Studio 2 Minutes : quand l’animation péi s'invite aux Césars... avant les Oscars

Nommé aux César 2026, le film d’animation “Amélie et la Métaphysique des tubes” porte aussi la signature de La Réunion. Une partie importante de sa fabrication s’est faite à Saint-Pierre, où l’antenne locale du studio 2 Minutes poursuit son développement et celui du secteur dans l'île.
Alors que le monde du cinéma français va se rendre ce soir à l'Olympia pour la 51e cérémonie des Césars, il se pourrait bien que La Réunion se retrouve à l'honneur. En effet, le film “Amélie ou la métaphysique des tubes”, inspiré du roman d'Amélie Nothomb, est nommé dans la catégorie du meilleur film d'animation. Une œuvre dont une partie de la production s'est faite discrètement à côté du boulevard Banks.
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Dans les coulisses d’un film d'animation
Derrière cette nomination prestigieuse, il y a des mois de travail dans les locaux du studio 2 Minutes Réunion. Une trentaine de professionnels ont contribué à la fabrication du film, achevé il y a environ un an et demi. Animation, compositing, effets visuels : une large partie de la fabrication s’est jouée ici, loin des projecteurs mais au cœur du processus créatif.
Le directeur du studio, Eric Letourneur, résume simplement la philosophie du lieu : « On fabrique de l’animation pour les enfants et pour les adultes. On fait de la série qui est diffusée à la télé et on fait des longs métrages diffusés au cinéma. » Un savoir-faire qui s’appuie sur les deux grandes techniques du secteur : la 2D et la 3D.
Sur “Amélie et la Métaphysique des tubes”, la contribution réunionnaise a été particulièrement importante. « On a fait une très très grosse partie de l’animation sur ce film, toute la compositing et une partie des VFX », explique-t-il. Le film a depuis trouvé son public, remportant notamment le prix du public au Festival d’Annecy avant cette nomination aux César et celle aux Oscars.
Andrea Gulli, chef animateur à La Réunion, décrit un travail collectif réparti entre plusieurs sites : Paris, Angoulême et Saint-Pierre. Chaque animateur travaille image par image, parfois à raison d’à peine 1,5 à 1,8 secondes produites par jour. « On dessine vraiment à l’ancienne, image par image, pour créer l’illusion du mouvement », explique-t-il. Sur ce film de 1h15 environ, l’équipe réunionnaise a produit entre 25 à 30 minutes.
Une filière qui s’enracine sur l’île
Si ce film met aujourd’hui La Réunion en lumière, l’histoire de l’animation locale ne date pas d’hier. Eric Letourneur évoque une implantation construite sur plusieurs décennies : la présence du studio historique Pipangaï, avant la création de l'ILOI, l'institut de L'Image de l'océan Indien. « Il y a des gens qui sont formés à la Réunion, notamment à l’ILOI », rappelle-t-il. L'école, basée au Port, joue un rôle clé dans l’émergence d’une nouvelle génération de professionnels.
Anaëlle Clotilde en fait partie. Aujourd’hui chargée de production au studio réunionnais, elle a suivi sa formation à l’ILOI avant de se spécialiser à Angoulême. Son rôle consiste à coordonner l’ensemble de la chaîne de production : plannings, communication entre équipes, suivi des étapes techniques.
Elle insiste sur la dimension collective du métier : « La production en animation, c’est vraiment un travail d’équipe. Plusieurs départements dépendent les uns des autres, autant avant qu’après. » Une organisation qui nécessite dialogue constant et précision.
Pour elle, la dynamique locale est évidente. Les jeunes Réunionnais s’intéressent de plus en plus au secteur, que ce soit via les stages, les formations ou les rencontres professionnelles. Un vivier qui permet au studio de renouveler régulièrement ses équipes tout en gardant un ancrage local.
Depuis son installation à La Réunion en 2017, l’antenne réunionnaise de 2 Minutes a déjà participé à quatre films d'animation, dont le film 3D “Les Légendaires”, récemment sorti au cinéma, et plusieurs séries.
Vers une filière animation 100 % péi
Au-delà de contribuer à des projets nationaux, l’objectif affiché du studio est désormais plus ambitieux : faire émerger des créations entièrement réunionnaises. Eric Letourneur explique que des projets de courts-métrages d’auteurs locaux ont été lancés récemment, avec l’idée de soutenir la création sur l’île.
« On est très attaché à pouvoir développer des projets vraiment 100 % réunionnais », insiste-t-il. L’ambition est claire : voir naître à terme des séries et longs-métrages entièrement conçus, produits et réalisés depuis La Réunion.
Pour le directeur du studio, l’île dispose des ingrédients nécessaires : de nombreux artistes, une culture créative forte et une filière audiovisuelle en structuration. De plus, les politiques régionales soutiennent fortement cette filière en développement. Une dynamique qui pourrait, dans les prochaines années, transformer La Réunion en véritable pôle d’animation reconnu.
En attendant, la nomination aux César constitue déjà un symbole fort. Derrière les strass et les paillettes ce soir à Paris, il y aura aussi un peu du travail patient et passionné mené à Saint-Pierre. Une preuve que l’animation réunionnaise commence, elle aussi, à dessiner sa propre histoire.


