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Tout est encore possible ! (Réponse à une ex-gilet-jaune découragée)

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 22 février 2019 à 17H32

 

En affirmant que les gilets jaunes n'ont rien obtenu vous vous trompez complètement. Vous renoncez trop vite et vous risquez de décourager les plus fragiles alors que, tout au contraire, le mouvement des gilets jaunes a réussi, il a gagné la première bataille car... :

1) il s'agissait de se faire entendre, de faire entendre l’énorme colère du peuple concernant les pressions économiques, financières et fiscales auxquelles il est soumis. Cela, les Gilets Jaunes l'ont réussi à 100% !

2) L’Etat demande officiellement à savoir ce que veulent les Gilets Jaunes et tous les autres citoyens, de sorte que nous avons à présent un débat régional et national où chacun peut exprimer ses doléances et ses idées. On peut, certes, y voir un moyen pour le pouvoir de gagner du temps et d'essouffler le mouvement mais pour avoir ce que l'on veut, encore faut-il l’exprimer et surtout, y réfléchir. Donc ce débat reste une bonne chose en soi dès lors que tout ce qui est énoncé reste public et n'est pas confisqué par le pouvoir afin de mieux le cuisiner à sa sauce

3) c'est malheureux à dire mais cela paraît incontestable : la violence qu’ont constitué en eux-mêmes les blocages, la violence autour des blocages, ainsi que les premiers signes de chaos social qu’on a vu apparaître lorsqu’avec le non-interventionnisme initial des autorités, une certaine jeunesse en déshérence a cru que tout ou presque était permis, tout cela est très précisément ce qui a affolé nos gouvernants et les a amenés à lâcher du lest puis à ouvrir le débat. La raison en est qu'un pouvoir se trouve disqualifié quand il n'est plus en mesure d'assurer l'ordre. Il devient fatalement le responsable du désordre au regard de la population et il peut alors tomber à tout moment avec la bénédiction de cette dernière. Là est le danger pour les gouvernants, c'est ça qui leur met le couteau sous la gorge. Dès lors, aussi tristes et regrettables qu'aient été ces violences, il faut reconnaître qu'elles ont contribué au succès du mouvement. Sans s'être concertés, Cagoules noires et Gilets Jaunes se sont fait une petite "folie à deux" terriblement efficace pour amener les autorités à la table de négociation.

Mais cela n'était que la première bataille. La guerre contre le système ne fait que commencer et la question est de savoir comment continuer.

Les actes successifs du samedi servent avant tout à rappeler que la colère du peuple est toujours là.

Ils sont réalisés par des gilets jaunes courageux tant la violence du pouvoir est épouvantable mais demandons-nous : quelle efficacité peuvent avoir de telles actions concernant l’objectif de refonte complète du système ? Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que le pouvoir va jouer le pourrissement de la situation, en lâchant encore et toujours la bride à des groupes de casseurs bien utiles pour déconsidérer les Gilets Jaunes au regard de l’opinion. De sorte qu’il n’y a rien, absolument aucun changement, aucune concession, aucune avancée à espérer à l’issue de telles manifestations.

Le problème est qu’elles occupent un espace-temps qui, certes, les rend visibles (le cœur de la capitale, le samedi) mais cela les place quelque peu à distance de la population laborieuse et déshéritée dont est issu le mouvement de sorte que ces manifestations sont devenues une forme de spectacle. La population regarde mais n'est plus concernée autant qu’elle l'était quand il y avait des blocages au coin de la rue. Tout cela devient abstrait, virtuel, médiatique.  De ce fait même, le pouvoir n’est plus en danger. Plus les manifestations se répètent, moins elles sont significatives, plus vite leur signal se perdra dans le brouhaha médiatique dans lequel une information chasse l’autre.

En fait, le problème le plus grave vient de ce que, comme vous, nombre de Gilets Jaunes n’ont pas compris qu’ils ont réussi : ils ont la parole, ils peuvent tout demander dans les innombrables forums qu’ils peuvent eux-mêmes organiser sur tout le territoire et, pour cette raison même, le fait de rester dans la rue, dans le chemin comme on dit ici, est difficilement compréhensible par les usagers et dorénavant contre-productif. Le pire étant, bien sûr, de défiler avec les syndicats qui sont la forme la plus aboutie et la plus efficace d’opposition contrôlée. En quarante ans, leur bilan est aussi désastreux que révélateur : ils ont seulement accompagné la libéralisation de l’économie et font intégralement partie du système. Toute compromission avec eux ne servira qu’à la récupération de l’énergie du mouvement des Gilets Jaunes pour des intérêts particuliers.

Bref, d’autres terrains sont à occuper et pas seulement celui du débat. Il est clair que l’Etat aura la haute main sur les conclusions de ce dernier et même si le débat national devait être une réussite au plan des idées et des perspectives ouvertes, le RIC demandé à cor et à cris par les Gilets Jaunes ne sera jamais consenti que sous une forme abâtardie qu’on nous vendra avec un : « contentez-vous de ça, c’est mieux que rien » etc.

Autrement dit, rien ne pourra être obtenu sans une pression maximale sur le pouvoir. Or, nous venons de le voir, tant que le débat a cours, elle ne peut plus être maintenue par la rue. Il ne reste donc que l’espace même du politique, là où le pouvoir est le plus exposé, là où il a le plus à perdre ; je veux parler des élections, et notamment, les prochaines, les Européennes.

Même si nul ne peut se sentir préparé à accomplir une tâche aussi effrayante — de par les difficultés d’organisation à surmonter — j’ai la conviction que les Gilets Jaunes, parce qu’ils agissent en collectif, parce qu’ils forment un collectif, parce qu’ils pensent en collectif, ont les moyens d’affronter et de balayer tous les obstacles comme ils l’ont fait en réalisant l’incroyable occupation des ronds-points de France dont le monde entier a eu connaissance.

La seule condition pour réussir l’aventure des élections sera de rester un collectif et, surtout, surtout, de ne pas se mettre à suivre des individualités aussi courageuses et/ou enthousiasmantes qu’elles puissent être car, ce serait alors retomber immédiatement dans le système dans lequel nous pataugeons depuis deux cent ans. Une liste Gilets Jaunes aux Européennes ne devrait donc être constituée que d’anonymes tirés au sort au dernier moment, lorsque la législation actuelle y obligera. Adieu donc les listes d’opportunistes tels qu’Ingrid Levavasseur et consorts. Ces candidats Gilets Jaunes tirés au sort devraient avoir à signer un engagement sur l’honneur portant notamment sur le fait de suivre en tous point les délibérations des conseils citoyens dont ils seront issus.

Même si nous ne devions obtenir que cela, une véritable révolution serait en marche car nous aurons montré qu’il est possible de changer le système en abolissant le principe de la représentation pour avoir un fonctionnement réellement démocratique dans lequel les députés n’ont aucun pouvoir et sont seulement des porte-paroles, des émissaires ou des « relais » du peuple français au sein de l’assemblée européenne. Cette dynamique serait inarrêtable car, si le peuple comprend à cette occasion qu’il peut enfin accéder au pouvoir dont on l’a toujours privé depuis la Révolution, il voudra d’autant plus faire cette révolution démocratique qu’il y verra, avec raison, le seul, vraiment le seul, moyen de vaincre son plus dangereux ennemi, celui que, dans un de ses rares moments de vérité, François Hollande a su désigner comme étant le monde de la finance, celui-là même qui, avec la complicité de politiciens criminels, nous a tous mis en esclavage de la dette et contraint le gouvernement à tondre les français jour après jour afin de lui payer des intérêts aussi exorbitants qu’illégitime.

 

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