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Un CRS réunionnais et sa compagne agressés par des dealers à Toulouse

Scène ahurissante mais malheureusement de plus en plus courante ce mardi 12 novembre à Toulouse, un CRS en civil s’est fait agresser par des jeunes dealeurs d’une cité.
Ecrit par Ludovic Grondin – le vendredi 15 novembre 2024 à 17H45
Photo : © Pierre Marchal - Anakaopress

La frontière entre vie professionnelle et vie privée devient de plus en plus poreuse dans certains métiers. En première ligne face aux délinquants et trafiquants de drogue, les forces de l’ordre en font malheureusement l’expérience chaque jour aux quatre coins de la France.

C’est aussi celle vécue depuis ce mardi 12 novembre par Rohan, un policier d'origine réunionnaise engagé dans les rangs de la CRS 84, cette toute nouvelle unité mise en place en juillet dernier dans le Tarn-et-Garonne. Ces unités dites de « nouvelle génération », calquées sur le modèle de la fameuse CRS 8 déployée à titre expérimental dans l’Essonne, sont capables de se projeter sur des « situations dégradées » comme le mentionne la direction de la Police nationale.

Mardi à 18 heures dans le quartier de La Faourette à Toulouse, Rohan se rend en voiture avec sa compagne déposer un colis postal. Rohan s’arrête, sa compagne descend procéder à la dépose du colis. Pendant ce temps, Rohan se fait aborder à sa portière, dont la vitre est montée, par un jeune homme portant un bonnet et un cache cou. Ce dernier le reconnaît comme étant un policier et lui demande de 'dégager' car 'ils sont en train de vendre' (de la drogue, ndlr). Le conducteur refuse de suivre cette injonction et essuie un coup de poing au menton.

 

Même sans l'uniforme

 

L'agression ne s'arrête pas là puisque d'autres jeunes de la bande crient au loin qu'il s'agit d'un policier. « Quand ma compagne a vu qu’il a commencé à me frapper, c’est là qu’elle est revenue, a tenté d'apaiser la tension », raconte le policier en civil. Alors qu'il a essuyé d'autres coups au visage et tenté de maîtriser son vis-à-vis, Rohan lâche sa prise en voyant d'autres jeunes fondre vers sa voiture. « J’ai dû prendre la fuite pour que ma compagne ou moi ne prenions pas de coup de couteau », craint-il ce qui aurait pu se passer s’ils n’avaient pas déguerpi rapidement. S’il s’en sort choqué tout comme sa compagne, son véhicule est écrasé sur le flanc gauche, là où des coups de pied ont été portés par les malfrats.

Bien que mobilisés majoritairement sur les théâtres d’opération de maintien de l’ordre lors des manifestations publiques, les CRS peuvent aussi être appelés pour pacifier un périmètre, notamment dans les quartiers sensibles. C’est à la suite d’une sécurisation d’un quartier qu’il pense avoir été reconnu par ses agresseurs. « Lorsque l’on a fait la sécurisation d’un quartier chaud de Toulouse, ils m’ont reconnu parce que je n’avais pas la cagoule pour nous protéger du feu (des cocktails molotov notamment, ndlr) », explique le jeune fonctionnaire.

Depuis cet incident survenu en-dehors de ses heures de travail, le Réunionnais originaire de Saint-Pierre a eu le soutien de sa hiérarchie en la personne de la directrice des CRS ainsi que de son commandant. Naturellement, il est aussi suivi par le service psychologie en même temps que lui a été délivré 17 jours d’arrêt et un jour d’ITT.

Dans ses fonctions, Rohan peut témoigner de la dégradation du respect entre jeunes des cités et les forces de l’ordre. Un constat qu’il établissait déjà avant ce qui lui est arrivé.

 

Pas question de quitter les rangs

 

« A La Réunion, les gens ont un grand respect pour la police. C’est quelque chose qui paraît normal en soit mais quand on arrive en métropole, j’ai vu que ce n’était pas du tout le cas. Les jeunes des cités n’hésitent pas à venir au contact des forces de l’ordre, à provoquer, à se montrer plus fort, et mon cas c’est un cas parmi tant d’autres. Il y a beaucoup de policiers qui se font agresser tous les jours malheureusement », offre-t-il un aperçu de son expérience. Un constat qui vaut lorsqu’ils portent l’uniforme mais semble dangereusement déborder sur le terrain privé. « C’est inquiétant, on ne peut plus sortir l’esprit tranquille. On a droit au port d’arme en civil sous certaines conditions mais on n’a pas particulièrement envie de se balader avec une arme. En plus, dans mon cas précis de mardi, sortir une arme face à 15 personnes, ça peut au final se retourner contre moi car des agresseurs auraient pu s’en emparer pour l’utiliser contre moi… donc au final il ne vaut mieux pas en avoir », en vient-il à préférer cette option qui donne l'impression que les dealers ont déjà gagné la partie.

Dans les jours qui viennent, il va établir un compte-rendu à la Direction Générale de la PN pour « demander, dans la mesure du possible, une mutation pour que ma compagne puisse reprendre une vie normale parce qu’elle est très choquée. Elle ne veut plus sortir. J’aimerais revenir à La Réunion », souhaite-t-il alors que la moyenne des retours se compte plutôt en décennies. Rohan dispose à ce jour d’un état de service de cinq années.

Peut-être que cet incident agira comme un accélérateur pour un retour au péi. En tout cas, sa compagne bénéficie d’un CDD actuellement à Toulouse, ce qui ne poserait donc pas de problème en termes de mobilité. De son côté, malgré la grosse frayeur de cette agression, il affirme qu’il est inenvisageable pour lui de quitter la police. « C’est pour moi le plus beau métier mais le problème c’est ‘comment on est traité aujourd’hui ?!’. Ma mère, mes parents sont inquiets et me demandent de déménager", évoque-t-il le stress que son travail génère sur son entourage également.

Etiquettes : Agression | Police nationale

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