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15 ans de prison et une interdiction de territoire pour avoir brûlé vive son épouse

Mai 2018, Bergerette Baltimor, 43 ans, succombait à de graves brûlures. Son époux a toujours affirmé qu'elle s'était renversée volontairement de l'alcool à brûler sur le corps et y avait mis le feu. Au terme de deux jours d'audience, l'accusé a été reconnu coupable de violences ayant entrainé la mort et condamné à 15 ans de réclusion criminelle. Il a en outre écopé d'une interdiction définitive de territoire.

Ecrit par 2181159 – le lundi 29 août 2022 à 18H32

Sofienne Hajji, 37 ans, comparait en ce début de semaine devant la cour criminelle. Il encourt 20 ans de réclusion criminelle, soupçonné d’avoir aspergé son épouse d’alcool à brûler avant d’y mettre le feu. Bergerette Baltimor, la victime âgée alors de 43 ans, avait succombé quelques semaines plus tard, en mai 2018, à ses blessures sans que personne ne puisse entendre sa version des faits.

Le Tunisien et la Saint-Pauloise en mal d’amour s’étaient rencontrés sur les réseaux sociaux. En secret, la future épouse était partie faire sa connaissance et ils s’étaient mariés en Tunisie. « C’était une fille joyeuse, elle aimait danser et aider les autres. Nous n’étions pas au courant de cette union. Mais lorsqu’il est arrivé à La Réunion, Bergie a changé », racontent unanimement ses collègues de travail du TCO. 

« Quand il est arrivé, elle a changé »

Les proches expliquent que Bergerette était toujours inquiète, qu’elle ne pouvait plus sortir seule sans être rappelée à l’ordre. Qu’elle n’avait plus le droit de s’habiller comme elle voulait. « On lui a prêté de l’argent plusieurs fois. Elle disait avoir des difficultés financières. Que c’était complexe. Mais quand on essayait de savoir s’il y avait un problème dans le couple elle se refermait et on ne savait rien ». 

Bergerette est obsédée par l’idée d’avoir un enfant. Selon Sofienne Hajji, leurs disputes à ce sujet étaient multiples. Le trentenaire reconnait avoir donné des gifles mais pour lui, « ce n’est pas de la violence », décortique l’expert psychologue qui l’a examiné dans le cadre de la procédure.

Ce tragique 8 avril 2018, la discussion aurait tourné autour de l’infertilité de Bergerette. Elle avait servi son repas à Sofienne qui s’était énervé car il n’y avait pas de pain. Se rendant dans la petite cuisine de leur appartement de la Plaine Saint-Paul, il aurait jeté toutes les frites qui se trouvaient dans le four par terre puis aurait regagné le salon et frappé la table basse d’un coup de marteau. C’est alors que brutalement sa récente épouse se serait versée la bouteille d’alcool à brûler sur le corps.

« Une bonne épouse est isolée et reste à la maison »

« Il a donné plusieurs versions de ce qui s’est passé ensuite », se souvient le directeur d’enquête interrogé en visioconférence. Des versions qui le dédouanent de toutes responsabilités. Pour l’accusé, Bergerette a voulu se suicider et il est arrivé trop tard pour l’en empêcher.

Quid alors du témoignage d’une voisine présente la première sur les lieux à qui la victime aurait déclaré « C’est un fou, c’est un fou » pendant que Sofienne Hajji prenait son temps pout ranger le désordre de l’appartement. « Il voulait qu’elle monte dans la voiture mais elle, elle voulait s’enfuir. Et le lendemain, il est revenu pour nous mettre la pression et tenter de savoir ce qu’on avait dit aux gendarmes« , raconte ce témoin.

Pourquoi l’accusé a attendu les secours sans un mot pour sa femme et, à leur arrivée, été tellement insistant pour rester près d’elle que les pompiers ont dû le mettre dehors ? Pour ne pas qu’elle parle ?

Que penser de la relation qui a suivi ce drame alors que l’accusé était parti en métropole pour refaire sa vie ? « Avec lui, c’est une claque, un bonbon ? Un jour je suis belle et le lendemain une salope. Une bonne épouse est une femme isolée qui doit rester à la maison »,  raconte Natacha, 37 ans, seconde épouse de Sofienne Hajji, qui se décrit comme une proie aux mains d’un manipulateur d’ailleurs condamné et écroué  pour l’avoir violentée.
 

« Ma conscience est propre »

Une conception « problématique » de la relation aux femmes confirmée par l’expert psychiatre qui, hormis la banalisation de la violence de l’accusé, n’a relevé aucune anomalie comportementale. « C’était la rencontre de deux opportunités. Lui voulait venir vivre en France. Elle cherchait l’amour et voulait avoir un enfant », résume le spécialiste. 

Appelé à s’exprimer au deuxième jour de son procès, Sofienne Hajji est très bavard. Voire baratineur. Il ne se rend pas compte qu’il agace tout le monde, les magistrats, l’avocat général qui perd un moment ses nerfs, et la famille de la disparue qui verse des larmes de culpabilité.

Les minutes passent et le trentenaire en fait trop pour convaincre « que sa conscience est propre ». Pourtant, à l’écouter se répéter encore et encore et à se perdre dans d’inutiles détails, on imagine que s’il a pu casser une chaise, une table, un mur comme il le reconnait, il a également pu, dans un geste d’énervement dont il était coutumier, jeter de l’alcool sur celle qu’il nomme comme s’il l’avait appris par cœur, « la femme de sa vie » et y mettre le feu.
 

Après la plaidoirie du bâtonnier Payen, représentant la famille Baltimor, l’avocat général a requis la peine maximale, estimant que la culpabilité ne faisait aucun doute.

Amel Khlifi Ethève a tenté le tout pour le tout en défense. Pour la robe noire assistant Sofienne Hajji depuis la première heure, il était « loin d’être un mari parfait » mais pas au point de commettre les faits qui lui sont reprochés.

Mais la cour en a décidé autrement. Sofienne Hajji est condamné pour violences ayant entraîné la mort à 15 ans de réclusion criminelle et à une interdiction définitive de territoire. Il a 10 jours pour faire appel.

 

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