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TRIBUNE LIBRE : Coopération agricole, ousanousava ?           

Ecrit par Rubrique sponsorisée WR – le mercredi 10 juin 2026 à 12H08

Depuis plus de deux ans, nous assistons à une dégradation continue du fonctionnement de notre écosystème coopératif.

Malheureusement, les alertes sérieuses lancées ces derniers mois par Sicalait et Terracoop, représentant à elles seules près de 600 emplois et 200 millions d'€ de chiffre d'affaires, semblent aujourd'hui se confirmer.

Les événements liés à l'exclusion de Terracoop de l'Union régionale des coopératives - s'ajoutant pas plus tard que ce 1er juin de la mise à l'écart arbitraire, hors du cadre statutaire, de la Sicalait du Conseil d'Administration- ne font que renforcer les inquiétudes exprimées.

Il devient difficile d'affirmer que l'URCOOPA agit pleinement dans l'intérêt du modèle coopératif lorsque sa gouvernance fait l'objet de nombreuses interrogations et que des décisions majeures sont prises sans véritable concertation.

Il devient difficile d'affirmer que l'URCOOPA agit en faveur des éleveurs et de l'emploi lorsque les marges sur l'aliment ont fortement augmenté à la suite d'une hausse tarifaire qui ne semble pas avoir suivi la tendance nationale à la baisse observée sur les marchés.

Il devient difficile d'affirmer que l'URCOOPA progresse vers l'objectif de souveraineté alimentaire, pourtant érigé en priorité nationale, lorsque les mesures prises à l'encontre de Terracoop, notamment l'arrêt annoncé des livraisons d'aliments à compter du 5 mai 2026, risquent d'ouvrir la voie à des stratégies d'approvisionnement reposant davantage sur les importations, voire à des perspectives de création d’une nouvelle unité de production. 

Une telle évolution aurait naturellement des conséquences financières importantes pour l'ensemble des parties concernées.

Par ailleurs, des interrogations persistent quant à la capacité de l'URCOOPA à faire face à ses engagements financiers dans le contexte actuel. Parmi ceux-ci figurent notamment le remboursement du capital social de Terracoop, évalué à 2,1 millions d'€ sur cinq ans, ainsi que les enjeux liés au dossier Soficoop, dont le passif non contesté s'élèverait à 120 millions d'€, auxquels s'ajoute le passif litigieux du dossier Duchemann, estimé à 250 millions d'€.

Concernant Soficoop, nombreux sont ceux qui s'interrogent sur la faisabilité du plan de sortie du redressement judiciaire. Alors qu'aucune solution définitive n'a pu être présentée au tribunal au cours des vingt-six derniers mois, la perspective d'un plan d'apurement semble aujourd'hui émerger de manière soudaine.

Une nouvelle fois, l'URCOOPA paraît privilégier le recours à l'emprunt. Il est notamment question d'un financement de 20 millions d'€.

Pourquoi prendre un tel niveau de risque auprès d'une structure dont la situation financière suscite autant d'interrogations ?

Pourquoi soutenir une stratégie qui, selon certains observateurs, pourrait être interprétée comme participant à une situation de position dominante contestée ? Et qui ne fait que repousser, voire aggraver le problème, puisqu’il faudra bien rembourser à un moment, et avec les intérêts ! Toute banque, même soutien actif, n’est pas philanthrope, et doit rendre des comptes à sa hiérarchie et ses sociétaires ! 

Nous aurions préféré voir les différents acteurs soutenir l'organisation d'États généraux de la coopération agricole, afin de réunir autour d'une même table éleveurs, agriculteurs, coopératives, institutions, collectivités, organisations professionnelles et représentants syndicaux. Une telle démarche aurait permis d'apaiser les tensions et d'engager une véritable dynamique de co-construction pour l'avenir.

Cette proposition est aujourd’hui passée sous silence.

Plus largement, l'absence de débat ouvert et transparent sur ces questions apparaît regrettable.

Dans ce contexte, il convient de saluer la volonté affichée par Terracoop et Sicalait de présenter un plan alternatif de sauvegarde pour Soficoop, reposant sur une logique de redressement sans aggravation de l'endettement.

La présentation d'un projet concurrent n'a rien d'exceptionnel ni de déloyal. Il s'agit d'un droit prévu par le Code des procédures collectives. La confrontation de plusieurs solutions permet au contraire d'éclairer le débat et d'offrir au tribunal la possibilité de retenir l'option la plus pertinente pour préserver l'entreprise, ses emplois et son avenir.

Ce mois de juin, marqué par plusieurs audiences importantes, devrait permettre d'y voir plus clair.

Puissent la raison, le dialogue et la justice prévaloir afin d'ouvrir une nouvelle étape pour l'action coopérative et pour l'ensemble du monde agricole.

Florent MALET
Président de la FECAR

 

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