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Réforme des retraites : Lettre aux députés

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 16 juin 2010 à 09H41

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A M. Le député
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St-Denis le 6 juin 2010

Objet : la réforme des retraites.

Monsieur le Député,

Notre organisation syndicale souhaiterait voir les députés de la Réunion  faire évoluer la réforme des retraites vers un système équitable et solidaire différent de ce que propose les orientations voulues dans le projet du gouvernement.

Parce que le gouvernement reste bloqué sur l’allongement de la durée de cotisation et l’abandon de la retraite à 60 ans, parce qu’il refuse d’explorer d’autres pistes, notamment l’élargissement de l’assiette, et parce que la concertation a été bâclée, nous comptons sur votre intervention  pour donner à cette réforme le sens de la solidarité et de l’équité.

La solution du gouvernement qui consisterait à reporter l’âge de départ à la retraite de 60 à 63 ans dans dix ans ou d’une version minimale consistant en un report à 62 ans dans une période pouvant aller jusqu’à vingt ans posera davantage de problèmes que de solutions à la nation.

En effet, repousser l’âge de départ à la retraite c’est retarder l’entrée des jeunes dans le monde du travail, c’est prendre le risque de voir devenir obsolète leurs formations pour celles et ceux qui resteraient  trop longtemps au chômage avant leur première embauche.

Par ailleurs, en France l’état de la situation économique à ce jour ne permet pas de maintenir un fort taux d’emploi des seniors avec seulement 38% des travailleurs âgés de 38 à 64 ans en activité pour un âge moyen de sortie du marché du travail de 59 ans.

Enfin l’espérance de vie à la Réunion étant de 3 à 4 ans (selon qu’il s’agisse des hommes ou des femmes)  moindre que celle de la moyenne nationale, il convient de prendre en compte cet élément pour une égalité du  temps passé à la retraite entre un travailleur ayant vécu en métropole et un travailleur réunionnais.

La CFTC propose des solutions pérennes fondées sur des valeurs humanistes  dignes d’une démocratie avancée de responsabilité, de solidarité et d’équité.

Pour faire de la solidarité, il faut des ressources. Or il existe aujourd’hui en France les moyens d’équilibrer le régime des retraites par un juste retour d’une partie de revenus du capital qui s’accumulent dans les paradis fiscaux.

L’argument fallacieux qui consiste à dire que seul l’argent du travail doit servir à maintenir le régime des retraites relève d’une pure escroquerie intellectuelle laissant croire que le capital est apparu ex-nihilo  sans travail préalable.

Je vous renvoie au Rapport d’information  déposé en application de l’article 145 du règlement de l’Assemblée Nationale par la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire sur les paradis fiscaux et présenté par MM. Didier MIGAUD, Président, GILLES CARREZ, Rapporteur général, Jean-Pierre BRARD, Henri EMMANUELLI, Jean-François MANCEL et Nicolas PERRUCHOT Députés.

En page  26 de ce rapport nous pouvons avoir une idée des sommes astronomiques en jeu :
"Un groupe de travail de l’OCDE sur l’évasion fiscale traite spécifiquement des pays à fiscalité nulle ou très faible. Il a établi un rapport qui dresse notamment un état des lieux de l’évasion fiscale au moyen des paradis fiscaux. Douze places sont plus particulièrement étudiées en raison des informations qu’elles transmettent à la Banque des règlements internationaux qui ont servi de support à l’étude. Les dépôts d’argent par des non-résidents dans ces juridictions étaient de 4 090 milliards de dollars fin 2007, quelle que soit la qualité du déposant, et de 1 760 milliards de dollars pour les déposants non bancaires. Le sous-groupe de l’OCDE a évalué à plus de 1 000 milliards les montants déposés par des particuliers qui présentent un haut risque d’évasion fiscale. Ce montant se serait accru de 230 milliards de dollars en 2007, correspondant à 36 milliards de produits d’intérêts capitalisés, augmentés d’environ 198 milliards de capitaux déposés. Ces 36 milliards d’euros représentent une part de revenu soustraite aux juridictions à fiscalité normale. La part de la France n’est pas connue."

Certaines ONG chiffrent entre 15 et 20 milliards de perte de recettes fiscales pour la France (soit le déficit budgétaire de la Sécurité sociale en 2009).

Rester inerte face à de pareils abus relève du laxisme ou de l’impuissance et dans tous les cas d’une certaine irresponsabilité consistant à toujours faire payer à la classe moyenne les dérives d’un système, tout en sachant qu’une telle démarche porte en elle les germes d’autodestruction systémique à laquelle est confrontée aujourd’hui l’Europe.  

En résumé, les moyens proposés aujourd’hui par le gouvernement pour pérenniser le système de retraite par répartition basés sur l’injustice non seulement ne préserveront pas l’équilibre du système mais amplifieront davantage les injustices et les déséquilibres macro-économiques de la nation.

Face aux responsabilités qui sont les nôtres, nous refusons  cette réforme qui contredit  toute valeur
humaniste et s’oppose à toute logique économique pour répondre à une logique purement comptable et à un déficit découlant d’un laxisme privilégiant les intérêts égoïstes des financiers et des grands patrons d’entreprise.   

Notre organisation syndicale, et l’ensemble du monde du travail comptent sur votre talent pour donner aux débats la hauteur de vue nécessaire  et persuader votre groupe parlementaire qu’il n’est de richesse que dans les hommes.

Nous vous prions Monsieur de bien vouloir agréer l’expression de nos salutations respectueuses.

 

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