RN2 : Le segment remarquable de lave sera préservé dans le Grand Brûlé

Un compromis a été trouvé pour préserver une portion remarquable de la coulée de mars ayant recouvert la RN2, dans le secteur du Grand Brûlé. Sur environ une centaine de mètres, ce segment, jugé "exceptionnel" par les spécialistes et passionnés, sera maintenu en l’état, et le chantier de réouverture de la route décalé de quelques mètres, sans le ralentir.
La décision a été actée ce jeudi matin à l’issue d’une réunion de travail organisée sur le site en présence de la Région, du Parc national, du directeur de la Cité du volcan et de la mairie de Sainte-Rose via son chargé de mission volcanisme, Alain Bertil, grand spécialiste du Piton de la Fournaise.
Une réunion organisée dans un délai très court, le chantier de réouverture progressive de la RN2, coupée depuis le 13 mars après l’éruption, ayant démarré pour rappel lundi dernier avec une progression rapide.
Lors de la présentation du chantier, en présence de la présidente de la Région, Huguette Bello, et du maire de Sainte-Rose, Michel Vergoz, ce dernier et des passionnés avaient pris la parole pour appeler à préserver un segment de route enseveli sous la lave.

Un phénomène volcanique jugé unique
Le tronçon concerné se situe sur la partie la plus au nord de la coulée de mars. Il présente une configuration rare : la lave, freinée par un muret resté intact, a été déviée et s’est propagée le long de la route avant de poursuivre sa progression.
La coulée a également laissé des empreintes visibles de végétation brûlée, renforçant l’intérêt du site. Pour plusieurs observateurs, conserver cette portion permet d’éviter de banaliser de nouveau un épisode volcanique considéré comme atypique.
« D’habitude, c’est la route qui traverse la lave […] pour une fois, ce serait bien que ce soit la lave sur la route (...) En 1977, tout a été enlevé dans l’église et on n’a pas cet aspect historique. Ce serait bien de ne pas refaire la même erreur", a plaidé Alain Bertil.

« Tout enlever transformerait cette coulée en une coulée comme les autres, c’est-à-dire banale", a argumenté le passionné, pointant un caractère "exceptionnel" du segment en question : "parce que cela n’a pas été observé dans d’autres, sur une portion, la lave a buté sur le parapet et, au lieu de continuer à descendre, elle a suivi la route sur plusieurs centaines de mètres avant de rejoindre d’autres bras. Ce sont des phénomènes jamais vus, et en plus c’est vraiment très beau, avec des arbres qui ont brûlé et ont laissé la trace de leur empreinte".
La présence de panneaux de signalisation restés intacts contribue également au caractère inédit du tronçon.
Mis à part quelques micro-segments désormais recouverts par la végétation, c'est la première fois qu'un segment de cette taille restera visible aux yeux des nombreux visiteurs et touristes qui arpentent la route des laves chaque année. Une chance de découvrir ce phénomène qui reste rare et jamais vu pour beaucoup de touristes.

Un tracé de route adapté
Initialement, la mairie de Sainte-Rose plaidait pour un contournement plus en amont. Cette option impliquait toutefois une intervention dans une zone de forêt soumise à des contraintes environnementales plus fortes.
Le compromis retenu prévoit un léger décalage du tracé, d’environ deux mètres, afin de contourner la zone sans la détruire. La future route passera ainsi à proximité immédiate du segment conservé dans une partie boisée, incendiée durant la coulée.
Autre avantage avancé : cette configuration permettra au public de visualiser directement la coulée, contrairement à un tracé plus éloigné qui aurait pu limiter l’accès, notamment en raison de la réglementation en vigueur dans le cœur du Parc national.

La jonction est prévue pour mardi
En parallèle, les travaux de réouverture de la RN2 se poursuivent et même plus vite que prévu. Une première piste provisoire doit être mise en service d’ici la fin du mois de mai, afin de permettre une reprise encadrée de la circulation.
Les équipes interviennent simultanément depuis le nord et le sud, avec une jonction attendue ce mardi. Pour avancer au plus vite, le chantier doit se poursuivre ce samedi et samedi prochain.
Cette approche vise à rétablir la circulation au plus vite, des professionnels ayant vu leur activité fondre depuis la fermeture de l'axe, mais cette fois sans effacer totalement le spectacle de la coulée sur la route, marquant une évolution par rapport aux pratiques passées.

Chantier interdit au public, coulée inaccessible
À noter pour le public : l’accès à la coulée depuis la route, côté Sainte-Rose, n’est désormais plus possible. Le chantier est interdit au public et un barrage empêche toute progression jusqu’à la zone concernée.
Plusieurs visiteurs continuent toutefois de s’y rendre à pied depuis le premier point de blocage. Un trajet d’environ trois kilomètres aller-retour, sans possibilité d’apercevoir la coulée à l’arrivée.
Cette situation contraste avec l’organisation mise en place lors de l’éruption de 2004. À l’époque, l’Office national des forêts (ONF) avait développé un dispositif de médiation, avec l’ouverture de sentiers sécurisés en direction du littoral et une présence sur site pour accueillir le public.
À ce stade, aucun point de vue ni aménagement permettant d’observer la coulée ou le chantier en cours n’a été mis en place.


