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St-Pierre : « Je me suis senti comme Georges Floyd », lance-t-il au tribunal

Un Saint-Pierrois était jugé ce mardi pour s’être rebellé contre les policiers et avoir blessé plusieurs d’entre eux. À la barre, le prévenu a tenté de faire croire qu’il avait été victime de violences policières. Des accusations qui ont surpris même son avocat, puisque le jeune homme s’était excusé auprès des victimes juste avant.

Ecrit par 1776023 – le mardi 25 janvier 2022 à 11H44

Vendredi dernier, Killian* se rend chez un ami qui fête son anniversaire. Après avoir bu quelques verres, il décide de rentrer chez lui en déposant un ami sur le passage. En route, une voiture de police lui fait des appels de phare pour le contrôler en raison de fumées blanches et d’un clignotant défectueux.

Killian, qui a déjà 7 mentions sur son casier, est en sursis probatoire pour conduite en état d’ivresse et se trouve donc en récidive. Surtout, il reconnaît le policier qui l’avait interpellé à l’époque.

Engagé dans les rues étroites de Terre-Sainte, l’homme de 29 ans va mettre un bout de temps avant de s’arrêter malgré les appels des forces de l’ordre. Une fois stationné, il va opposer une résistance aux policiers. Il va d’abord refuser de souffler dans l’éthylotest. Les policiers vont retenter l’opération à cinq reprises, mais Killian souffle toujours à côté. La tension monte d’autant plus que cinq personnes habitant au niveau du contrôle sortent pour insulter les forces de l’ordre.

Les policiers décident alors d’interpeller Killian qui refuse toujours d’effectuer le contrôle d’alcoolémie. Il est maîtrisé, mais un policier se blesse au doigt lors de l’interpellation. En garde à vue, Killian reste très énervé. Refusant d’entrer dans la cellule, il donne un coup de pied dans la porte qui cogne l’arcade sourcilière d’un fonctionnaire de police.

Finalement, lors de son déferrement au tribunal, il finira par s’excuser auprès des policiers et du juge des libertés et de la détention (JLD) pour son comportement… avant de faire volte-face lors de sa présentation en comparution immédiate.

« Ils m’ont plaqué au sol et l’un d’eux m’a mis le genou sur le cou »

Face au juge Laurent Fravette, Killian va expliquer que s’il ne s’était pas arrêté immédiatement, c’est parce qu’il cherchait une place pour se stationner dans les ruelles étroites de Terre-Sainte. Dans leur rapport, les policiers le soupçonnent plus d’avoir voulu se rapprocher de l’habitation d’une famille défavorablement connue de la justice pour obtenir un soutien. Ce que le prévenu réfute.

Killian explique ensuite qu’il n’arrivait pas à souffler dans l’éthylotest, car il a eu le Covid peu avant. Il confirme tout de même avoir résisté lorsque les policiers ont décidé de l’interpeller, mais affirme qu’ils ont été violents avec lui. « C’est le monsieur qui m’avait contrôlé en 2008. J’ai décidé de me débattre lorsqu’ils ont voulu m’arrêter. Ils m’ont plaqué au sol et l’un d’eux m’a mis le genou sur le cou. Je me suis vu comme Georges Floyd », assure-t-il.

Une accusation qui surprend tout le monde. « Pourquoi le dire que maintenant ? Cela ne ressort d’aucune déclaration, même pas de la vôtre. Pourquoi vous le dites uniquement à l’audience ? Quand on se sent victime d’une injustice, on veut le crier partout. Votre avocat aurait été ravi de rebondir dessus », lui souligne le juge. Killian affirme que c’est parce qu’il était trop fatigué lors de la garde à vue.

Une dissonance sur laquelle Me Mickaël Nativel, qui défend les policiers, va s’appuyer. « Il y a une forme de contradiction : il s’excuse et nie les faits. C’est la mode de dire que l’on a été frappé par des policiers comme aux États-Unis, comme le malheureux Georges Floyd. Mais ils n’ont fait que leur travail. Tout aurait pu se limiter à une simple contravention s’il s’était arrêté. C’est votre responsabilité », indique la robe noire.

Une attitude qui agace également la procureure Simona Pavel. « C’est trop facile de faire ça au tribunal et je pense que c’est dommageable pour lui. Il a une reconnaissance des faits, mais pas de prise de conscience », explique-t-elle avant de requérir 12 mois de prison ferme, ainsi que la révocation de son sursis. Elle demande également l’annulation de son permis de conduire.

Me Frédéric Hoarau, qui défend Killian, assure que « l’on n’est pas en présence de quelqu’un qui s’est dit qu’il allait faire du mal au policier ». Il demande également la requalification des faits de violences volontaires en violences involontaires concernant l’épisode du coup de pied dans la porte, car « il a frappé dans l’énervement, mais n’a pas cherché à le blesser ».

Killian est finalement relaxé des faits de violences volontaires pour le coup de pied dans la porte qui a blessé le policier. Il est condamné pour le reste à 10 mois de prison, dont 6 avec sursis. Il doit payer 450 euros de dédommagement à chaque policier. Son permis est annulé et il doit attendre une période de 3 mois avant de pouvoir entamer les démarches pour le repasser.

*Prénom d’emprunt

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