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9 mois de transition malgache : impasses et dernière ligne droite en 2010

Neuf mois après le transfert de pouvoir du 17 Mars 2009, la communauté internationale renvoie dos à dos Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, et appelle les Malgaches à rester dans le cadre des Accords de Transition après le rendez-vous manqué de Maputo-III...

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 11 décembre 2009 à 17H36

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ACP-UE : Impasse sur la tuerie du 7 février 2009

A travers la Résolution sur Madagascar à la 18e session de l’Assemblée Parlementaire Paritaire ACP-UE tenue à Luanda du 30 Novembre au 03 Décembre 2009, la communauté internationale réitère « la condamnation du processus de la prise de pouvoir à Madagascar, en violation flagrante de la Constitution malgache, et la décision de confier la fonction de Président de la République à M.Rajoelina qui constituent bel et bien un coup d’Etat. »

Hormis le fait qu’elle contredit les termes de l’Accord additionnel d’Addis-Abeba du 09 Novembre 2009 – qui reconnaît tardivement à Andry Rajoelina le titre de « Président de la Transition »- cette déclaration de principe pour un retour à l’ordre constitutionnel fait l’impasse sur le rôle du mouvement de masse initié en Janvier 2009 tout en« considérant les nombreuses manifestations de protestation populaires, réprimées dans la violence par les forces militaires ».

Sans minimiser les brutalités policières contre les manifestants pro-Ravalomanana (après la première installation de Andry Rajoelina à la tête de l’Etat le 21 Mars 2009), ce n’est un secret pour personne que les manifestations « légalistes » n’ont jamais atteint l’affluence des journées insurrectionnelles de Janvier à Mars 2009.

En particulier, la résolution fait notamment l’impasse sur la tuerie  du 07 Février 2009 devant le Palais d’Etat d’Ambohitsorohitra (situé en plein quartier administratif de la capitale Antananarivo), point culminant de la répression sanglante du mouvement de masse sur ordre de la garde du Président Marc Ravalomanana et élément déclencheur de la mutinerie des militaires jusqu’au dénouement du 17 Mars 2009.

En toute logique, une « enquête internationale indépendante sur les violations des droits humains » évoquée par la résolution devrait prendre en compte en premier lieu les évènements du 07 Février 2009: une telle enquête est d’ailleurs réclamée par l’association des « Victimes du 07 Février »  sur les responsables  et le sort des nombreux disparus de la tuerie.

Enfin, la résolution ACP-UE renvoie dos à dos les deux principaux acteurs de la crise malgache, considérant que les efforts d’appui de la communauté internationale « se heurtent à l’intransigeance de M.Rajoelina, lequel apparaît comme l’otage de son clan, ainsi qu’aux exigences du Président en exil Marc Ravalomanana, lequel fait preuve d’un manque de réalisme inapproprié. »

Maputo-3 : Le sommet de trop

Malgré le soutien affiché  des grandes chancelleries à la mise en place d’un gouvernement de consensus – condition de déblocage des aides mises en veilleuse en décembre 2008 pour sanctionner la mauvaise gestion du président Ravalomanana -, la répartition des 31 portefeuilles ministériels (théoriquement partagés à raison de 6 postes pour chacune des 4 mouvances, plus 7 postes à attribuer aux « autres sensibilités ») décidée à Addis-Abeba le 09 Novembre dernier reste dans l’impasse.

Chaque camp espère « jouer la montre » à son avantage: face à la coalition des 3 mouvances des ex-présidents Ratsiraka- Zafy- Ravalomanana appuyée par la médiation mozambicaine (qui espérait sans doute réunir les 4 présidents à Maputo-3), Andry Rajoelina reçoit le soutien indirect de la France qui propose ses bons offices en vue d’un sommet spécial du GIC à Antananarivo. Ce qui permettrait par la même occasion d’offrir une « porte d’entrée honorable » pour les délégations des 3 mouvances bloquées à Maputo, du fait de l’embargo aérien improvisé par les autorités de transition malgache!

Utilisant ses prérogatives présidentielles, Andry Rajoelina compte enfin promulguer par ordonnance la Loi de Finances 2010 avant la fin de l’année, avec ou sans gouvernement d’union nationale car il dispose encore des ministres du gouvernement de Monja Roindefo,  toujours en fonction malgré la destitution de ce dernier. L’enjeu immédiat étant de  d’assurer le fonctionnement de la machine administrative, à commencer par la solde des fonctionnaires en Janvier 2010… garantie de paix sociale pour la Transition!

