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A mes cousins malgaches

Ecrit par zinfos974 – le mardi 24 septembre 2013 à 17H15
Les élections présidentielles malgaches, prévues pour le 25 octobre (premier tour), auront-elles lieu ? Elles ont été tant de fois reportées ! Personnellement je pense et j’espère que cette fois sera la bonne. Depuis quatre ans maintenant, depuis le renversement en 2009 de l’ex-président Ravalomanana, la grande île connaît une crise politique institutionnelle au sommet de l’Etat, dont elle a du mal à sortir. Le pays a du mal à se donner un président légitime, légalement investi, reconnu. Le pouvoir en place est un pouvoir « de transition ». 
Mais cette crise-là résulte elle-même d’une crise beaucoup plus large, qui perdure depuis beaucoup plus longtemps. La situation économique, sociale, humanitaire de la grande île est au plus bas.
 
Chers cousins malgaches, cette situation me chagrine. Je me garderai de porter quelque jugement que ce soit. Cela est une affaire de la famille malgache. C’est à elle d’abord qu’il appartient de mettre en œuvre les moyens d’en finir. C’est dire que l’intervention de la communauté internationale ne me réjouit pas non plus. Elle signifie que les Malgaches n’ont pas pu  mettre fin à la crise par eux-mêmes. Je crois, en effet, de moins en moins, d’une façon générale, à l’opportunité des interventions extérieures dans les affaires intérieures des états et des peuples, sur le long terme. Mais dans l’immédiat, l’importance de l’aide, pour Madagascar, est telle, que si la communauté internationale ferme les robinets, l’île est à sa merci. C’est ce qui se passe. Même si elle dicte ses conditions en faisant référence aux institutions malgaches, et laisse à celles-ci la tâche de prendre formellement les décisions, c’est la communauté internationale qui dicte sa loi. Si les autorités malgaches ne respectent pas les conditions qu’elle impose, les aides sont suspendues. Si cela pouvait permettre l’élection d’un président et d’une assemblée stables et durables,  cette intervention aura été utile pour régler l’urgence.
L’élection démocratique d’un président, dans le respect des formes et le respect de l’ordre public, quel que puisse être le taux de participation des électeurs, est la porte de sortie de la crise. Cela dépend et ne dépend, maintenant, que des Malgaches. Je sais, pour avoir vécu cela ici, à La Réunion, à quel point la force des passions, des ambitions et des intérêts personnels peut entraver les volontés et les efforts pour l’assainissement des élections. L’élection du 25 octobre et celles qui suivront (un deuxième tour éventuel des présidentielles, et les législatives), le 20 décembre , devront réussir. 
 
