Saint-Gilles : Le temple de l’Eperon se prépare à fêter ses 130 ans

Il y a deux trésors inestimables qui se cachent au cœur du temple de l’Eperon. D’abord, l’une des plus anciennes et respectées statues de divinité à La Réunion, celle de Mariamman, trône en majesté depuis sa construction en 1895. Auparavant située au temple de Grand Fond, la statue est entourée de légendes et de mystères, ce qui en fait sans doute l’une des plus sacrées de l’île. Ensuite, il y a le lieu même du temple, qui depuis 129 ans est l’un des endroits les plus respectés de la communauté hindoue réunionnaise. “Il y a eu un travail de recherche pour recueillir des témoignages et étudier les archives. Cela permet de resituer l’histoire de ce lieu, qui est au cœur du quartier de l’Eperon”, explique Emmanuel Séraphin, venu spécialement pour inaugurer cette exposition au sein du temple.
“En parlant du temple, on parle aussi de l’histoire de l’île et de Saint-Paul. On parle des engagés et de pourquoi ils sont venus à La Réunion. Nous avons eu jusqu’à 50 usines sucrières sur le territoire de la commune, avec la dernière qui a fermé en 1985 à Savannah. Saint-Paul rassemble tous les types de bâtiments religieux possibles. Nous avons la chance d’avoir des églises centenaires, une mosquée de 1919 et des temples hindous qui font la richesse de la ville”, poursuit le maire.

La présence de la statue de Mariamman (à gauche) remonterait au tout début de l'histoire de l'engagisme à La Réunion.
“Il faut valoriser ce patrimoine caché de l’Éperon”
Cette exposition vient encore une fois démontrer le complexe maillage entre la grande et la petite histoire à La Réunion. Plusieurs générations de fidèles sont venues participer à des célébrations dans ce temple reconstruit quatre fois, et rénové deux fois depuis qu’il a pris sa forme définitive. “Il faut valoriser ce patrimoine caché de l’Éperon pour continuer à faire vivre la mémoire. C’est un lieu de réunion et de culture ouvert à toutes les confessions. C’est un haut lieu de notre histoire commune où tous les Réunionnais sont les bienvenus, car c’est aussi un symbole de notre vivre-ensemble”, explique Christophe Souprayen, le président de l’association du temple de l’Éperon
L’importance de ce temple pour le quartier et la communauté qui vivait autour de l’ancienne usine est retracée par le travail d’enquête de Franck Sinamalé. Après des études d’histoire, le jeune homme a été approché par l’association du temple pour retracer son histoire. Un défi relevé avec plaisir. “J’ai grandi avec des parents qui étaient de fervents fidèles du temple, alors j’ai grandi avec les récits de nos anciens. Mais la nouvelle génération n’aura plus cette sagesse-là, donc il faut la conserver”, explique Franck. En plus de la recherche de photos ou d’illustrations, près de 24 heures d’enregistrement avec des gramounes vont être stockées dans les archives du temple.
Ainsi, l’histoire du lieu est hautement liée à celle de l’industrie sucrière de l’île. “Selon la tradition orale, l’arrivée même de la statue est mystérieuse. D’habitude, celles ramenées d’Inde à cette époque font en moyenne 60/70 centimètres, quand celle-ci fait 1m20. On explique que les engagés voulaient emmener la statue avec eux, mais l’équipage a refusé car elle était trop grande. Ils l’ont abandonné, et ont embarqué pour La Réunion. Mais une fois ici, un travailleur a eu une vision lui disant de se rendre sur la plage. Les fidèles ont alors retrouvé la statue dans le sable. Elle aurait flotté depuis l’Inde jusqu’ici, un vrai miracle !”, s’enthousiasme Franck.
Dans un premier temps, la statue est vénérée au temple de Grand Fond, mais à la fermeture de l’usine, tout le monde déménage à l’Eperon. “Là encore, des légendes entourent la statue. On dit que les fidèles ont dû s’y prendre à trois fois pour la transporter. À chaque fois qu’ils essayaient, ils s’endormaient sur le trajet, et la statue était retournée à Grand Fond à leur réveil”, poursuit le créateur de l’exposition.
D’abord une simple bâtisse en bardeaux et toit de paille, le temple s’agrandit un peu dans les années 1940, avec la construction d’un bâtiment en calumet. Ensuite, les murs ont été des bidons de pétrole aplatis et peints en rouge. Le premier temple en dur dans sa forme actuelle ne sera construit qu’à partir des années 1970. Une première rénovation en 2000 le remet au goût du jour dans un style indo-réunio-dravidien, avant une remise à neuf en 2023.



