Scandale du Médiator: Un médecin de la Réunion pointe les failles du système

"Il ne faut pas tout rejeter un bloc. Il y a de très bonnes choses dans notre système médical, d'autres sont à améliorer...". Philippe de Chazournes, médecin dans le chef-lieu, estime que des leçons sont à tirer de l'affaire du Médiator et des dysfonctionnements des structures médicales, révélés par sa commercialisation et sa prescription par les médecins.
Devant la commission d'enquête de l'Assemblée Nationale, le 28 avril, il a émis plusieurs propositions pour que soient un peu mieux contrôlés les médicaments qui nous sont prescrits. La mesure la plus importante qui pourrait être applicable, selon lui, serait la mise en place de groupes régionaux qui puissent tester l'efficacité des remèdes distribués.
Tester les produits de façon indépendante
"On aurait les moyens d'organiser de telles études rapidement par le biais de structures telle l'Inserm. On évaluerait le réel pouvoir de guérison d'un médicament de façon indépendante, après avoir confronté ses effets à ceux démontrés par des malades qui en utilisent d'autres, qui se soignent par les plantes, ou alors qui ne prennent rien du tout".
Si la question de l'efficacité des molécules est ainsi posée par le spécialiste, c'est que selon lui, le Médiator, en plus d' être dangereux était "parfaitement inefficace". "Beaucoup des médicaments qui circulent n'ont absolument aucun intérêt. Ce devrait être notifié sur les boîtes. Le Médiator n'a jamais été efficace et c'est ce qui rend l'affaire encore plus dramatique".
Manque de transparence
A la question de savoir comment un tel médicament a pu être prescrit, Philippe de Chazournes répond: "C'est précisément ce que devra déterminer la commission d'enquête".
Cependant, le médecin pointe certains aspects du système qui gagneraient à être modifiés. Il dénonce un manque d'indépendance de certains organismes comme l'Afssaps, vis-à-vis des entreprises pharmaceutiques ou encore des Agences Régionales de Santé vis-à-vis de l'Etat, une circulation de médicaments répondant à une "demande injustifiée" au lieu de correspondre à des besoins, un manque de transparence et d'information des médecins comme des patients, une grande proximité entre étudiants en médecine ou médecins et industries pharmaceutiques.
L'humain au centre
En se rendant à l'Assemblée Nationale, Philippe de Chazournes a émis le souhait "que plus jamais une autre affaire Médiator ne survienne". Il espère un message fort des parlementaires pour que l'humain soit replacé "au centre des décisions".
Une idée, pas si incongrue, qui fera peut-être son chemin...