La sortie de la crise malgache me concerne, moi aussi directement, en tant qu’Indianocéanien. L’Indianocéanie, chers cousins malgaches, comme vous le savez, c’est : les Comores, La Réunion, Madagascar, Maurice, les Seychelles. C’est un nouvel espace géopolitique qui se met en place. Un espace-chance pour nos îles, et une chance possible, parce que nos peuples  ont un fond culturel commun fort pour les souder, qui peut être un tremplin puissant pour un développement communautaire intégré entre eux . Chacune de nos îles, aujourd’hui, ne pourra pas se développer de façon durable, isolément. Nous sommes condamnés à faire appel à des solidarités extérieures. Selon les modalités de cet appel d’une île à l’autre, de larges espaces de nos pays, au sens strict du terme (des espaces de terre), et d’autres richesses diverses, risquent de devenir propriétés de puissances financières étrangères dont le souci sera de servir leurs intérêts en premier lieu, et les nôtres à la marge. Vous savez comme moi, à quel point cette éventualité de bradage peut devenir, pour des hommes au pouvoir, une tentation de privatisation du processus pour leur profit personnel. 
L’Indianocéanie, si elle devient une communauté intégrée avec tout ce que cela implique, offre aux peuples de nos îles des ressources, des marchés, des espaces, des moyens propres, pour le développement de l’ensemble de la communauté, selon le principe de subsidiarité. L’appel à l’aide internationale demeurera toujours, mais celle-ci sera moins contraignante ; mais, surtout, la maîtrise du développement pourra rester aux Indianocéaniens, à la famille. D’autre part, nos états et nos peuples unis, pourront mieux faire face, ensemble, aux défis de la mondialisation.
Nos appartenances diverses à l’Union africaine, à l’Union européenne, au COMESA, à la Sadc, à la Ligue arabe, demeureront. Mais il faut reconnaître que dans ces organisations, compte tenu de leur taille, nous sommes littéralement noyés, même lorsqu’il nous arrive d’être ensemble ; et, dans le monde en effervescence d’aujourd’hui, elles doivent traiter des problèmes d’une toute autre taille que les nôtres. Tout cela pour vous dire que dans l’Indianocéanie, nos problèmes seraient au premier rang et nous serions au premier rang pour les régler.
L’Indianocéanie des peuples, l’Indianocéanie des acteurs économiques, culturels, sportifs, l’Indianocéanie des familles, l’Indianocéanie vit, chers cousins malgaches. Et les Malgaches ne sont pas les derniers à l’animer, cette vie. A La Réunion nous le voyons bien. 
Je sais que certains Malgaches se méfient parfois des Réunionnais parce qu’ils sont Français. Ils voient la puissance française, ancienne puissance coloniale, se profiler derrière nous. D’abord, la France n’est plus une puissance coloniale ; mais, surtout, vous devez le savoir, au sein de l’Indianocéanie et pour les affaires indianocéaniennes, l’interlocuteur français, c’est La Réunion.  
Chaque île en Indianocéanie, a peur des immigrations sauvages en provenance des autres îles. La politique qui découle de cette peur  provoque quelquefois des drames humains épouvantables, et coûte, de façon directe ou indirecte, très cher. Pourtant, la communauté indianocéanienne ne s’accomplira que le jour où la circulation des personnes, des biens et des capitaux, à l’intérieur de son espace, sera libre. Ce que les réglementations en matière de migration brident actuellement, est considérable, et contraignent les uns et les autres à chercher au loin ce qui est à leur portée, pour peu que les richesses potentielles de notre communauté soient mises en valeur ; à investir ailleurs, alors que la communauté aurait un grand besoin d’argent pour sa mise en valeur. Des ressources en hommes, en argent, en compétences, en savoir-faire, en attente d’agir, à Madagascar et dans toutes les autres îles, attendent l’ouverture de cet espace indianocéanien de plus de vingt millions d’habitants, aux richesses naturelles considérables, pour donner toute leur mesure, en famille, pour la famille indianocéanienne.
Mais il est bien entendu qu’il faudra parvenir à cette libre circulation,  progressivement et en maîtrisant l’opération .
La coopération indianocéanienne communautaire, n’est pas la coopération de pays riches qui aident des pays pauvres. Cela est une conception qui décide que certains pays sont pauvres et que d’autres sont riches. Outre que ce classement ne correspond pas à la vérité si on creuse les choses, la réalité est que toutes nos îles comptent dans leurs peuples des fortunes. Chaque pays versera donc dans un pot commun, ses richesses et ses pauvretés, pour investir dans le développement de l’ensemble de la communauté et de chacune des îles.
Ce qui manque, pour que tout cela se concrétise, c’est une politique indianocéanienne conduite collégialement par nos Etats. L’outil de cette gouvernance communautaire existe, c’est la COI. Il faut la renforcer et renforcer ses moyens.
 
Il apparaît clairement, chers cousins malgaches, que tout cela ne pourra pas se réaliser, sans Madagascar, sans l’Etat malgache. Madagascar fait partie de l’Indianocéanie. Elle y occupe la plus grande place. Et Madagascar ne pourra pas l’occuper dans le chantier indianocéanien, tant qu’elle n’aura pas résolu la crise politique qui la secoue. L’indianocéanie, grâce au fond culturel commun que partagent ses peuples, est une chance pour chacune de nos îles et pour leurs peuples. A condition que les Etats arrivent à comprendre que la volonté de coopérer dans une  communauté de destin, doit primer tout ; et que le jeu de la mondialisation doit être mené unis, pas chacun de son côté.
Nos pays, prospères grâce à la coopération communautaire, seront davantage indépendants qu’isolés et exsangues, à la merci des exigences de bailleurs extérieurs, pour assurer leur subsistance.
 Chers cousins malgaches, l’Indianocéanie vous attend. Ne tardez pas ! Merci. 

 

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