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St-Louis : Le mode d’emploi d’un pervers narcissique

Le tribunal correctionnel de Saint-Pierre a condamné un homme pour des violences sur sa compagne. Dans ce procès tristement banal dans les prétoires, le prévenu a délivré une démonstration de l’emprise que peut exercer un manipulateur sur sa victime. Se disant "victime du chantage" de sa compagne, il a été condamné à 15 mois de prison ferme.

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 30 décembre 2021 à 11H30

Les violences conjugales étaient le thème principal des comparutions immédiates de ce mercredi 29 décembre. Chaque fois, les profils des prévenus semblent différents, pourtant les faits et les explications sont souvent semblables. Néanmoins, le profil de Simon* est très inquiétant.

Grand, musclé et tatoué jusqu’au visage, cet ancien boxeur est intimidant et ne passe pas inaperçu. Son casier comporte 13 mentions, dont plusieurs concernent des faits de violences sur ses anciennes compagnes. Surtout, le rapport psychiatrique a déterminé que Simon est un pervers narcissique dont la dangerosité est avérée. « Ce n’est pas ma personnalité », répond le prévenu au juge Guillaume Lefeuvre après la lecture du rapport.

Un code d’urgence avec sa sœur

Reste que la personnalité du prévenu a obligé Juliette*, la victime, à élaborer un code d’urgence avec sa sœur. Si cette dernière reçoit un texto avec pour message « SOS », elle doit appeler directement les gendarmes. Un message court et rapide, car Simon lui confisque le téléphone pour qu’elle n’appelle pas à l’aide lors de ses épisodes de violences. Elle a tout de même réussi à l’envoyer le 26 novembre dernier.

Lorsque les gendarmes arrivent, Juliette s’est réfugiée chez les voisins. Elle présente de nombreuses griffures sur le corps. Elle affirme avoir été agressée et menacée de mort par son compagnon. « Tu ne mérites pas de vivre, je vais t’aider à mourir », lui aurait-il lancé.

Simon est à l’intérieur avec sa fille. Il a bien le téléphone de sa compagne sur lui et toutes les données le concernant sont effacées. Car cela aurait pu lui être préjudiciable pour le procès.

En effet, Simon n’a pas à être chez Juliette. Il a déjà effectué cette année 6 mois de prison pour des violences commises sur elle. Il a l’interdiction de l’approcher, pourtant le voisinage confirme qu’il vit chez elle depuis plusieurs mois. La raison de cette présence malgré la décision judiciaire : il est victime du chantage de Juliette, selon lui.

La seule victime c’est lui

« Quand je suis sorti de prison, la première personne que j’ai vue c’est elle. C’est du chantage. Moi, je ne voulais pas aller chez elle. Mais elle a menacé d’appeler les gendarmes si je ne venais pas chez elle », se justifie-t-il. Selon lui, si elle est venue le chercher en prison à sa sortie, c’est qu’elle est toujours amoureuse de lui. 

Un argument qui étonne le juge. « Votre date de sortie était un dimanche. L’administration étant fermée, elle vous a fait grâce d’un jour et vous a libéré la veille. Comment pouvait-elle être au courant puisque vous n’aviez plus le droit d’avoir de contact avec elle ? Vous l’avez donc contactée depuis la prison », lui adresse-t-il. Simon va répondre que non, le message étant passé par sa mère puis des amis.

Il va même expliquer qu’il n’a pas besoin de téléphone, puisqu’il a « ses sources ». « Vous voulez dire que vous avez des personnes qui la surveillent »,  lui demande la procureure Caroline Calbo. « Là, je sais qu’elle est enceinte », lui répond le prévenu, confirmant également être le père.

Simon va ensuite expliquer que Juliette lui a déjà mis des coups de couteau et l’a renversé avec sa voiture. Lui n’a fait que se défendre à chaque fois. « Je fais plus de 90 kilos, j’ai fait 10 ans de boxe. Si je l’avais frappée, ce ne serait pas que des éraflures », argumente-t-il. 

En fait, le seul tord qu’il reconnaît, c’est de ne pas avoir respecté l’obligation d’éloignement avec Juliette. Contre son gré évidemment. « Elle m’a dit qu’elle préférait me voir en prison plutôt qu’avec une autre femme. Elle me menaçait toujours d’appeler les gendarmes si je ne faisais ce qu’elle voulait. Une fois, elle m’a menacé pour que je fasse la vaisselle », se lamente-t-il.

Inversion de la culpabilité

Des explications qui ont le don d’agacer la procureure Caroline Calbo, qui se permet de rappeler à l’ensemble des prévenus du jour la définition d’une emprise psychologique. « L’emprise psychologique dans un couple, c’est de la conjugopathie. Il s’agit d’une relation conjugale malsaine avec le même schéma : des violences, des excuses, on repart à zéro et puis tout recommence », explique-t-elle, avant de rappeler que c’est au condamné de refuser les contacts avec la victime.

La représentante du ministère public va même approfondir la notion d’emprise. Celle-ci ne se mesure pas aux propos du manipulateur, mais aux signaux indirects qu’envoie une victime. « Une femme sous emprise est reconnaissable. Elle ne rit plus, ne sort plus, ne mange plus, ne s’habille et ne s’apprête plus. Elle est juste dans la survie de son corps. On voit parfois des pertes de poids impressionnantes », souligne-t-elle.

« Il inverse la culpabilité en expliquant qu’il était contraint de rester chez elle. Il n’a pas compris où est le problème et ses dernières déclarations montrent que ce n’est toujours pas le cas », affirme la procureure. Pour cette raison, elle requiert 4 ans de prison, dont 18 mois avec sursis.

Pour Me Nicolas Dyall, le procès de son client est devenu le procès « de tous les hommes violents ». Il rappelle que l’interpellation a eu lieu le jour de la tentative d’infanticide à Saint-Louis et qu’il « y avait beaucoup d’émotion chez le ministère public ». Il affirme que les accusations de la victime ont été prises pour acquises et que le seul témoin, l’enfant de 8 ans, n’a pas été interrogé.

Après délibération, Simon est relaxé pour les menaces de mort, mais jugé coupable pour les violences et le non-respect de l’obligation d’éloignement. Il est condamné à 30 mois de prison, dont 15 avec sursis. Il doit dédommager sa victime à hauteur de 1500 euros pour les préjudices et a interdiction de l’approcher. Le tribunal ne suit pas la demande de Simon qui voulait que l’obligation d’éloignement « soit pour les deux ».

 

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