Saint-Paul : la mairie souhaite encadrer les loyers

Face à la crise du logement, la mairie de Saint-Paul lance ses états généraux. La commune fait face à une demande exponentielle, à une offre insuffisante et à des tensions grandissantes sur le marché locatif. Pour freiner cette spirale, la mairie mise sur le permis de louer et l'encadrement des loyers.
Un défi colossal. Alors que l'île comptera près d’un million d’habitants d’ici 2050, il faudrait produire 172.000 logements supplémentaires. Aujourd’hui déjà, 143.000 personnes sont mal logées et près de 3.000 Réunionnais vivent sans abri. “Des chiffres dont La Réunion se serait bien passé”, déplore la députée de la 2e circonscription, Karine Lebon.
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Les locations saisonnière pointées du doigt
La tension est aggravée par le boom des locations saisonnières, au détriment de l’habitat permanent. Pierre Pencenat, directeur de l’aménagement à la mairie de Saint-Paul, alerte : “Beaucoup de résidences principales ont été transformées en résidences secondaires. C’est un problème dont il est urgent de s’occuper”.
Pour tenter de freiner cette spirale, la municipalité entend activer plusieurs leviers. Le permis de louer, qui impose un contrôle préalable avant toute mise en location, ou encore l’encadrement des loyers, afin de lutter contre les abus.
Adopté début juin, la loi pour l'encadrement des loyers doit permettre de plafonner les hausses de loyers à un maximum de 20 % au-dessus des loyers de référence. Après la ville de Saint-Denis, c'est Saint-Paul qui propose de mettre en place cet encadrement.
Des terrains rares, des loyers chers
Saint-Paul est l’une des communes les plus peuplées de l’île et voit sa population continuer d’augmenter rapidement avec + 4.500 habitants en 6 ans, la décohabitation étant une des causes principales. Malgré tout, la production de logements ne suit pas. “Il manque 5.000 logements à l’échelle de la commune, 13.000 dans l’Ouest et 50.000 à l’échelle de l’île”, alerte le maire, Emmanuel Séraphin.
Pour y faire face, des projets sont lancés : 400 logements à Plateau Caillou (ZAC 3), 900 à la Saline, 500 au Guillaume, mais cela reste insuffisant au regard des besoins.
La rareté du foncier complique encore la donne. À Saint-Paul, seulement 17% du territoire est constructible. Conséquence, le prix moyen du mètre carré atteint 13.50 euros. Une somme colossale pour de nombreux foyers, alors que 40% des Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté.
« Bâtir plus, mais surtout bâtir mieux »
Mais ces mesures ne suffiront pas sans un engagement fort de l’État et des bailleurs. “Se loger n’est pas un luxe, c’est un droit. Une condition essentielle de la dignité humaine”, rappelle Adèle Odon, conseillère départementale, qui souligne aussi que les demandes de logement ont doublé en 8 ans, atteignant 33.000 premières demandes et 5.000 en attente.
Comme le souligne la conseillère départementale, il ne suffit pas de bâtir plus, il faut surtout bâtir mieux, en tenant compte des besoins de la population et des contraintes du territoire.
Face à la crise, élus et bailleurs sociaux appellent aussi bien à accélérer la construction que rénover les anciens logements, parfois insalubres.


