle belle image pour la Réunion et pour sa classe politique lorsque les grands journaux et hebdomadaires nationaux traitent de ces retours dans un langage qui fleure bon le cynisme, la moquerie, le moucatage en bon créole.

Enfin, le quatrième enseignement concerne le futur. Quel avenir avec ces gens ayant dépassé les soixante ans ? Aucun, si ce n’est de préparer leur succession, avec qui leur fils, qui leur amis. Du coup, le népotisme que certains candidats critiquaient, est devenu une seconde nature les voila maintenant élus. Et toutes ces manigances éclatent au grand jour avec les compositions des conseils municipaux.

Alors quid de la situation actuelle ? Beaucoup de personnes sont dégoutées de la politique. Beaucoup ne veulent plus voter. Le danger de les voir partir vers les extrêmes est grand. Et le danger d’un nouveau MAI 1968 (mais est ce vraiment un danger ? ne serait ce pas une nécessité dans l’état actuel des choses ?) est toujours plus grand.

Il ne faudrait pas tomber dans un procès d’intentions non plus. Effectivement, laissons le temps aux temps. Et peut être assisterons nous à de bonnes surprises. Je n’y crois pas beaucoup. La conjoncture est très défavorable. Jamais un mandat n’aura été aussi difficile que celui qui s’annonce, entre désengagement de l’Etat et redistribution des aides européennes vers les pays de l’Est. Aujourd’hui, cette manne financière, du moins la partie de ces aides qui nous arrive encore, est presque totalement dévolue à la nouvelle route du littoral. Les géographes et les gens qui connaissent le dossier savent pourquoi il faut absolument faire une nouvelle route. Les politiques ne peuvent le dire car cela créerait, à coup sûr, un vent de panique dans la population si elle savait à quel point c’est dangereux de circuler sur la route actuelle. Mais comme le Tram Train, pour exister, certaines personnes vont ériger cela en bataille politique et ce sera encore une fois le peuple qui en subira les conséquences.
Ceux qui ont voté contre le transport ferré ne doivent jamais être dans les embouteillages à six heures et demi du matin !!!!!!

Tout cela annonce des moments très difficiles en particulier à cause des coupes budgétaires. Les apprentis sorciers qui ont fait de projets pharaoniques les pierres angulaires de leurs campagnes vont devoir expliquer toute cette démagogie à un moment où à un autre. A moins de revenir à la bonne vieille méthode, qui fait tant de mal au peuple, pour financer ces projets : augmenter les impôts.
Pour sortir de tout cela, il faut redonner à la fonction de maire et d’élus municipaux leurs lettres de noblesse.

A cette fin, une observation sur une réforme qui parait juste. Pourquoi ne pas réformer le statut des maires et conseillers municipaux. Pourquoi ne pas faire en sorte que la politique ne soit pas un métier mais un vrai engagement en faveur du peuple ? Pourquoi ne pas faire disparaitre les rétributions et autres indemnités des élus. Il faudrait que le peuple lors de référendum d’initiatives locales donne une feuille de route aux élus. Car en fin de compte, qui mieux que le peuple sait ce dont il a besoin ? Si cette feuille de route est respectée, alors les élus toucheraient des indemnités pour services rendus à la communauté. Si ce n’est pas le cas, ils seront mis en observation l’année suivante. Si la satisfaction du peuple descend au dessous d’un certain seuil, alors, il faudrait révoquer le maire et son conseil municipal et organiser de nouvelles élections. On verrait alors qui veut vraiment travailler pour améliorer le quotidien de ses concitoyens, et, qui ne souhaite que s’enrichir.

D’autre part, un projet, même s’il faut bien évidemment une adaptation au temps qui passe, n’a pas besoin de plusieurs mandats pour être réalisé. Pourquoi ne pas interdire plus de deux mandats consécutifs ? Et enfin, à l’échelle d’une région, pourquoi ne pas organiser, de force s’il le faut, la parité ? C’est une honte qu’aujourd’hui à la Réunion, il n’y ait qu’une seule maire. Saluons ici le formidable exploit de Mme MIRANVILLE à la Possession. Mais c’est bien l’arbre qui cache la forêt. Aucune autre maire. Dans un pays soi disant développé, c’est une honte. Mais bon, rien n’est plus surprenant si on en revient au grand nombre de repris de justice qui contrôlent nos mairies actuellement.

L’avenir est très incertain. Mais une chose est sure. Tant que le bien commun, le bien du peuple, ne redeviendra pas la seule chose qui compte, on aura encore beaucoup de lendemains qui déchantent.

BERTIL Bertrand Reshad

 

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