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Hommage à Maxime Luc, fier petit Blanc des Hauts

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 17 juillet 2013 à 14H47

Difficile de vraiment décrire l’émotion qui vous étreint en apprenant la disparition d’une personne qui a fait partie de votre vie, même si cette route commune remonte à une lointaine époque.

Voici trois ans, j’apprenais la mort de mon ami Expédit, ancien gérant du gîte de Marla. Aujourd’hui, c’est Maxime Luc, vieux planteur de ce même îlet du bout du monde, qui nous tire sa révérence.

Je les ai bien connus tous les deux, dans les années 75/76, quand je décidai de mettre fin à une décennie de vie d’enseignant. J’avais choisi, pour ce chant du cygne, le cirque de Mafate, et plus précisément Marla que je connaissais bien pour y avoir excursionné plusieurs fois. Je connaissais bien également ses habitants et ils ne furent pas surpris de me voir débarquer chez eux, sac au dos et mollets abrutis. Je leur avais dit que je viendrai, ils me croyaient, ils m’attendaient.

Maxime, Expédit, Giroday, Dugain, ti Michel et les autres… Que des amis. Quelle race de gens fiers, durs à la peine, résistants à l’effort et d’une solidarité sans faille. Ils étaient bien, oh oui, mille fois, les glorieux descendants de ces fiers colons désargentés d’antan, qui avaient choisi l’isolement et l’indépendance plutôt que de louer leurs bras aux gros propriétaires des Plaines et de la côte.

Maxime était bien leur digne représentant à tous, y compris leurs compagnons de galère de La Nouvelle, Roche-Plate, Aurère, Grand-Place ou Ilet-à-Malheur. Sa vie était rythmée par les saisons et les cultures rotatives ; il y avait le temps des lentilles, celui des petits pois, du maïs, des haricots de Marla, les meilleurs de l’île… Creuser le sol et semer, sur ces buttes escarpées, est proprement tuant : ils avaient inventé le coup de main efficace. Tous se réunissaient sur les terres de l’un d’eux et en deux jours, la messe était dite. Puis on passait au champ voisin.

Comme ses amis, Maxime « soignait » son ti cochon noir avec du chouchou, des patates chouchou, des conflors, des « patates cochon », des patates douces, des « pieds d’figue » qui cuisaient à l’ancienne dans un vieux bidon apporté de Cilaos à dos de bœuf. Lorsque venait le moment de trucider la pauvre bête, évidemment, c’était la fête au village, avec force ripailles et libations idoines ! Même topo lors des anniversaires, baptêmes et mariages. J’ai eu l’occasion de présenter l’un de ces derniers dans le tome 7 du Mémorial, celui de Jean-Paul (fils de Maxime) et de Lucie, une de mes bonnes élèves. Jean-Paul disparut lors d’un cyclone, en traversant un torrent pour aller aider un de ses parents en difficulté. Drame épouvantable mais bien représentatif de la solidarité des gens des Hauts.

Maxime entretenait son bœuf avec soin : c’était son véhicule. Car en ces époques reculées, pas d’hélicoptère, sinon pour évacuer un malade ou débarquer l’inspecteur primaire à l’improviste. C’est ainsi qu’un jour est arrivé en vrombissant le très redouté inspecteur Soutric. On en reparlera une autre fois.

Les bovins paissaient alors sur le plateau du Kelval, ce qui valait régulièrement aux gens de Marla des engueulades épouvantables avec les gens de l’ONF.

Réunion Air Service, futur Air Austral, commençait à peine à voler. C’est le bœuf qui allait chercher les provisions à Cilaos, aller-retour en une journée, au pas de charge car ces gens des Hauts sont de redoutables coureurs de montagne, voir le champion Libelle.

Comme les autres, Maxime n’avait que de vagues notions de l’écriture et du calcul. C’est pourtant là-haut que moi, le pédagogue, j’ai appris à tracer un angle droit sans équerre.

« Ou prend trois ficelles de 5 mètres, 4 mètres et 3 mètres, ou mette ensemble et nana in’ angle droit ». C’est bel et bien la démonstration sur le tas du théorème de Pythagore !

Je quittai Marla au bout d’un an et demi, l’opportunité se présentant à moi d’intégrer l’équipe survoltée du Quotidien naissant, en octobre 1976. Cette partie de ma vie fut brève mais d’une remarquable intensité. En raison, bien sûr, de la beauté extraordinaire des paysages des Hauts, mais qu’aurait été cette beauté sans l’autre, celle du cœur, celle que portent en eux ces formidables petits Blancs ? Ils ont enrichi mon âme de souvenirs à nuls autres pareils. Soyez-en tous remerciés, amis des îlets perdus. Merci à toi, Maxime et bonne route. Na artrouver…

Jules Bénard

 

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