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Trahi par un bordereau de la poste, il finit en prison à cause d'un colis

Deux jeunes individus comparaissaient devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis ce mercredi pour des faits de trafic de stupéfiants pour le premier, ainsi que blanchiment d'argent pour le second. Les faits se sont produits du 23 au 29 juin 2023 entre l'Hexagone et La Réunion.
Ecrit par Régis Labrousse – le jeudi 28 mars 2024 à 16H30

Comme souvent dans les affaires de stupéfiants entre Paris et Saint-Denis de la Réunion, tout commence par un contrôle de routine à la douane de Gillot. Le 30 juin 2023, Samuel L. et Inzoudine A. sont contrôlés par les agents des douanes à la descente de l'avion en provenance de Paris. Tout est "clean", les douaniers ne trouvent rien de suspect. Pourtant, un bordereau de colis se trouvant dans les affaires de Samuel L. attire leur attention. Ils en prennent le numéro et laissent partir les deux dalons qui voyageaient ensemble. Le colis est récupéré par les agents et ouvert. Ils y découvrent des pochons de cocaïne pour un poids total de 168 grammes. Un échantillon est prélevé pour être testé. Le colis est ensuite refermé. Le retour du test montre qu'il s'agit bien de cocaïne pure à 71 %. Le parquet est alerté, une enquête est ouverte, une surveillance est mise en place.

Les investigations révèlent que le destinataire, ainsi que le numéro de téléphone inscrit sur le colis, appartiennent à deux personnes du même quartier que Samuel L. Ils sont convoqués pur s'expliquer dans le cadre d'une garde à vue. Selon eux, Samuel L. a utilisé leurs coordonnées à leur insu et serait même coutumier du fait. Il apparait également que Samuel L. a effectué 6 aller-retours entre Paris-La Réunion entre septembre 2022 et juin 2023. Concernant Inzoudine A., les enquêteurs découvrent de nombreux transferts de fond transitant sur son compte. Au total, 14 transferts sont tracés pour une somme de plus de 27.000 euros.

L'enquête met en lumière que le colis est parti de la poste du quartier du Louvre à Paris le 28 juin 2023, soit la veille du retour des deux mis en cause. Les enquêteurs remontent à eux grâce au bornage de leur téléphone qui les marquent tous les deux à proximité de la poste. Les deux dalons finissent en garde à vue au cours desquelles Samuel L. décide de faire droit au silence et refuse de transmettre son code de téléphone. De son côté, Inzoudine A. nie être au courant de l'existence du colis. Au vu des éléments, le parquet décide de les présenter en comparution immédiate pour trafic de stupéfiants et blanchiment d'argent.

"C'était pour rendre service, ce n'était pas du blanchiment"

Dès le début de l'audience, les deux avocats déposent à la présidente des exceptions de nullité visant à faire annuler la procédure. Ils demandent expressément au tribunal de délibérer immédiatement. Le tribunal refuse, décide d'instruire le dossier et de joindre les demandes au fond. Suite à cette décision, l'avocate de Samuel L. lui demande de faire droit au silence et de ne pas répondre aux questions du tribunal. Le jeune homme décide de suivre les conseils de la robe noire. Pour sa part, Inzoudine A. reconnait les transferts de fond, mais comme il explique, "c'était pour rendre service, ce n'était pas du blanchiment. Ils m'ont dit qu'ils étaient dans le besoin". "Vous avez effectué un transfert tous les deux mois entre août 2021 et août 2023, vous ne vous posez pas la question de savoir d'où vient cet argent ?", tance la présidente. "je n'ai pas cherché plus loin", répond le prévenu. Il apparait que ces transferts étaient au profit d'une mère et ses deux fils, habitant dans le quartier des deux prévenus.

Présent à l'audience, le service des douanes réclame la somme de 25.200 euros d'amende correspondant aux 168 grammes de cocaïne, estimant que le gramme se vend à 150 euros à La Réunion. "À ce rythme, on aura atteint, en juin 2024, la quantité de cocaïne saisie au cours de l'année 2023", ajoute la représentante de l'administration douanière. "Tout part d'un simple contrôle des douanes à Gillot", lance la procureure de la République, qui poursuit : "Les douaniers trouvent un bordereau de colis dans les bagages de Samuel L. posté au Louvre. Le bornage montre qu'il était avec Inzoudine A. Il utilise des identités de gens qui le mettent en cause. Il y a dans ce dossier de nombreuses dénonciations anonymes qui le mettent en cause pour des faits de trafic de stupéfiants", indique le parquet qui requiert 2 ans de prison avec maintien en détention plus 5000 euros d'amende pénale pour Samuel L. et 1 an de prison ferme pour Inzoudine A. plus 3000 euros d'amende pénale.

"Son beau-père est un ancien flic de Malartic qui a poussé sa fille à déposer plainte contre lui pour des violences. Le contrôle des douanes n'est pas dû au hasard", fustige la défense de Samuel L. "C'est un véritable règlement de compte à son encontre, c'est de l'acharnement. Vous n'avez rien dans ce dossier qui prouve sa culpabilité, aucune règle n'a été respecté lors de la procédure. Je dénonce le manque de précision du bornage où il y a des milliers de personnes. Le nom et le numéro de téléphone indiqués sur colis sont en réalité les vrais destinataires. Ce sont les seuls qui dénoncent mon client. Il n'y a pas un seul acheteur, ou un seul consommateur dans ce dossier. Où est le trafic ?", conclut la robe noire qui demande au tribunal de ne pas entrer en voie de culpabilité.

"Il a de l'argent sur son compte, ce n'est pas une infraction"

La défense de Inzoudine A. prend ensuite la parole pour dénoncer que "son seul tort est d'être ami avec Samuel L.". Elle précise ensuite qu'il "n'est pas concerné par le colis", ajoutant que, "rien ne peut déterminer avec précision qu'il était dans ce bureau de poste, sous prétexte qu'il est à Paris". Concernant les faits de blanchiment, la robe noire défend avec conviction sa position : "On ne peut lui reprocher ce blanchiment, car il n'y a pas de trafic caractérisé dans cette affaire. Il n'est, de plus, pas en lien avec ce trafic. Il n'y aucun élément en ce sens dans ce dossier. Le blanchiment est une infraction particulière. Il a de l'argent sur son compte, ce n'est pas une infraction. A-t-on la certitude que l'argent sur son compte provient d'un trafic de stupéfiants ? Absolument pas ! Je vous demande la relaxe", termine la défense.

Après une longue délibération, le tribunal rejette une partie des nullités soulevées. Samuel L. est relaxé des faits de transport de stupéfiants et de n'avoir pas remis son code. Il est déclaré coupable pour la détention de stupéfiants et condamné à la peine de 18 mois de prison avec maintien en détention, 5000 euros d'amende pénale et 25.200 euros d'amende douanière. Concernant Inzoudine A., le tribunal a entendu la défense puisqu'il est relaxé des poursuites qui étaient portées à son encontre, "pour faute d'éléments", ajoute la présidente.

Etiquettes : Drogue | Trafic de drogue

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