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"Troisième région la plus concernée" : à La Réunion, l'alcool reste le fléau n°1 devant les drogues de synthèse

Ecrit par Lucas Candessoussens – le jeudi 25 juin 2026 à 09H48

A l'occasion de la visite de la psychiatre et addictologue Nathalie Ramdjee, représentante de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, le CHU de Bellepierre a ouvert, le temps d'une matinée, les portes du service addictologie. Le Dr David Mété et ses confrères ont présenté les difficultés rencontrées à La Réunion : une hausse des prises en charge pour des personnes dépendantes de drogues (particulièrement synthétiques), mais surtout, ils ont rappelé que l'alcool reste le premier fléau de l'île.

Aménagé en 2019, l'étage du service addictologie du CHU de Bellepierre accueille un hôpital de jour. Plus d'une dizaine de places sont accordées aux résidents qui nécessitent des soins particuliers. Dans ce service, plusieurs activités sont proposées pour les accompagner pendant leur hospitalisation. 11 places sont disponibles actuellement, loin de répondre à la réalité du terrain.

Le Dou et la cocaïne se font une place au soleil

Depuis plusieurs années, les tendances de consommation de drogues et de stimulants comme la cocaïne et la cathinone (Dou) ont vu leur consommation grimper en flèche. Concernant cette dernière, les prix demeurent attractifs sur le marché parallèle.

Toutefois, la cocaïne, malgré son prix à la revente (120 euros environ au gramme), est largement présente. "Des patients nous expliquent qu'il est plus facile de se procurer de la cocaïne que du cannabis", déplore le docteur David Mété, chef du service d'addictologie.

Le Dr Nathalie Ramdjee (Mildelca) et le Dr David Mété

Les niveaux de dépendance sont particulièrement sévères et les effets négatifs multiples : dépression, troubles persécutifs, complications cardiaques et neurologiques. Qui plus est, beaucoup de consommateurs s'endettent pour pouvoir se procurer une dose.

"Cela nous préoccupe grandement. On structure l'addictologie dans toute l'île : les services tournent au maximum de leur capacité et les délais de démarche de soins s'allongent", détaille le spécialiste, qui appelle tous les décideurs et la société à agir.

L'alcool, la première addiction réunionnaise

Ce mercredi 24 juin, une représentante de la Mildelca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), Nathalie Ramdjee, addictologue et psychiatre, était en visite dans le service du CHU. Le but est de mettre en place une feuille de route avec les institutions locales, à l'occasion de la présentation du plan de lutte contre les drogues et le narcotrafic de la préfecture, le vendredi 26 juin.

Le docteur David Mété en a profité pour tenir un exposé sur l'activité première du service d'addictologie de La Réunion : les traitements contre l'alcoolisme. "Cela occupe une place très importante à La Réunion. Nous sommes la troisième région française la plus concernée par cela", rappelle-t-il.

Quelques chiffres pour rappeler les fléaux des spiritueux : à La Réunion, près de 70 % des dossiers impliquant des violences conjugales ont un lien avec l'alcool. La moitié des accidents mortels est due en partie à la consommation d'alcool. Plus largement, on retrouve dans des dossiers criminels et délictuels une présence de l'alcool dans 50 à 80 % des cas.

Pourtant, comme l'a rappelé le médecin lors de cette réunion, La Réunion fait face à un vif paradoxe : une bouteille de rhum est accessible pour un prix étonnamment bas. A ce titre, David Mété déplore la politique qui consiste à prôner une filière locale qui vend des spiritueux à des prix défiant toute concurrence.


La tribune du Dr Mété

Le Dr David Mété, représentant de la Fédération réunionnaise d'addictologie (FRAR), a également directement lancé un appel solennel à la mobilisation à l'occasion de la journée régionale consacrée à la lutte contre les addictions, organisée ce vendredi 26 juin sous l'égide de la Préfecture, de l'ARS et du Rectorat.

Face à la progression de la consommation de cocaïne, de crack et de cathinones, connues localement sous le nom de "doux", il alerte sur un phénomène aux conséquences sanitaires et sociales considérables. "Les personnes en difficulté avec la consommation de ces produits sont de plus en plus nombreuses" et les structures spécialisées "fonctionnent déjà au maximum de leur capacité", souligne-t-il.

Selon lui, l'île est confrontée à une évolution mondiale marquée par "la globalisation des trafics et des consommations" et par une production de cocaïne jamais aussi élevée. Refusant de réduire le problème à la seule question des stupéfiants, il rappelle que "la question des addictions est un sujet complexe qui ne se limite pas qu'aux produits".

Le médecin appelle ainsi l'ensemble de la société réunionnaise à se mobiliser : "N'attendons pas tout de l'État, faisons front commun, tous unis", plaide-t-il, exhortant les familles, les associations, les établissements scolaires, sportifs et religieux à ne pas "fermer les yeux concernant la réalité de ce piège sordide qui se referme peu à peu sur notre société et frappe tout particulièrement notre jeunesse".

Etiquettes : Alcool et addictions | CHU | Cocaïne | Dou | PU1

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