Gestion de crise sous la transition

D’après l’actuel Ministre des Finances Hery Rajaonarimampianina, les prévisions macro-économiques indiquent un taux de croissance estimé à 2,6% pour 2010 (contre 0,6% en 2009) pour un Budget « tenant compte de la tenue des élections, de l’austérité budgétaire, de la baisse des recettes et de la relance économique à travers la promotion des secteurs porteurs tels que le tourisme, les NTIC, l’énergie, l’extraction minière… »

En d’autres termes, la Transition malgache devra passer des discours aux actes (lutte contre les monopoles du régime précédent, contre la corruption,…) et affirmer la présence de l’Etat, à la fois acteur et facilitateur de la relance économique : concernant par exemple les litiges fonciers entre communautés locales et mégaprojets miniers et d’agri-business un peu partout dans l’Ile, et plus généralement pour « sécuriser les investissements » (revendication des groupements d’opérateurs nationaux du GEM et du FIVMPAMA) et mettre fin au pillage des forêts de l’Est malgache (bois de rose, lémuriens…).

Elle devra encore traiter les dossiers brûlants hérités de l’ère précédente comme les alertes aux pratiques esclavagistes à l’encontre de travailleurs malgaches au Liban (on compte environ 6000 travailleurs malgaches immigrés dans la zone du Moyen-Orient) et les pertes de milliers d’emplois industriels, en partie liés à la crise (zones franches textiles) mais aussi avant la crise de 2009 avec la mise en faillite des sociétés d’Etat (à l’exemple des unités sucrières de la SIRAMA récemment renflouées par la Transition, unités cotonnières de la HASYMA qui demandent une aide similaire de l’Etat).

Concernant la gestion des finances publiques, rappelons qu’ après six mois de gestion de crise sous la Transition, le Représentant Résident du FMI à Madagascar notait que « les recettes ont permis de couvrir les dépenses de fonctionnement,  l’inflation est sous contrôle (bonne récolte, surévaluation de l’Ariary), la politique monétaire a été prudente et les réserves en devises satisfaisantes, mais cette situation ne saurait durer  à cause de la crise actuelle ».

Solution « Ady gasy » (à la malgache) en 2010 ?

Sur le plan politique, les tensions risquent de perdurer à l’approche des échéances électorales: Andry Rajoelina est déjà en pré-campagne pour gagner  l’adhésion des régions à une réforme constitutionnelle lui permettant de se présenter à la prochaine Présidentielle, aux côtés d’autres candidats issus des Forces de Changement (dont une partie devrait logiquement se rallier à une candidature de Monja Roindefo) et des « 3 mouvances » en cas de consensus sur le processus électoral.

Concernant les résultats mitigés de la médiation internationale pour le moins contestés dans l’opinion publique, citons le commentaire du politologue Rasolo André dans une interview accordée à Midi Madagascar du 14 février 2009), qui reste encore d’actualité:

« Midi : – Que pensez-vous de l’arrivée du représentant du Secrétaire Général des Nations-Unies, du Secrétaire d’Etat français à la Coopération, des émissaires de l’Union Africaine, du SADC et de la COI ?

Rasolo André : –  Depuis une semaine, une valse diplomatique se déroule à Antananarivo. A part la mission de l’ONU qui a su s’appuyer sur une structure locale, en l’occurrence le FFKM, je pense que les autres étaient là pour le décor. En débarquant sans avoir une lecture des réalités et malgré leurs bonnes intentions, certains risquent  même de compliquer notre situation déjà complexe. Trouver une solution « ady gasy » entre malgaches, c’est la voie pouvant nous sortir de cette crise. La communauté internationale se mobilisera après pour soutenir le nouveau système en place. »

D’après les observateurs politiques en faveur d’une interprétation de l’Accord de Maputo plus adaptée aux réalités -préférable à un rejet en bloc des Accords, comme préconisent les plus radicaux- , une cohabitation  gouvernementale entre mouvances antagonistes risque de conduire à l’échec du processus de transition : la logique de partage arithmétique du pouvoir devrait laisser la place à une vision plus pragmatique, tenant compte à la fois de la situation réelle de gouvernement de fait, et de « l’esprit des Accords de Maputo » à travers les différentes institutions  transitoires.

Sans oublier le consensus national dégagé lors des premières Assises Nationales des 02-03 Avril 2009 : d’après la feuille de route tracée, le projet de Constitution devrait passer par la Conférence Nationale (dont la convocation revient au Conseil National de Réconciliation présidé par le Pr Zafy Albert, dans la configuration actuelle) et l’élection présidentielle devrait être programmée après les législatives afin de garantir un processus démocratique équitable et mettre ainsi fin à l’instabilité cyclique à Madagascar…

11 Décembre 2009 par AdyGasy-SystemD

 

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