Saint-Benoît : l’uniforme expérimenté dans une seule école

Les conseils des écoles de Beaufonds et des Girofles ont statué hier sur le lancement ou non d’une expérimentation sur le port d’une tenue unique proposée par la ville. À la sortie, seule l’école André Hoareau, à Beaufonds, testera l'uniforme à la rentrée, dans l’attente du feu vert du rectorat. Les discussions reprendront à la rentrée à l'école des Girofles où la porte n'est pas fermée.
Déjà prévus de longue date, les deux conseils d’école ne prévoyaient pas à l’origine de parler du projet de tenue unique porté par la mairie. Un point rajouté à l’ordre du jour ce mardi pour que les représentants des parents statuent sur la question.
Justement le principal grief mis en avant par plusieurs parents de l’école des Girofles : “Les parents n’ont pas aimé la façon dont cela a été mis en place, de façon brusque, à deux semaines des vacances et avec une semaine pour voter”, commente la représentante de la FCPE dans l’école, Caroline Virapin.
Les informations données par la ville sont aussi montrées du doigt : “On avait peu d’informations au départ et ensuite elles ont changé, on est passé de 85 euros pour le prix payé par les parents, à 55 euros le mardi, puis à 35 euros avec une participation de la mairie”, poursuit-elle.
L’école est l’un des deux établissements concernés par le projet d’expérimentation avec l’école André Hoareau, à Beaufonds. Deux écoles situées dans le secteur du collège Amiral-Bouvet, où la tenue unique est déjà la règle.
Lire aussi : L'avenir est au bleu ciel pour les collégiens d'Amiral Bouvet
Pour certains parents, le problème porte aussi sur le fond : “L'uniforme, ça me fait penser à l’armée, je ne suis pas d’accord et en plus il faut payer”, tranche la présidente du conseil, Gladys Pitou.
“Quand on met l'uniforme en place, c’est généralement pour régler un malaise, un problème d’insécurité, mais il n’y a pas de ça ici. Il n’y a pas de rackets, pas d’enfants qui se bagarrent pour des marques”, argumente la déléguée de la FCPE. Pour elle, le port d’un t-shirt n'empêchera pas de toute façon les différences sociales d’apparaître, sur les baskets, la marque des sacs…
Reprise du débat à la rentrée
C’est pourtant le oui qui l’a emporté dans l'école, mais d’une toute petite voix d’avance (82 oui, 81 non). Une participation faible par rapport à l’effectif de 432 élèves. Des parents dénoncent aussi un vote nul, évoquant dix bulletins de plus dans l’urne que ce qu’indique la liste d’émargement.
Pas la fin de l’histoire non plus. La plupart des parents interrogés souhaitent reprendre les discussions à la rentrée, “en prenant cette fois le temps de la discussion et avec tous les éléments pour juger. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose”, tempère l'autre déléguée de la FCPE.
"Des séances de travail seront proposées au cours de l'année afin de poursuivre le dialogue et construire une décision partagée. Une mise en œuvre pourra ainsi être envisagée à la rentrée 2026-2027", estime la ville dans un communiqué publié ce matin.
Lire aussi : Saint-Benoît veut expérimenter l’uniforme à l’école
Une position comprise par la 2ᵉ adjointe déléguée à la jeunesse, Valentine Serrano : “Le oui l’emporte d’une voix, mais c’est un score trop clivant. L’idée n’est pas de créer une difficulté dans l'école. On propose un projet, et soit l’école adhère et mobilise la communauté éducative, soit on ne le fait pas. C’est un changement important dans les habitudes des parents et des enfants”. Pour la directrice d’école (en disponibilité), le port de la tenue unique a déjà fait ses preuves : “On se base sur les remontées positives du collège. Ce n’est pas une idée qui sort de nulle part”.
Le coût du “pack” comptera pour beaucoup dans la décision des parents. Certains plaident pour la gratuité : “L’école est publique, l’uniforme devrait donc être gratuit”.

Le coût en question
À quelques kilomètres de là, changement d’ambiance à l’école André Hoareau, où le conseil a lui voté hier en faveur du projet. Une bonne chose pour les parents rencontrés ce mardi : “Oui, c’est bien, il n’y aura pas de maillage pour le linge, ce sera plus simple”, estime ce père de famille. “J’ai voté oui pour lutter contre le harcèlement”, explique une maman à ses côtés.
Par contre, le prix annoncé est jugé un peu excessif : “Entre 48 et 55 euros pour une casquette et 5 t-shirts, c’est un peu cher”. Les parents auront aussi la possibilité d’acheter les t-shirts par eux-mêmes. Ça pourrait être plus : certains parents ont d'ores et déjà demandé à élargir la gamme de produits pour obtenir un véritable uniforme.
L’élue à la mairie indique que les prix sont toujours en cours de négociation avec différents fournisseurs, “sur un critère de qualité, ce sera du 100 % coton”. Elle confirme qu’il y aura bien une participation de la ville, à hauteur de 20 % au minimum.

Les écoles auront leur mot à dire
Dans l’école de Beaufonds, le oui l’a emporté mais avec une faible participation (35 voix contre 5 selon nos informations). Un score à mettre en parallèle avec les participations également faibles enregistrées lors des élections des parents délégués, se défend l’élue.
Pour l’instant, le vote reste “une intention, il reste soumis à l’approbation du recteur, un courrier va être envoyé par l’école”, précise l’adjointe et ancienne directrice de l’établissement.
Interrogé, le rectorat indique ne pas être opposé à la démarche à condition “d’être concerté en amont afin que le projet soit pleinement partagé par la communauté éducative et que les aspects financiers soient discutés”. Ce sera dans tous les cas sans son soutien financier, seuls les "projets déjà inclus dans l’expérimentation”, pouvant en bénéficier (au collège NDLR).
Pour la suite, l’adjoint assure qu’il n’y aura pas d’extension automatique : “Chaque école aura son mot à dire, les conseils d’école sont souverains”.
Pour rappel, Saint-Benoît est la première commune de l’île à lancer une telle expérimentation dans ses écoles.
Dans son communiqué, la commune indique envisager une extension de la consultation à d'autres établissements, « cette démarche participative ayant reçu un bon accueil dans plusieurs autres écoles de la commune".
« Mon objectif est clair : co-construire avec les parents d'élèves un environnement stimulant qui permette à chaque marmaille bénédictin de s'épanouir sur le plan scolaire et social. Notre engagement à réduire les inégalités sociales dans l'éducation commence ici, aujourd'hui, à Saint-Benoît !», déclare Patrice Selly.


