Un système opaque pour fixer les prix ? 6,5 millions d’euros d’amendes pour des géants du matériel électrique présents à La Réunion

Quatre géants du matériel électrique, dont des acteurs présents dans les outre-mer et à La Réunion, Nexans et Sonepar, ont été lourdement sanctionnés pour entente sur les prix. Une décision qui interroge aussi les marchés insulaires comme La Réunion, où les coûts restent sensibles.
C’est une sanction record qui secoue le secteur du matériel électrique. L’Autorité de la concurrence a infligé 6,5 millions d’euros d’amendes à plusieurs groupes industriels et distributeurs, dont Nexans et Sonepar, pour des pratiques jugées anticoncurrentielles. En ligne de mire, un système de fixation des prix qui aurait faussé le jeu du marché pendant plusieurs années. En clair, sur l’octroi de droits exclusifs d’importation des câbles électriques Nexans dans l’ensemble des départements et régions d’outre-mer.
Dans son communiqué, l’Autorité de la concurrence indique avoir sanctionné "deux ententes verticales sur les prix entre fabricants et distributeurs" dans le secteur du matériel électrique basse tension.
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Ces pratiques ont été révélées à la suite d’un rapport d’enquête de la DGCCRF, d’éléments apportés par un lanceur d’alerte, ainsi que d’opérations de visite et de saisie. Il s’agit de la première décision de l’Autorité sanctionnant des pratiques dénoncées par une personne ayant souhaité bénéficier du statut de lanceur d’alerte, dont l’anonymat est protégé.
Au cœur du dossier, un mécanisme appelé "dérogations". Théoriquement, ce dispositif permet aux distributeurs d’adapter leurs tarifs à la demande des clients. Mais dans les faits, les enquêteurs estiment qu’il a été détourné. Les entreprises concernées se seraient entendues pour rendre ces prix quasiment fixes, limitant ainsi toute concurrence réelle.
Selon l’Autorité, ces pratiques ont eu pour effet de "limiter la concurrence intra-marque" et de maintenir des prix élevés au détriment des clients finaux.
Entente sur plusieurs années
Les faits reprochés s’étendent sur une longue période. Une première entente aurait été mise en place entre 2012 et 2018 entre un fabricant et ses distributeurs, dont Sonepar. Une seconde, entre 2012 et 2015, impliquait un autre grand groupe du secteur.
Le mécanisme était bien rodé. Les fabricants accordaient des remises spécifiques aux distributeurs, mais en conservant en réalité le contrôle sur les prix finaux. Résultat, les distributeurs ne pouvaient pas réellement baisser leurs tarifs pour se démarquer.
Dans certains documents internes, les autorités ont relevé que ces prix, présentés comme "conseillés" ou "maximums", étaient en pratique appliqués comme des prix fixes.

Pratique jugée parmi les plus graves ?
Pour le gendarme de la concurrence, la gravité de l’affaire ne fait aucun doute. Les ententes sur les prix sont considérées comme "une des pratiques anticoncurrentielles les plus graves".
Le montant de la sanction s’explique aussi par le poids des entreprises impliquées, toutes leaders sur un marché déjà très concentré. Leur puissance économique a amplifié l’impact des pratiques sur l’ensemble du secteur.
Sonepar, de son côté, conteste fermement la décision. Le groupe affirme avoir agi "dans le strict respect des règles de concurrence" et annonce faire appel.
Des répercussions jusque dans les territoires ultramarins
Si les faits concernent principalement l’Hexagone, leurs conséquences dépassent largement ce cadre. Une enquête distincte avait d’ailleurs visé Nexans dans les territoires d’outre-mer, notamment sur la distribution de câbles électriques.
Le Great Sea Interconnector refait surface ⛓️
"La particularité de ce projet, c'est que c'est des profondeurs très importantes : 3.000 mètres de profondeur, et c'est un record mondial pour Nexans."
💬Julien Hueber, directeur général de Nexans
🎙️@LaureClosier pic.twitter.com/nzpiNqAbzI— BFM Business (@bfmbusiness) March 23, 2026
Dans des territoires insulaires comme La Réunion, où les coûts d’importation et de distribution sont déjà élevés, toute distorsion de concurrence peut avoir des effets directs sur les prix payés par les entreprises et les particuliers.
Ce type de pratiques peut ainsi peser indirectement sur le coût des chantiers, de l’énergie ou encore de la construction, des secteurs clés de l’économie locale.
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L'autorité de la concurrence précise :
"Il ressort expressément de nombreuses pièces du dossier que Nexans et Sonepar qualifiaient très régulièrement leur partenariat d’exclusif, que ce soit au niveau de l’ensemble des DROM ou spécifiquement à La Réunion, à Mayotte, en Guyane, en Martinique et en Guadeloupe. Les parties avaient d’ailleurs pleinement conscience du caractère anticoncurrentiel de ces pratiques. Il ressort, par exemple, d’une conférence téléphonique interne à Nexans organisée au mois de novembre 2020 que "Sonepar à La Réunion a une exclusivité de facto, qui est complètement interdite, mais bon qui est là, sur l’approvisionnement à la Réunion de produits Nexans premium"."
Une affaire loin d’être terminée
Au-delà des sanctions administratives, le dossier comporte également un volet pénal. Une information judiciaire a été ouverte dès 2018, à la suite de signalements et de témoignages, donnant lieu à des perquisitions dans plusieurs entreprises.
Les entreprises mises en cause contestent pour la plupart les conclusions et ont annoncé des recours. La bataille judiciaire est donc loin d’être terminée.


