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(Historiens oubliés) - Notre histoire créole méconnue : A qui la faute ?

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 8 août 2013 à 11H03

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Je suis effarée de la faiblesse des connaissances en histoire locale de nos jeunes, à commencer par mes propres enfants. Aymeric, 13 ans, ne sait pas qui était Capagory, Hubert-Delisle, Louis Payen, Olivier Levasseur (La Buse), Louise Siarane, Héva, Anchaing, Sarda Garriga… Tout au plus certains noms suscitent-ils un mince écho. Vinh San ? « Ca in boutique Chinois ça, non ? – Ah oui, in musicien !... » Les jeunes n’ont pas plus de repères, de dates de référence. On ne leur apprend plus la chronologie et c’est sans complexe qu’ils placent De Gaulle avant Napoléon et envoient Sitarane à la guillotine « il y a trente ans environ, non ? »

Le temps de la stupéfaction passé, je me suis interrogée sur les raisons de ces lacunes incroyables. Loin de moi l’idée de critiquer les enseignants. Voilà des gens qui exercent un métier difficile et appliquent les programmes qu’on leur impose. La cause est donc ailleurs.
Un rapide crapahut dans les bibliothèques scolaires, primaires, secondaires ou lycéennes, avec la complicité de conseillers d’éducation désolés du résultat, m’a mise devant le fait accompli : leurs rayons, en matière d’histoire locale, sont plus déserts que celui des Tartares.

Les médiathèques sont un peu mieux fournies mais pas de quoi sauter au plafond. Je me suis demandée si des livres existaient. Pour constater que les journaux, la presse en général, faisaient leurs choux gras d’ouvrages largement subventionnés par les pouvoirs locaux mais totalement hors de portée du grand public. Ces thèses méritent tout le bien qu’on peut en penser mais restent des ouvrages d’initiés, écrits dans un jargon (ce n’est pas une injure) inaccessible sans les codes d’entrée. Ce sont des bouquins de spécialistes à l’intention des spécialistes et de quelques acharnés qui savent les aborder. Ce qui n’est pas le cas de notre jeunesse. Autant écrire en verlan. Or il n’est nul besoin de se triturer les neurones pour être lisible. Il suffit de vouloir faire plaisir, de vouloir communiquer sa passion.

Je me souviens, quand j’étais plus jeune, avoir dégusté, dévoré le succulent petit livre de monsieur Firmin Lacpatia, « Du Gange à la rivière des Roches ». En quelques dizaines de pages joliment écrites, à travers l’histoire de sa grand-mère, ce monsieur m’avait fait comprendre la réalité de l’implantation indienne chez nous. Ce livre, publié à l’époque par l’ADER, ne coûtait pas cher, se lisait d’une traite, et on en ressortait avec la confortable impression d’être moins ignorant. Je ne pense pas que monsieur Lacpatia ait voulu faire œuvre didactique mais ce but était bel et bien atteint. Si c’est cela la « vulgarisation », mon Dieu, que ce mot est noble.

Je me suis alors demandé s’il existait des ouvrages historiques à l’intention du grand public qui ne lit pas forcément Tacite dans le texte. Les éditeurs auraient-ils oublié ce point essentiel de notre culture créole ? Eh bien non, ils n’ont rien oublié du tout. Leurs listings sont même impressionnants.

Je ne parle même pas du « Mémorial de La Réunion », ouvrage de référence, mais on n’en trouve guère dans les brocantes. Mais les occasions d’apprendre aisément notre histoire ne manquent pas.

Concernant l’histoire indienne que j’évoquais ci-dessus, il y a les livres de monsieur Jean-Régis Ramsamy, historien de formation mais adepte de la communication par métier. Passionnant. Frédéric Payet, historien lui aussi, a écrit pas moins de cinq livrets fort bien documentés sur notre histoire contemporaine : « De Gaulle et La Réunion » ; une « Histoire du mouvement socialiste » ; un ouvrage politique sur la guerre entre « Autonomistes et départementalistes » ; une passionnante « Guerre du sucre » ou « Une colonie dans la guerre ». Un survol complet et clair de notre histoire récente qui nous change un peu des lamentations savantes sur l’esclavage (il n’y a quand même pas que ça dans notre passé ?)
Le journaliste Sulliman Issop a participé à l’écriture de « Encre de lave », une histoire des Chinois de Bourbon, à une histoire de la paroisse de Saint-Paul ou à « Mémoire de Chine », avec ce style admirable qu’on lui connaissait quand il était encore journaliste au JIR. Je citerai encore Enis Rockel, Daniel Vaxelaire (dont les romans mouvementés sont de passionnants cours d’histoire locale). Gabriel Gérard, Raoul Lucas, Marc Rivière qui parle si poétiquement de l’histoire du café Bourbon-Pointu, ou Jules Bénard avec son « Dictionnaire du peuplement », ne sont pas en reste.

Il semble que ces livres (et bien d’autres) ne soulèvent pas l’intérêt des financeurs institutionnels. Ils préfèrent certainement gaspiller les fonds publics qui font leur gloire et sont totalement ignorés du grand public. Comme les « Cases à lire » régionales (40 millions d’euros par les fenêtres) ou « l'Académie des dalons » départementale (20 millions dans les feuillées).

Lorsqu’on parle d’histoire aux jeunes, j’en ai fait l’expérience avec les miens, ils sont intéressés, mieux : passionnés. Les seuls à ne pas l’être sont les décideurs, plus attachés à la culture de leur égo qu’à celle de notre jeunesse. Merci pour eux.

Adeline Cerveaux

 

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